Espace
SpaceX et xAI fusionnent pour construire le futur de l’IA dans l’espace

SpaceX et xAI se combinent avant une éventuelle IPO
SpaceX devrait bientôt devenir l’une des entreprises les plus prisées au monde parmi les investisseurs, du moins dès qu’elle procédera à son introduction en bourse, supposée pour le milieu 2026. Jusqu’à présent, la valorisation de SpaceX reposait principalement sur son exploit impressionnant de fusées réutilisables, ainsi que sur le réseau Internet haut débit unique en son genre, Starlink, qui a généré pour l’entreprise un flux de trésorerie commercial récurrent indispensable, indépendant des contrats de défense et de la NASA.
Mais il semble que SpaceX sera désormais beaucoup plus étroitement associée à l’autre aventure d’Elon Musk, avec la fusion annoncée avec xAI, la société d’IA qui possède également X.com (anciennement Twitter).
Cette nouvelle a déclenché une vague massive de discussions et de rumeurs visant à expliquer la logique de ce mouvement, des centres de données orbitaux aux futures colonies robotiques d’exploration spatiale et lunaires & martiennes. Et bien sûr, l’une des plus grandes entreprises du monde, Tesla (TSLA ), est également intégrée à ces spéculations.
Le ton était tout aussi enthousiaste de la part de Musk lui‑même, qui s’exprimait comme un personnage tout droit sorti d’un roman de science‑fiction :
“Ceci marque non seulement le prochain chapitre, mais le prochain livre de la mission de SpaceX et xAI : passer à l’échelle pour créer un soleil sentient afin de comprendre l’Univers et étendre la lumière de la conscience aux étoiles !”
xAI + SpaceX : ce que nous savons jusqu’à présent
Contexte
Il a été annoncé dans un article de blog de SpaceX rédigé par Elon Musk que SpaceX a acquis xAI avec l’objectif déclaré :
« Former le moteur d’innovation le plus ambitieux et verticalement intégré sur (et hors) Terre, avec l’IA, les fusées, l’Internet spatial, les communications directes vers les appareils mobiles et la plateforme d’information en temps réel et de liberté d’expression la plus avancée au monde. »
xAI est la société d’IA d’Elon Musk, qui a elle‑même acquis X.com auprès de Musk en 2025 dans une opération entièrement en actions évaluée à 33 milliards de dollars.
xAI a développé ses propres modèles de langage de grande taille (série Grok), qui ont été intégrés à X en 2023. Le chatbot génératif a été conçu pour être « tranchant » (selon les propres mots de Musk) et répondre aux questions avec une pointe d’esprit. Grok utilise X comme source principale d’informations et d’actualités, exploitant le trésor de données qu’est le site.
xAI a également construit en un temps record (122 jours) « Colossus », devenu opérationnel en 2024 comme le plus grand super‑ordinateur IA du monde.
En mars 2025, xAI a acquis Hotshot, une start‑up spécialisée dans les outils de génération vidéo. Elle a aussi introduit DeeperSearch pour l’exploration web avancée et Grokipedia, une alternative IA à Wikipedia.
Par les chiffres
L’annonce de la fusion avec SpaceX arrive quelques jours seulement après que xAI a levé 20 milliards de dollars lors d’une levée de fonds Série E, ce qui a probablement offert à certains investisseurs sélectionnés l’opportunité d’accéder à SpaceX et a aidé à atténuer toute opposition interne à la manœuvre parmi les actionnaires de xAI (avec SpaceX entièrement contrôlée par Musk).
La récente levée de fonds a porté la valorisation de xAI à environ 200 milliards de dollars. Cette fusion semble valoriser xAI à environ 250 milliards : les investisseurs de xAI recevront 0,1433 action de SpaceX pour chaque action de xAI dans le cadre de l’acquisition. Certains dirigeants de xAI pourraient également opter pour du cash à la place des actions SpaceX, à 75,46 $ par action.
L’entreprise combinée SpaceX et xAI devrait fixer le prix des actions à environ 527 $ chacune.
L’accord valoriserait la société combinée entre 1,25 trillion et 1,5 trillion de dollars, confirmant l’estimation d’une valeur de SpaceX autour d’un trillion ou plus, ce qui serait colossal pour une société encore privée. À titre de comparaison, Tesla, l’une des plus grandes entreprises mondiales, est évaluée à 1,32 trillion de dollars.
Cela ferait également de cette fusion la plus grande opération de M&A au monde, distinction détenue depuis plus de 25 ans lorsqu’il y a eu l’achat de Mannesmann par Vodafone pour 203 milliards de dollars.
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| Contraintes | Centres de données IA terrestres | Infrastructure IA orbitale |
|---|---|---|
| Alimentation énergétique | Limitée par le réseau, politiquement contrainte | Exposition solaire continue |
| Refroidissement | Intensive en eau et CVC | Refroidissement radiatif passif |
| Vitesse d’échelle | Contraintes de permis et de terrain | Cadence de lancement contrainte |
| Coût marginal d’expansion | En hausse rapide avec la densité | Diminue avec l’échelle des lancements réutilisables |
La fusion a un objectif clair : des centres de données IA orbitaux, où chacune des deux sociétés apporte son expertise.
Le raisonnement clé est que les centres de données IA sont désormais limités non pas par les ressources humaines ou informatiques, mais par l’alimentation énergétique.
Les avancées actuelles de l’IA dépendent de grands centres de données terrestres, qui exigent d’énormes quantités d’énergie et de refroidissement.
La demande mondiale d’électricité pour l’IA ne peut tout simplement pas être satisfaite avec des solutions terrestres, même à court terme, sans imposer des difficultés aux communautés et à l’environnement.
Ainsi, pour Musk, toujours passionné de science & technologie, la solution consiste simplement à quitter la Terre pour trouver une énergie illimitée et abondante.
À long terme, l’IA spatiale est évidemment la seule voie pour passer à l’échelle. Exploiter même un millionième de l’énergie de notre Soleil nécessiterait plus d’un million de fois l’énergie que notre civilisation utilise actuellement !
La solution serait donc des centres de données orbitaux, sujet que nous avons récemment exploré plus en détail dans « IA spatiale : la prochaine frontière du cloud à grande échelle ».
Des millions de satellites
L’échelle de l’infrastructure envisagée par Musk dépasse tout ce qui a jamais été lancé dans l’espace. Nous parlons d’un million de satellites fonctionnant comme un gigantesque centre de données.
C’est toujours ensoleillé dans l’espace !
Lancer une constellation d’un million de satellites qui opèrent comme des centres de données orbitaux est la première étape vers une civilisation de type Kardashev II, capable d’exploiter la puissance totale du Soleil, tout en soutenant des applications IA pour des milliards de personnes aujourd’hui et en assurant l’avenir multiplanétaire de l’humanité.
Le concept de Kardashev classe les civilisations selon la part d’énergie de leur étoile qu’elles récoltent, Kardashev I utilisant toute la lumière solaire atteignant une planète, et Kardashev II toute la production du Soleil.

Source : Aye Universe
Ce n’est pas totalement inattendu, car la constellation Starlink a déjà battu tous les records en constituant la majorité de tous les satellites en orbite autour de la Terre et plus que tous les satellites jamais lancés avant 2021 réunis.
Le réseau a également permis à SpaceX de générer un bénéfice de 8 milliards de dollars en 2025.

Source : ARK Invest
Pourtant, passer de 10 000 satellites à un million représente un bond de 100 x. La seule façon possible de le faire serait avec une flotte massive de Starships, la dernière fusée de SpaceX qui a terminé avec succès les tests sans exploser l’an dernier.
« Cette année, Starship commencera à livrer les satellites V3 Starlink, beaucoup plus puissants, en orbite, chaque lancement ajoutant plus de 20 fois la capacité à la constellation par rapport aux lancements actuels de Falcon avec les satellites V2 Starlink. »
Et ARK Invest vient de publier qu’ils estiment que les centres de données IA pourraient augmenter la demande de lancements orbitaux de 11 x par rapport à la constellation complète de Starlink pour atteindre 10 GW.

Source : ARK Invest
Est‑ce logique ?
Le cap du million de satellites n’est pas non plus si farfelu lorsqu’on le compare à la récente demande de la Chine auprès de l’UIT (Union internationale des télécommunications) pour 200 000 satellites dans le cadre de sa propre version de Starlink.
Globalement, l’objectif semble être un lancement Starship chaque heure, chaque vol transportant 200 tonnes, de sorte que Starship livrera des millions de tonnes en orbite et au‑delà chaque année.
L’objectif de Musk est également bien plus ambitieux que ce qu’ARK Invest imaginait, car il parle de 10 x plus de puissance de calcul, ce qui multiplierait théoriquement la demande de capacité des fusées SpaceX de 600 x.
« Le calcul de base est que lancer un million de tonnes de satellites générant 100 kW de puissance de calcul par tonne ajouterait 100 gigawatts de capacité de calcul IA chaque année, sans besoins opérationnels ou de maintenance continus.
En fin de compte, il existe une voie pour lancer 1 TW/an depuis la Terre. »
Le calendrier est toutefois très optimiste, ce qui ne surprendra personne qui a suivi de près la carrière d’Elon Musk. Il a tendance à livrer plus que ce qui était considéré possible, mais rarement à temps. Ainsi, son horizon doit être jugé comme une cible ambitieuse plutôt qu’une promesse réelle. Mais cela pourrait signifier que nous verrons le premier centre de données orbital lancé d’ici 2030 ou peu après.
« Mon estimation est que d’ici 2 à 3 ans, le moyen le moins coûteux de générer du calcul IA sera dans l’espace. »
Le tableau encore plus grand
Tesla
TSLA Graphique du prix
Bien sûr, l’autre grande société de l’empire commercial d’Elon Musk est Tesla. Et il semble que l’entreprise se dirige également au‑delà de ses racines originelles.
À la fin janvier 2026, Tesla a annoncé qu’elle arrêterait la production de certains de ses modèles, les S & X, et que l’usine serait reconvertie pour produire sa gamme de robots humanoïdes Optimus.
« Du point de vue du portefeuille et de la focalisation, il est logique de les abandonner et de se concentrer sur des produits à plus grand volume comme les Model 3 et Model Y, ainsi que sur d’autres paris d’expansion commerciale. »
Parallèlement, il a été annoncé que Tesla avait investi 2 milliards de dollars dans xAI, qui seraient désormais convertis en actions SpaceX, Tesla détenant ainsi un peu moins de 1 % de xAI (et donc environ 0,2 % de SpaceX après la fusion).
Évidemment, la production d’Optimus et les plans d’expansion rapide des robotaxis sont tous deux étroitement liés à la capacité IA, amenant beaucoup à estimer qu’une fusion Tesla‑SpaceX aurait beaucoup de sens.
Comme SpaceX et Tesla sont désormais évaluées à des capitalisations boursières similaires, il s’agirait également d’une fusion entre égaux. Et le double potentiel de xAI, tant pour les centres de données orbitaux que pour le « cerveau » des robots Optimus et des robotaxis Tesla, serait le point de jonction entre les activités jusque‑là non liées de fusées spatiales et de voitures électriques.
Une dernière synergie potentielle réside dans le fait que Tesla pourrait fournir aux centres de données orbitaux les panneaux solaires et les batteries dont ils auront besoin. Au moins avant des projets d’infrastructure encore plus ambitieux dans l’espace profond (voir ci‑dessous).
La fusion potentielle avec Tesla sera plus complexe, car elle pourrait soulever davantage de questions réglementaires que la fusion xAI + SpaceX, et pourrait également rencontrer une opposition sérieuse de la part de certains actionnaires de Tesla. Après tout, transformer une entreprise automobile en une société robotique + solaire + IA + spatiale représente un changement radical.
Cependant, cela semble être l’étape logique pour consolider l’empire de Musk en une seule société, et bâtir une méga‑entreprise cohérente et futuriste qui embrasse à la fois l’IA, l’énergie verte et la colonisation spatiale.
Et le dernier morceau du puzzle est le potentiel package de rémunération de 1 trillion de dollars à Elon Musk par Tesla, qui ne se concrétisera que si l’entreprise atteint un succès très massif :
- La capitalisation boursière de Tesla atteignant 8,5 trillion de dollars.
- Livraison de 20 millions de véhicules, 1 million de robotaxis, 1 million de robots Optimus.
- Atteindre 400 milliards de dollars d’EBITDA ajusté.
Ce qui correspond exactement à ce qui pourrait se produire si l’entreprise devient une société entièrement futuriste d’EV, d’IA et de robotique. Avec xAI désormais fusionnée à SpaceX, seule une fusion avec l’activité spatiale semble pouvoir le rendre possible.
Les autres entreprises de Musk
Musk est également actif avec le fabricant de puces cérébrales Neuralink et la société de tunnels The Boring Company.
Neuralink pourrait probablement être intégré à l’activité xAI, et fournir des informations supplémentaires sur l’intelligence ainsi que sur une nouvelle interface pour interagir avec l’IA, ainsi que des applications médicales IA + implants neuronaux.
The Boring Company n’est pas clairement liée à l’Espace, à l’IA ou même aux voitures électriques (au‑delà de quelques tunnels de circulation), sauf lorsqu’on considère une étape encore plus ambitieuse dans les plans de Musk.
Par exemple, les tunnels souterrains seront essentiels pour construire des habitats sur la Lune et sur Mars, afin de protéger leurs habitants des radiations cosmiques. Neuralink pour contrôler Optimus ou d’autres machines sur la Lune pourrait également être à l’œuvre.
Lune, Mars & au‑delà
Il n’est pas secret que le but ultime d’Elon Musk est de faire de « l’humanité une espèce multiplanétaire », un objectif ambitieux qu’il répète sans cesse depuis plus d’une décennie.
Des années avant le boom de l’IA, c’était la raison d’être de la création de SpaceX, et en particulier du lanceur super‑lourd Starship. Cela sera crucial pour atteindre et établir une présence humaine permanente à la fois sur la Lune (les missions Artemis) et sur Mars.
« Alors que le lancement de satellites IA depuis la Terre est l’objectif immédiat, les capacités de Starship permettront également des opérations sur d’autres mondes. Grâce à des avancées comme le transfert de carburant en‑espace, Starship pourra atterrir avec d’énormes quantités de cargaison sur la Lune.
Une fois là‑bas, il sera possible d’établir une présence permanente pour des activités scientifiques et de fabrication. »
Pendant longtemps, Musk visait surtout à sauter la Lune, sauf pour les missions lunaires lucratives financées par la NASA, et à se diriger directement vers Mars. Il semble avoir radicalement changé de perspective, car il faut désormais une quantité massive de matériaux à fabriquer puis mettre en orbite terrestre.
La Lune, étant dépourvue d’atmosphère et ne possédant que 1/6 de la gravité terrestre, rendre l’envoi de matériel dans l’espace depuis elle plutôt trivial comparé au lancement d’un Starship depuis la Terre. Musk a lui‑même exposé le plan à long terme :
« Des usines sur la Lune peuvent exploiter les ressources lunaires pour fabriquer des satellites et les déployer plus loin dans l’espace.
En utilisant un propulseur à masse électromagnétique et la fabrication lunaire, il est possible de placer de 500 à 1 000 TW/an de satellites IA dans l’espace profond, faisant ainsi monter l’échelle de Kardashev de manière significative, et exploiter un pourcentage non négligeable de l’énergie du Soleil. »
(C’est exactement le type d’économie spatiale que nous avons précédemment exploré dans plusieurs articles comme « Infrastructure spatiale – Construire des escaliers vers les cieux », « L’économie spatiale du futur » et « Vers la Lune et Mars – Cartographier la nouvelle course spatiale ».)
Une telle infrastructure pour produire de l’énergie solaire sur la Lune est déjà en place + des propulseurs à masse ; nous pourrions également voir une offre illimitée d’énergie solaire provenant de l’espace, comme nous l’avons exploré dans « Solutions d’énergie spatiale pour une énergie propre infinie ».
Le lien avec Heinlein
Il est désormais très clair que Musk se voit comme la version réelle du personnage principal du livre de science‑fiction de Heinlein « The Man Who Sold the Moon », souvent moins évoqué que le reste de l’œuvre de l’auteur comme Starship Troopers ou La Lune est une maîtresse cruelle.
Dans ce livre, Delos D. Harriman est un homme d’affaires déterminé à atteindre personnellement et à contrôler la Lune. Pour ce faire, il utilise tous les stratagèmes et moyens légaux possibles afin d’accomplir son objectif, dans le but à la fois de s’enrichir et de propulser l’humanité vers un nouvel âge d’or, avec le second objectif, prétendument, sa véritable motivation.
Conclusion
Le temps nous le dira, mais il semble que la fusion de xAI & SpaceX ne soit probablement que la première étape d’un plan qui se déploie lentement, orchestré par Elon Musk, pour rassembler l’ensemble de ses activités commerciales en une seule société commune.
Logiquement, nous pourrions voir The Boring Company et Neuralink intégrées à xAI/SpaceX bientôt, avant une IPO de SpaceX.
Une fois cela réglé, deux options s’offrent pour la fusion finale Tesla + SpaceX :
- Une fusion amicale si les actionnaires de Tesla votent en faveur de l’idée.
- Une prise de contrôle hostile par SpaceX si l’entreprise dispose de suffisamment de liquidités grâce à son IPO pour réaliser ce qui serait la plus grande opération financière de ce type jamais réalisée.
Dans tous les cas, une chose est certaine : SpaceX et Tesla resteront dans les gros titres technologiques et financiers et au centre des débats passionnés et des arguments tout au long de 2026 et au‑delà. Et pour la plupart des investisseurs, du moins jusqu’à l’IPO de SpaceX, le meilleur moyen d’obtenir une exposition au futur que Musk imagine est probablement via les actions Tesla.











