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La mission Artemis: Emmène‑moi sur la Lune (Encore)

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Le programme Artemis

La dernière fois que l’humanité a marché sur la Lune, c’était en décembre 1972, il y a maintenant plus de 50 ans. Ce fait a été une déception constante pour les passionnés d’espace, surtout compte tenu de l’avenir ambitieux et prometteur de l’exploration spatiale qui semblait nous attendre dans les années 1970.

Mais les coupes budgétaires, les limites technologiques et la fin de la guerre froide ont mis un terme aux programmes spatiaux habités, les personnes les plus éloignées de la Terre restant aujourd’hui dans l’orbite terrestre à bord de la station ISS, qui elle‑même devrait être mise hors service bientôt.

Heureusement, une nouvelle vague d’exploration spatiale arrive, avec le réchauffement d’une nouvelle course à l’espace. Cette course est propulsée par les progrès réalisés par des entreprises comme SpaceX (SPCX ), qui réduisent radicalement le coût d’accès à l’orbite, ainsi que par l’ascension de la Chine en tant que puissance mondiale, rivalisant activement avec les États‑Unis et leurs alliés pour l’établissement de bases lunaires et peut‑être même martiennes.

C’est dans ce contexte que la NASA a conçu les missions Artemis, nommées d’après la déesse grecque de la Lune, avec la contribution de diverses agences spatiales.

L’objectif à long terme du programme est d’établir une base permanente sur la Lune, afin de favoriser plus tard la fabrication hors‑Terre et de faciliter les missions humaines vers Mars.

Le programme a toutefois une histoire mouvementée, avec de multiples retards dans le passé et probablement d’autres à venir, et pourrait être remanié sous certains aspects avant sa fin, notamment concernant son lanceur, le SLS.

Malgré tout, avec une administration Trump incluant Elon Musk et un objectif global de « make America great again », il est clair que réussir dans cette nouvelle course à l’espace sera autant une question de fierté nationale que de progrès scientifique et d’ingénierie.

Pas une répétition d’Apollo

Le programme Artemis regroupe une série de missions distinctes qui s’appuient les unes sur les autres. Cela permet de tester chaque technologie clé séparément, maximisant ainsi les chances de succès et la sécurité des astronautes, tout en construisant les infrastructures nécessaires à un séjour prolongé sur la Lune.

Cela diffère grandement de l’esprit des missions Apollo, qui étaient toutes conçues pour des visites très courtes, le plus long étant 75 heures avec Apollo 17, visant principalement le prestige national et la collecte d’échantillons rocheux.

Le programme Artemis est un projet international massif, impliquant les États‑Unis, le Canada, l’UE, le Royaume‑Uni et de nombreux autres pays dans le cadre des Accords Artemis.

Source: NASA

Les Accords Artemis se concentrent sur une exploration pacifique et transparente de la Lune, avec des principes d’interopérabilité, d’assistance en cas d’urgence, d’évitement des interférences entre programmes, de diffusion rapide des données scientifiques et de préservation du patrimoine spatial.

Pourquoi rester sur la Lune ?

Outre l’intérêt scientifique d’un séjour sur la Lune, qui permettrait de mieux comprendre le seul satellite naturel de la Terre, il existe de nombreuses raisons pratiques à une présence humaine semi‑permanente ou permanente sur la Lune.

Tester ce qui fonctionne

La première raison est que la Lune constitue un excellent lieu pour tester des colonies permanentes hors‑Terre. Grâce à sa proximité avec la Terre, il est plus facile d’envoyer davantage de cargaison à moindre coût que sur des corps planétaires plus lointains comme Mars.

Cette courte distance permet également de réaliser tout ravitaillement d’urgence ou toute opération de secours en seulement trois jours de vol, au lieu de plusieurs mois ou années. Ainsi, avec de nombreuses technologies et concepts encore non prouvés à déployer dans le cadre du programme Artemis, il est logique d’évaluer la possibilité d’une intervention rapide en cas de problème.

Un tremplin vers Mars

Une fois un séjour soutenu établi sur la Lune, des programmes plus ambitieux comme le premier atterrissage humain sur Mars pourraient être envisagés. Comme Mars se situe à 6‑18 mois de trajet, toutes les leçons tirées de la Lune seront extrêmement précieuses pour éviter un échec catastrophique sur la planète rouge.

L’atterrissage d’équipements lourds sur la Lune fournira également des informations clés sur la manière de déplacer dans l’espace une masse d’équipement plusieurs ordres de grandeur supérieurs à ce que les missions Apollo nécessitaient.

Enfin, les ressources lunaires pourraient devenir un approvisionnement crucial en carburant et même en matières premières pour les vaisseaux en route vers Mars.

Exploitation des ressources in situ

La Lune est un corps planétaire massif, dont la composition est très similaire à la croûte terrestre. Elle pourrait également contenir d’importantes ressources en eau sous forme de glace cachée dans ses cratères les plus profonds. En 2020, un satellite de la NASA a découvert d’importantes ressources en eau dans les régions constamment ombragées de la Lune.

Source: NASA

Parce que la gravité lunaire n’est que 1/6e de celle de la Terre, soulever des matériaux depuis la Lune est beaucoup moins difficile. Ainsi, la production de carburant hydrogène & oxygène, ou d’eau pour le bouclier contre les radiations lors d’un voyage vers Mars, pourrait être plus facile et moins chère à obtenir depuis la Lune que de la soulever depuis la Terre.

Cependant, l’exploitation à distance de ces ressources sera probablement complexe, et les opérations minières directement pilotées par des humains sont plus probables.

À long terme, le régolithe lunaire est le plus intéressant, riche en aluminium, magnésium, fer, silicate et oxygène.

Ces ressources minérales pourraient constituer la base d’un système de fabrication basé sur la Lune, où la majorité des satellites et des vaisseaux interplanétaires, y compris les panneaux solaires, seraient construits sur la Lune, les composants haute technologie provenant de la Terre n’étant ajoutés qu’ultérieurement.

Une telle capacité de fabrication pourrait également servir de base à un vaste système de génération d’énergie à partir de panneaux solaires orbitaux, comme nous l’avons évoqué dans « Solutions d’énergie spatiale pour une énergie propre infinie ».

Enfin, la Lune est riche en hélium‑3, un élément rare qui pourrait faciliter la réalisation commerciale de la fusion nucléaire, ce qui pourrait être important si la méthode de fusion tritium‑deutérium privilégiée par ITER s’avère impraticable (suivez le lien pour un article complet sur ce mégaprojet).

La NASA se prépare déjà à l’exploitation in‑situ des ressources, notamment avec une longue série de sondes robotiques : le Lunar Reconnaissance Orbiter et plusieurs CubeSat lunaires pour la détection d’eau souterraine, le Volatiles Investigating Polar Exploration Rover (VIPER) pour l’évaluation du volume d’eau, le Lunar CRater Observation and Sensing Satellite (LCROSS) pour la composition du régolithe, et même l’expérience MOXIE (Mars Oxygen In‑Situ Resource Utilization Experiment) pour la production d’oxygène sur Mars.

Les nombreuses missions Artemis

Artemis 1

Artemis 1 a eu lieu à la fin de 2022 et était un test de vol lunaire non habité d’une durée de 25 jours.

Il s’agissait du premier lancement avec le lanceur SLS. Le SLS est un lanceur non réutilisable, aux dimensions et à la capacité de charge similaires à celles du Saturn V d’Apollo. Vous pouvez voir un aperçu de la conception des missions Artemis dans cette vidéo de la NASA:

Artemis a été réalisé pour tester le SLS, mais aussi le vaisseau spatial Orion de 78 000 livres (35 tonnes) Orion, qui transportera les astronautes vers la Lune dans le reste du programme Artemis. Pour cette mission, des mannequins équipés de capteurs remplaceront les membres d’équipage, enregistrant l’accélération, les vibrations et les niveaux de radiation.

Les mesures d’Artemis 1 ont montré que, bien que l’exposition aux radiations puisse varier selon l’emplacement à l’intérieur d’Orion, le vaisseau peut protéger son équipage de niveaux de radiation potentiellement dangereux pendant les missions lunaires.

Source: NASA

Orion comprend un système d’abort de lancement qui permettra aux astronautes de retourner sur Terre en cas de problème pendant le vol vers l’orbite du SLS.

Il est ensuite divisé entre le module d’équipage de 4 personnes, habitable jusqu’à 21 jours, et le module de service construit par l’Europe contenant la propulsion, le contrôle thermique et l’alimentation électrique générée par des panneaux solaires.

Source: NASA

Artemis 2

La mission Artemis 2, désormais retardée et prévue pour avril 2026, sera le premier vol habité du programme. L’objectif global de cette mission est de tester pleinement les systèmes Orion avec des humains à bord et d’évaluer les interfaces d’équipage, les systèmes de guidage et de navigation.

Source: NASA

Elle transportera 4 astronautes, 3 Américains et 1 Canadien, lors d’un voyage aller‑retour de 10 jours autour de l’orbite lunaire et retour sur Terre. Parmi eux se trouvera Victor Glover, qui sera le premier astronaute noir à faire le tour de la Lune.

La trajectoire utilisée dépassera la Lune de 4 600 miles, car ce chemin plus complexe permettra d’économiser du carburant en utilisant la gravité terrestre pour le ramener.

L’équipage portera de nouveaux combinaisons spatiales, conçues pour résister aux niveaux plus élevés de radiation de l’environnement cis‑lunaire.

Source: NASA

Artemis 3

Cette mission sera le deuxième vol habité du programme, et le premier à poser des astronautes sur la Lune, mettant fin à une interruption de plus de 50 ans depuis le dernier alunissage.

Le décollage utilisera le SLS, le voyage vers la Lune se fera à bord d’Orion, et l’atterrissage sera réalisé par le Human Landing System (HLS) de SpaceX, une variante du vaisseau Starship, avant de revenir en orbite avec celui‑ci.

Avant d’être utilisé par des astronautes, le HLS devra subir une série de tests, suivis d’au moins une mission de démonstration non habitée où Starship atterrira sur la surface lunaire. Le concept HLS nécessitera le ravitaillement d’un Starship en orbite terrestre afin d’avoir un réservoir plein au départ pour la Lune.

Source: NASA

L’équipage visitera le pôle sud de la Lune pour rechercher de l’eau, étudier sa surface et apprendre à travailler sur un monde hors de la Terre.

Il testera également des technologies telles que les systèmes de sortie extravéhiculaire et les combinaisons de surface, qui offriront une mobilité bien supérieure à celle des combinaisons de l’ère Apollo. L’exploration se déroulera au pôle sud lunaire.

Durant le temps passé sur la surface lunaire, Orion restera dans une orbite lunaire allongée, avec 2 des 4 astronautes à bord.

Source: NASA

À plus long terme, un autre système d’atterrissage conçu par Jeff Bezos de Blue Origin pourrait soutenir les missions lunaires.

Source: NASA

Artemis 4

Artemis 4 est le moment où l’objectif de coloniser durablement la Lune commence à prendre forme. Un élément crucial sera la première station spatiale lunaire, le Lunar Gateway.

Gateway sera composé de 7 modules principaux, auxquels Orion s’attachera:

  • Le sas Crew & Science, fourni par les Émirats arabes unis, pour les sorties extravéhiculaires.
  • Le Lunar‑I‑Hab, avec quartiers d’habitation et support de vie, fourni par l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Agence japonaise d’exploration aérospatiale (JAXA).
  • HALO, fourni par l’ESA, un quartier d’équipage et un lien lunaire pour les télécommunications à haute vitesse avec la surface lunaire.
  • Lunar View, également par l’ESA, avec espace de cargaison et grandes fenêtres.
  • Les systèmes d’alimentation et de propulsion, incluant 60 kW d’énergie électrique provenant de panneaux solaires, la plus grande production jamais réalisée à bord d’un vaisseau.
  • Le module logistique, pour la livraison de cargaison et les futures expériences scientifiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la station, basé sur le Dragon XL de SpaceX et optimisé pour transporter plus de cinq tonnes métriques de cargaison vers le Gateway en orbite lunaire.
  • Le Canada fournira également le bras robotique Canadarm3, capable de se déplacer vers différentes parties de la station.

Source: NASA

L’élément Power and Propulsion (PPE) sera construit par Maxar, et le module d’habitation et de logistique (HALO) sera construit par Northrop Grumman (NOC ) ; les deux seront d’abord lancés par la fusée Falcon Heavy de SpaceX.

Ils passeront environ un an à se rendre en orbite lunaire, utilisant une propulsion solaire‑électrique à haute efficacité et la gravité de la Terre, de la Lune et du Soleil pour atteindre leur destination.

Puis, Artemis 4 amènera en orbite lunaire le vaisseau Orion habité et le Lunar I‑Hab Gateway, qui s’amarrera au module HALO.

L’orbite ovale du Gateway orbit offrira un accès aux zones du pôle nord et du pôle sud de la Lune.

Certains membres d’équipage d’Artemis 4 atterriront sur la Lune avec le HLS, réaliseront de la géologie de terrain, déploieront des instruments et collecteront des échantillons, puis tous reviendront sur Terre à bord d’Orion.

Artemis 4 ne débutera pas avant 2028, et très probablement plus tard compte tenu de l’historique de retards du programme et du fait qu’Artemis 3 est prévu seulement deux ans avant, avec un an nécessaire pour livrer les deux premiers modules en orbite lunaire.

Le Gateway est crucial pour l’avenir de l’exploration habitée pour plusieurs raisons. Premièrement, son objectif principal est d’être un support, un relais, un dépôt de ressources et un habitat pour l’exploration lunaire. En fournissant une structure de soutien proche, il rendra les activités lunaires beaucoup plus sûres et plus efficaces. À ce stade, des missions de six jours sur la Lune sont prévues.

La deuxième raison est que le Gateway lunaire sera également une porte d’entrée vers Mars, pas seulement vers la Lune. Il deviendra ainsi un point d’étape où les matériaux pourront être stockés, qu’ils proviennent de la Terre ou de la Lune, où l’équipage pourra être rassemblé, et où les vaisseaux seront lancés.

« Nous sommes dans une position où nous pouvons faire monter tout un véhicule d’équipage et l’utiliser comme point de lancement vers Mars depuis là‑bas.

Donc, tout le but du Gateway est d’avoir une architecture très robuste qui peut être modifiée de nombreuses façons différentes, utilisée pour de nombreuses choses différentes. »

Debra Ludban – responsable de l’intégration des systèmes du véhicule Gateway à la NASA

Artemis 5 & au‑delà

Artemis 5 sera le moment où les autres modules manquants seront ajoutés.

Cette fois, lorsque les humains iront sur la Lune, ils seront également accompagnés d’un rover non pressurisé, augmentant radicalement la capacité des astronautes à explorer et à transporter du matériel à la surface.

Pour l’instant, la NASA envisage deux types de véhicules sur la surface lunaire : le véhicule tout‑terrain lunaire (non pressurisé) et le rover pressurisé. Les véhicules pressurisés fonctionneront comme une base mobile, permettant aux astronautes de se déplacer depuis le camp de base pendant de bien plus longues périodes.

Source: Space.com

À long terme, une base lunaire de plus en plus permanente aura besoin d’une alimentation électrique. Même dans les régions polaires, l’énergie solaire peut être difficile à exploiter à la surface de la Lune, en raison d’un cycle jour‑nuit de 28 jours.

À la place, la NASA examine l’énergie nucléaire, avec le projet Fission Surface Power. La NASA collabore avec le Département de l’Énergie (DOE) et l’industrie pour concevoir ce système de puissance par fission qui fournirait au moins 40 kW d’énergie à partir de quatre unités de 10 kW. Cela pourrait également devenir le socle d’une future alimentation pour les bases martiennes.

Source: NASA

Défis d’Artemis

Le SLS fonctionne‑t‑il encore ?

Un projet comme Artemis est inévitablement confronté à des problèmes techniques et organisationnels. Certains points sont toutefois plus problématiques que d’autres.

Le principal problème est le lanceur SLS. Il a été conçu comme une quasi‑réplique du vieux Saturn 5 en termes de philosophie de conception et de capacité de charge. Et il serait considéré comme un fusée impressionnante si ce n’était pas pour les progrès énormes réalisés par SpaceX au cours des dix dernières années.

En même temps, il est clair que, pour des raisons de sécurité et politiques, la NASA a été très réticente à dépendre davantage de SpaceX. Ainsi, le SLS est principalement construit par des entreprises spatiales historiques comme United Launch Alliance, une co‑entreprise Boeing (BA ) & Lockheed Martin Space (LMT ), Aerojet Rocketdyne et Northrop Grumman (NOC ).

Source: Impulso

Cependant, le SLS est cher, en fait très cher, avec un coût individuel de 2 milliards de dollars par lancement. À ce stade, quel que soit le prix du Starship de SpaceX, le SLS reste largement plus coûteux, peut‑être 10‑20 fois plus cher par lancement, absorbant la majeure partie du budget d’Artemis malgré une capacité de charge inférieure.

Bien sûr, lorsque le SLS a commencé son développement en 2011, personne n’aurait parié sur SpaceX, mais les temps ont changé.

Et il semble que Boeing se prépare déjà à l’annulation du SLS, surtout alors que le gouvernement américain, sous la direction d’Elon Musk, recherche des dépenses inefficaces. Ce serait un autre échec pour la division spatiale de Boeing après le fiasco du Starliner.

Même avec le conflit d’intérêts évident, il est difficile d’argumenter que le SLS est un lanceur d’une époque antérieure, avant que les fusées réutilisables ne deviennent la norme, et que, bien que SpaceX soit en tête, des entreprises comme Rocket Lab (RKLB ) ou Blue Origin apporteront finalement la concurrence nécessaire au secteur des fusées réutilisables.

En même temps, le SLS vole de manière fiable, ce que le Starship ne peut pas encore garantir, ce qui ralentit déjà Artemis 3.

Donc le verdict reste à déterminer : attendre le coût inférieur du Starship vaut‑il la peine de nouveaux retards, ou rester avec le SLS pour le moment est‑il le meilleur choix, la NASA attendant déjà le Starship de toute façon…

Et la promesse crédible d’un atterrissage lunaire par des taïkonautes chinois plane sur ce débat…

Conception de la mission

Construit autour du SLS, le programme Artemis a été calculé avec des coûts de lancement massifs, et a préparé son exploration lunaire en conséquence.

Si les coûts de lancement diminuent davantage, la taille de la base lunaire ainsi que du Lunar Gateway pourrait être repensée. Que ce soit avec des modules plus grands, davantage de modules, ou même en envisageant le transport d’équipements lourds sur la Lune, comme de petits excavateurs et des machines pour transformer le régolithe en briques.

Dans ce cas, la conception des réacteurs nucléaires devrait également être mise à l’échelle, passant des micro‑réacteurs aux SMR (Small Modular Reactors) plus standards.

Une option supplémentaire pourrait être de réaménager les énormes réservoirs en acier inoxydable ultra‑solide du Starship en habitats, surtout que le programme Artemis a déjà besoin de la technologie de transfert de carburant Starship‑to‑Starship en orbite.

Dans l’ensemble, malgré son apparence initiale comme le programme le plus ambitieux de la NASA depuis 1972, il est possible qu’une reconsidération d’Artemis, en tenant compte des capacités et du coût des lanceurs comme le Starship et le New Glenn, rende la première version de ce plan modeste en comparaison.

Progrès technologique d’Artemis

Technologie spatiale

En ignorant le débat sur le lanceur à utiliser ou les critiques concernant les retards, il est probable que le programme Artemis engendrera d’énormes progrès technologiques, comme l’a fait le programme Apollo.

La première partie consiste à fournir une incitation et un marché solide pour les véhicules de lancement ultra‑lourds. Pour l’instant, le Starship semble le plus susceptible d’en bénéficier, mais d’autres entreprises seront probablement en concurrence pour le ravitaillement et le transport d’astronautes des missions Artemis 6 et suivantes, avec jusqu’à 13 missions Artemis déjà envisagées. Et dans la plupart des cas, les fusées réutilisables seront probablement la voie à suivre.

La production d’énergie, des satellites solaires aux micro réacteurs nucléaires, progressera également à partir de la technologie développée pour alimenter le Lunar Gateway et la base lunaire.

Sciences des matériaux & gadgets

Souvent de façon invisible, les programmes spatiaux ont créé certains des matériaux aujourd’hui courants dans le monde moderne, comme la mousse à mémoire de forme (utilisée dans les sièges de pilote), les détecteurs de fumée, l’aérogel isolant, les couvertures en feuille, les vêtements ignifuges, les verres anti‑rayures et les caméras miniaturisées.

Il est probable que les efforts pour créer de nouvelles combinaisons spatiales résistantes aux radiations, des habitats lunaires et des filtres à air capables de gérer la poussière abrasive de la Lune produiront également des retombées inattendues.

Impression 3D

Cette technologie est déjà utilisée pour fabriquer les moteurs des fusées de SpaceX et de Rocket Lab. Elle sera probablement largement déployée sur la Lune également, car produire une nouvelle pièce pour réparer quelque chose est beaucoup plus simple que de la faire livrer depuis la Terre.

La fabrication additive devient rapidement une révolution manufacturière sur Terre, et progressera probablement considérablement grâce à des organisations comme la NASA qui financent la technologie pour la rendre encore plus puissante.

À ce sujet, les bâtiments imprimés en 3D fabriqués à partir du régolithe lunaire sont également une voie très probable pour construire toute base lunaire pour plus de 2‑4 personnes. Toute technologie capable de fonctionner dans le vide dur et les températures extrêmement basses et élevées de la Lune sera probablement facile à adapter aux chantiers de construction terrestres.

Infrastructure spatiale

En apprenant à vivre sur la Lune et à exploiter ses ressources, nous faisons collectivement le premier pas vers la construction des futures infrastructures spatiales requises pour de nombreux autres projets.

Cela inclut ce qui sera nécessaire pour gérer l’exploitation minière d’astéroïdes ou pour produire en masse des satellites solaires. Ou peut‑être même comment produire en masse des panneaux solaires sur la Lune afin de renvoyer l’énergie vers la Terre.

Cela créera également la masse critique de demande pour des technologies spatiales avancées permettant de réduire les coûts. Réduire les coûts d’accès à l’orbite créera de nouveaux marchés comme le tourisme spatial, générant davantage d’économies d’échelle.

Conclusion

Artemis a relancé à lui seul une nouvelle course à l’espace et a remis les États‑Unis sur la voie d’un atterrissage d’hommes (et de femmes) sur la Lune.

Il vise bien au‑delà de ce qu’Apollo a accompli, avec des séjours beaucoup plus longs sur la Lune, une présence permanente comme objectif à long terme, et l’exploration active de l’exploitation des ressources in‑situ. Ainsi, il pourrait être considéré comme le véritable premier départ de l’humanité en tant que civilisation spatiale, autant, voire plus, que les premiers pas de Neil Armstrong.

Cependant, c’est un programme qui a mis des décennies à se concrétiser, et sa conception le montre. Les innovations des entreprises privées dans le secteur des lancements et le développement de fusées réutilisables ont depuis démontré que davantage pouvait être accompli avec beaucoup moins de budget.

Dans un contexte de crise budgétaire et de refonte des dépenses publiques, il n’est pas impossible qu’Artemis soit retardé de quelques années pour des raisons d’efficacité, et qu’il conduise à des objectifs encore plus ambitieux en conséquence.

Entreprise liée à Artemis

Lockheed Martin

LMT Graphique du prix

Lockheed Martin est l’une des plus grandes entreprises aérospatiales & de défense au monde, que nous avons détaillée en novembre 2025 dans « Lockheed Martin (LMT) Spotlight: Un leader en défense et aérospatiale ».

En bref, c’est la société derrière des aéronefs comme les hélicoptères Black Hawk ou le F‑16, ainsi que des équipements avancés comme le F‑35, les avions radar volants ou les avions logistiques comme le C‑5 Galaxy & C‑130J Super Hercules.

Elle produit également certains des systèmes de missiles les plus importants de l’armée américaine, comme le JAASM, le Javelin, l’ATACMS et le HIMARS, très demandés après l’épuisement des stocks suite au conflit en Ukraine.

Elle fournit également d’importants systèmes de défense antimissile comme le système naval AEGIS et le THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) contre les missiles balistiques.

Les armes ne sont cependant pas tout ce que fait l’entreprise. Lockheed est le contractant principal pour la conception, le développement, les essais et la production du vaisseau spatial Orion, peut‑être la partie la moins controversée de l’ensemble du programme Artemis. Cela inclut Callisto, un système d’assistance IA contrôlé par la voix, en partenariat avec Alexa d’Amazon (AMZN ), qui intègre également un test de support vidéo‑chat depuis la Terre en collaboration avec Cisco (CSCO ).

Si le programme était finalement élargi grâce à des lancements plus bon marché et plus fréquents avec le Starship, cela pourrait également stimuler la production d’Orion.

En lien avec Artemis, Lockheed a annoncé avoir terminé les tests critiques d’un prototype de panneau solaire lunaire capable de fonctionner aux pôles sud de la Lune. Cependant, il a perdu le projet au profit de Leidos (LDOS ) pour le programme de rover Artemis.

L’entreprise est active dans d’autres programmes spatiaux, comme les satellites météorologiques GOES‑R, la collecte d’échantillons d’astéroïdes avec OSIRIS‑REx, la sonde Jupiter JUNO, et un gilet de protection contre les radiations AstroRad,

Dans l’ensemble, des systèmes militaires clés aux véhicules et programmes spatiaux tout aussi importants, Lockheed Martin est à l’avant‑garde de l’innovation américaine et semble avoir conservé son avantage bien plus affûté que celui de nombreux concurrents grands contractants de défense. L’entreprise devrait bénéficier des itérations ultérieures du programme Artemis, ainsi que de nombreuses autres missions d’exploration profonde et axées sur Mars à long terme.

Jonathan est un ancien chercheur en biochimie qui a travaillé dans l'analyse génétique et les essais cliniques. Il est maintenant analyste boursier et rédacteur financier, spécialisé dans l'innovation, les cycles de marché et la géopolitique dans sa publication 'The Eurasian Century'.