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Newmont (NEM) : Un ticket en or vers l’argent dur

L’éclat éternel de l’or
Lorsque l’on parle d’extraction de métaux, la majeure partie de l’attention se porte sur les métaux industriels, des volumes de production du fer et de l’aluminium aux produits plus spécialisés comme le tungstène, le platinum, le rhénium, le rhodium, ou l’uranium (suivez les liens pour un rapport d’investissement détaillé sur chacun de ces métaux).
Cependant, un métal attire davantage l’attention du public et des investisseurs que tout autre, malgré son absence d’utilisation industrielle: l’or.
L’or est utilisé depuis la nuit des temps comme symbole de pouvoir, de luxe et de richesse. C’est également, de loin, la forme de monnaie la plus courante et la plus durable de l’histoire. À ce jour, l’or reste l’un des principaux actifs de réserve détenus par les banques centrales nationales, formant la base de la stabilité du système financier mondial.
Pourtant, il a longtemps semblé que les meilleurs jours de l’or étaient révolus, le métal précieux étant qualifié de « relique barbare » par les économistes de premier plan. Avec la fin de la convertibilité du dollar en or dans les années 1970, il semblait effectivement que l’or ne jouerait plus de rôle en tant qu’actif financier de premier plan.
Cela a changé ces derniers mois, alors que l’or a continué à battre de nouveaux records de prix historiques, dépassant le S&P500 au cours des dernières décennies.
Cela ramène naturellement l’attention sur les sociétés minières d’or, dont les marges devraient s’améliorer considérablement grâce à la hausse du prix de l’or. Et la première d’entre elles est le plus grand producteur d’or au monde par volume de production : Newmont.
(NEM )
L’or atteint de nouveaux records historiques
Depuis la fin de la convertibilité de l’or en dollar américain (USD) en 1971, il y a eu deux marchés haussiers de l’or dans les années 1970 et 2000. Nous sommes maintenant au milieu d’un nouveau, notamment grâce à la très forte progression de l’or en 2024 et 2025.

Source: Google Finance
Un moteur majeur de chaque hausse de l’or a été les inquiétudes concernant l’économie et la persistance de la domination du dollar américain sur le système financier mondial.
C’est ce qui alimente partiellement le marché haussier actuel de l’or, le gouvernement américain accumulant une dette comme jamais auparavant. Avec la hausse parallèle des taux d’intérêt, le paiement des intérêts a dépassé pour la première fois la barre du 1 trillion USD.

Source: Federal Reserve Bank of St Louis
À titre de référence, cela dépasse le budget de la défense américaine, qui représente à lui seul 40 % des dépenses militaires mondiales.
Préoccupations croissantes et diverses
Contrairement aux marchés haussiers de l’or précédents, celui-ci résulte d’une convergence de multiples facteurs et pas seulement des inquiétudes liées aux déficits et à la dette américains.
Pour n’en citer que quelques‑uns:
- Les tarifs de Trump ont créé une situation où les futures importations d’or aux États‑Unis pourraient être difficiles, entraînant une ruée pour relocaliser l’or de Londres vers les coffres américains.
- Le volume réel d’or stocké à Fort Knox a été remis en question à la fois par Elon Musk et le président Trump, avec une demande d’audit qui a depuis été mystérieusement oubliée.
- Les tensions internationales mondiales sont à un niveau record, avec l’OTAN potentiellement en train de se désintégrer, le Canada et le Groenland susceptibles d’être annexés par les États‑Unis, les nations européennes au bord de la guerre avec la Russie, le chaos au Moyen‑Orient (Israël, Gaza, Liban, Syrie, Yémen, Iran, etc.), et la rivalité USA‑Chine qui ne se calme pas.
Vous pouvez lire plus de détails sur tous ces facteurs menant à des prix records de l’or dans notre article dédié de février 2025 : “Gold Shortages Trigger A Record Price Run”.
Cela place l’or sous un jour favorable même par rapport aux actifs les plus performants, comme le S&P 500.
Investir dans les sociétés minières d’or
Historiquement, dans un marché haussier de l’or, la hausse des prix se déroule en plusieurs phases:
- La hausse de la matière première elle‑même est due aux inquiétudes concernant la stabilité financière, faisant surperformer l’or par rapport aux actions.
- Cela crée une incitation à augmenter l’exposition à l’or et à réduire le risque de carrière lié à cette exposition.
- Flux d’argent des investisseurs institutionnels vers les plus grandes sociétés minières d’or, l’action aurifère étant souvent une meilleure façon d’obtenir une exposition (et des dividendes) que l’or physique pour les investisseurs institutionnels ayant besoin de liquidité et de rendements.
- Les sociétés minières de taille moyenne, puis les plus petites, voient leur cours de l’action augmenter plus tard.
- Enfin, à la fin du marché haussier, les sociétés minières juniors (qui ne produisent pas encore) sont prises dans l’activité spéculative.
Jusqu’à présent, ce modèle semble tenir, la plupart des actions de sociétés minières d’or n’ayant guère réagi à l’explosion des prix des matières premières, et les juniors n’ayant pas du tout réagi.
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Cependant, le cours des plus grandes sociétés minières d’or a commencé à se redresser, Newmont menant la charge.
Aperçu du secteur de l’extraction d’or
Parce que l’or est si rare dans la croûte terrestre, seuls quelques gisements dans le monde peuvent en produire de grandes quantités.
C’est également un domaine très technique, la production rentable à faible coût étant un défi difficile, généralement atteint grâce à un mélange de géologie (des gisements pas trop profonds et suffisamment riches) et d’une expertise pointue dans le creusement, le concassage et la purification des minerais bruts.
En moyenne, la plupart des gisements d’or ne produisent que 1‑10 g d’or par tonne de roches brutes pour les mines souterraines, et souvent encore moins pour les mines à ciel ouvert. Cela en fait une activité très énergivore et capitalistique.

Source: Mining News North

Source: Unsplash
Mesurée par la production, Newmont est de loin le plus grand producteur. Il devance largement ses concurrents les plus proches, Barrick Gold, depuis l’acquisition de NewCrest en 2023 pour 16,8 milliards $. Cela faisait suite à une autre acquisition de GoldCorp pour 10 milliards $ en 2019.

Source: Mining Visuals
Aperçu de Newmont
Newmont en chiffres
Newmont a été fondée en 1921 et est cotée en bourse depuis exactement un siècle, depuis 1925.
En 2024, Newmont a produit 6,8 millions d’onces d’or et 153 000 tonnes de cuivre.
Newmont possède les plus grandes réserves d’or en exploitation au monde, avec 136 millions d’onces d’or, ainsi que près de 600 millions d’onces de réserves d’argent et 30 milliards de livres de cuivre (15 millions de tonnes).
Comparées aux niveaux de production actuels, ces réserves équivaudraient à 20 ans de réserves d’or et presque un siècle de réserves de cuivre. En ajoutant la catégorie « ressource » (réserves minérales probables mais non prouvées), les réserves totales d’or seraient probablement d’au moins 300 millions d’onces.

Source: Newmont
Dans l’ensemble, l’entreprise prévoit de maintenir les niveaux de production actuels à long terme, les extensions de mines compensant l’épuisement (voir ci‑dessous la principale expansion prévue).
Cette production de métaux a généré des revenus de 18,6 milliards $ et un flux de trésorerie disponible de 2,9 milliards $.
Sur ce flux de trésorerie, 1,1 milliard $ ont été distribués aux actionnaires sous forme de dividendes, et 1,2 milliard $ sous forme de rachats d’actions.
L’industrie de l’or suit une norme appelée AISC (All‑In Sustaining Cost) pour mesurer le « coût réel » de l’extraction en incluant les dépenses d’investissement et les coûts d’exploitation. Les AISC de Newmont s’élèvent à 1,620 $ l’once d’or, soit presque la moitié du prix actuel.

Source: Newmont
Les actifs de Newmont
La plupart des actifs miniers de Newmont se trouvent dans les Amériques et en Australie, aucun en Europe ou en Asie, et seulement une petite partie en Afrique. Parmi les actifs miniers de classe mondiale (« Tier 1 »), la majorité se situe en Australie et en Amérique du Nord.
En conséquence, les mines de Newmont sont généralement considérées comme plus sûres d’un point de vue géopolitique, surtout pour les investisseurs occidentaux.

Source: Newmont
Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas exposée à certains risques juridictionnels, notamment en Amérique latine qui possède une longue histoire de relations conflictuelles avec les grandes sociétés minières.
Bien qu’il serait trop long de détailler chaque mine de la société, quelques actifs clés peuvent être présentés plus en détail.
Mines australiennes
Cadia et Tanami sont deux mines d’or australiennes en cours d’expansion après plusieurs décennies de production.
Cadia est l’une des plus grandes mines d’or‑cuivre du monde. Son expansion est toujours en cours, à partir d’une production actuelle de 597 000 onces d’or par an.
Par ailleurs, l’extension Tanami 2 devrait entrer en production au second semestre 2025, passant de 150 000 à 200 000 onces par an pour atteindre 600 000 onces par an pendant les cinq premières années, tout en réduisant les coûts d’exploitation d’environ 10 %.

Source: Newmont
Boddington est une autre grande mine australienne, qui devrait livrer environ 30 % de production d’or supplémentaire en 2027.
Mines dans les Amériques
Peñasquito est une mine au Mexique qui produit de l’or, de l’argent, du plomb et du zinc depuis 2009 ; c’est la cinquième plus grande mine d’argent au monde et elle a été acquise à Goldcorp en 2019. Elle devrait accéder à des gisements d’or de meilleure qualité en 2025, augmentant la production de 30 %.
Les mines d’or du nord du Nevada sont désormais détenues à 61,5 % et exploitées par Barrick, et à 38,5 % par Newmont. Cela comprend 10 mines souterraines et 12 mines à ciel ouvert. Avec une production attribuable annuelle de 1,12 million d’onces d’or, il s’agit de l’un des actifs les plus importants de Newmont.
Autres : Afrique & Papouasie‑Nouvelle‑Guinée
Le complexe Ahafo en Afrique est en cours d’extension avec le nouveau Ahafo North, qui devrait être mis en service en 2025, avec environ 750 k oz de production annuelle d’or.
Lihir, situé en Papouasie‑Nouvelle‑Guinée, était un projet Newcrest. Il devrait livrer au moins 30 % d’or supplémentaire d’ici 2028.
Désinvestissements
Pour se recentrer sur les grands projets et réduire les distractions liées aux plus petits, la société a cédé de nombreux actifs « non essentiels », plusieurs ventes devant se conclure d’ici à mi‑2025.

Source: Newmont
Cela conclura l’évolution de Newmont vers le plus grand producteur d’or mondial, après l’acquisition de Newcrest, avec un focus sur la transformation des méga‑mines en activité principale, au détriment de nombreux projets plus petits.
La position finale de la société sera de posséder les six plus grandes mines d’or et plus de la moitié des meilleures mines de rang 1 au monde (Carlin dans le Nevada étant une coentreprise).

Source: Newmont
Avenir de Newmont
En raison de sa taille déjà massive, Newmont ne devrait pas connaître de croissance significative, sauf s’il réalise une autre méga‑acquisition comme celle de Newcrest. Cela reste vrai même avec les extensions de mines prévues, qui seront compensées par le déclin de certaines petites mines et les désinvestissements d’actifs non essentiels.
Cependant, il est tout aussi probable que la production se maintienne aux niveaux actuels pendant des décennies.
Ainsi, globalement, la valorisation de la société devrait davantage se fonder sur les données actuelles que sur des espoirs de croissance, ce qui attire l’attention sur les coûts de l’entreprise et les prix de l’or.
Évolution des marges de Newmont
Dans l’ensemble, l’extraction est une activité sensible à l’inflation, car elle est très capitalistique. Ainsi, tout projet planifié et s’étalant sur plusieurs années peut rapidement dépasser le budget si les prix du travail et des fournitures augmentent.
Parallèlement, contrairement à d’autres mineurs, les sociétés minières d’or bénéficient du fait que l’or profite grandement des périodes inflationnistes, les investisseurs cherchant refuge dans le métal contre la dévaluation monétaire.
Actuellement, les coûts opérationnels de Newmont sont à peu près divisés à parts égales entre main‑d’œuvre et matériaux & énergie.

Source: Newmont
La société projette, pour l’instant, ses futurs revenus en supposant un prix de l’or de 2 500 $/once, du cuivre à 9 730 $/tonne et du pétrole à 80 $/baril. Au moment de la rédaction de cet article, ces hypothèses semblent conservatrices, les cours étant respectivement de 3 023 $/once, 9 813 $/tonne et 68 $/baril.
Chaque hausse de 100 $/once au‑delà de 2 500 $/once pour l’or générera 517 M$ de revenus supplémentaires pour Newmont.
De loin, c’est le chiffre le plus sensible aux variations de prix que les investisseurs de la société devraient suivre et tenter de prévoir avec précision.

Source: Newmont
Durabilité de Newmont
Lorsqu’on investit dans des industries extractives comme le pétrole & le gaz, le bois ou l’exploitation minière, les investisseurs doivent se préoccuper d’éventuels scandales, catastrophes et autres enjeux environnementaux ou sociaux découlant de la production de ces ressources.
Newmont s’efforce activement de devenir un leader en matière de durabilité parmi les sociétés minières d’or. Notamment, il s’est classé:
- #2 sur 100 entreprises d’habillement et extractives dans le Corporate Human Rights Benchmark 2023.
- Dans le décile supérieur du classement ISS corporate rating au sein de l’industrie minière.
- L’entreprise la plus transparente de l’ensemble du S&P500, selon le Bloomberg ESG Disclosure Score.
- A‑ sur les actions climatiques, selon le CDP Climate score.
Ainsi, bien que ces classements remarquables ne garantissent aucun risque, ils placent la société dans une catégorie à part lorsqu’il s’agit de risques environnementaux et offrent une certaine visibilité aux investisseurs.
Finances & distribution de Newmont
En tant que société cotée depuis un siècle et leader de son secteur, l’entreprise s’est engagée depuis longtemps à redistribuer les bénéfices à ses actionnaires.
Sa politique déclarée est de maintenir un « dividende commun annualisé stable et prévisible » d’environ 1 $/action pour le moment.
Le maintien d’environ 3 milliards $ de liquidités est également essentiel pour assurer la liquidité, la disponibilité du dividende et la stabilité globale de la société. La dette s’élève actuellement à 7,9 milliards $ et la direction vise à la maintenir en dessous de 8 milliards $ dans un avenir prévisible.
Le programme de rachat d’actions est autorisé jusqu’à 3 milliards $ jusqu’en octobre 2026.
La position à long terme de la société devrait être maintenue par 1,5 milliard $ de capital de maintien réinvesti (pour assurer la continuité des opérations) et 1,3 milliard $ de développement organique afin de conserver les réserves minérales pour les décennies à venir.
Conclusion
Newmont, grâce à un mélange d’acquisitions stratégiques, d’exploration & de découverte de nouvelles mines de classe mondiale, et de croissance organique, prend la tête pour devenir la plus grande et la plus visible société minière d’or au monde. Elle est également un producteur important d’argent et de cuivre.
L’or semble entrer dans un long cycle de hausse des prix, entraîné par la convergence de crises : monétaire, dette, géopolitique, confiance, etc. Dans ce contexte, le flux de liquidités vers le secteur de l’or bénéficiera d’abord aux actifs les plus sûrs et les plus liquides.
De plus, la tendance des deux dernières décennies en faveur de l’investissement passif devrait également aider, Newmont étant la principale participation de certains des plus grands ETF de sociétés minières d’or, comme le VanEck Gold Miners ETF.
Ainsi, pour les investisseurs qui ne souhaitent pas s’exposer directement à l’or via des lingots et des pièces, Newmont peut être une excellente option. Elle générera également un rendement de dividende modeste, aidant à amortir la volatilité souvent très importante du cours de l’action.











