Espace

Lockheed Martin (LMT) Spotlight: Un leader dans la défense et l’aérospatiale

mm
Securities.io maintains rigorous editorial standards and may receive compensation from reviewed links. We are not a registered investment adviser and this is not investment advice. Please view our affiliate disclosure.

Puissance aérienne au cœur du pouvoir militaire

Innovation et technologie militaire sont étroitement liées depuis des décennies, notamment avec l’émergence de la guerre industrielle et l’importance des armes avancées. En conséquence, certaines des entreprises les plus innovantes au monde sont également les plus grands contractants militaires.

Cela est particulièrement vrai aux États‑Unis, où les entreprises privées sont les principaux fournisseurs de technologie au Département de la Défense (DoD), contrairement à d’autres pays, y compris les alliés de l’OTAN, où les entreprises nationalisées sont souvent les principaux fournisseurs d’armes.

De même, la technologie spatiale et l’exploration spatiale sont entièrement le résultat d’investissements massifs de l’époque de la guerre froide dans la course à l’espace contre l’Union soviétique, eux‑mêmes s’appuyant sur la technologie de fusées allemande développée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Et au cœur de certaines des technologies les plus avancées appliquées tant aux usages militaires que civils, se trouve une entreprise qui repousse les limites de ce que l’ingénierie peut accomplir: Lockheed Martin.

(LMT )

Histoire de Lockheed Martin

Lockheed Martin est le résultat de la fusion de 1995 entre les entreprises de défense Lockheed Corporation et Martin Marietta. Ces sociétés résultaient elles‑mêmes de fusions et acquisitions antérieures, dans une tendance qui a vu l’industrie de la défense américaine se consolider en quelques grands conglomérats comme Boeing (BA ), Raytheon (RTX ), General Dynamics (GD ), et Northrop Grumman (NOC ).

Source: Prdctnomics

L’ascension de l’entreprise remonte à la Seconde Guerre mondiale lorsqu’elle était un contributeur majeur à l’effort de guerre. Notamment, ses installations hautement sécurisées « Skunk Works » ont été essentielles dans le développement de la plupart des avions militaires les plus importants des États‑Unis, comme le P‑38 Lightning en 1939, puis plus tard le SR‑71 Blackbird, le F‑117 Nighthawk, le F‑22 et le F‑35.

Activités multiples

Aéronefs / Aéronautique

Les avions militaires étaient le cœur de métier original de Lockheed, et aujourd’hui, ils restent sa plus grande ligne d’activité, représentant environ 40 % du chiffre d’affaires total.

Cela comprend des systèmes hérités mis à jour comme les Black Hawk helicopters ou le F-16, ainsi que des équipements avancés comme le F-35 ainsi que des flying radar planes ou des avions logistiques comme le C-5 Galaxy & C-130J Super Hercules.

Lockheed joue un rôle essentiel dans le développement des avions dans leur ensemble et de nombreux sous‑systèmes, des radars à la navigation, en passant par la formation et la simulation, les centres de contrôle, etc.

Comme les armées américaines et, en général, les forces de l’OTAN sont très centrées sur la puissance aérienne, ce segment a été très lucratif pour Lockheed.

Missiles et contrôle de tir

Ce segment a évidemment connu une croissance due à la consommation massive de munitions entraînée par la guerre en Ukraine, avec une hausse de 25 % des ventes entre 2023 et 2024.

Il représente actuellement environ 17 % du chiffre d’affaires total.

Parmi ces systèmes, on peut notamment citer:

  • GMLRS: système d’artillerie de précision de plus de 70 km.
  • JAASM: croisière air‑sol à longue portée.
  • Javelin: missiles antichars à lancement d’épaule.
  • ATACMS: artillerie à roquettes d’une portée de 300 km.
  • HIMARS: artillerie de missiles à longue portée.

Dans l’ensemble, ce segment était considéré comme important, mais secondaire par rapport aux systèmes aériens. Le retour de la guerre de tranchées et des duels d’artillerie dans le conflit ukrainien a changé cette perception.

Notamment, le HIMARS, qui tire les missiles GMLRS & ATACMS, est désormais un achat indispensable pour de nombreux pays d’Europe de l’Est comme la Pologne ainsi que pour l’armée américaine et d’autres alliés de l’OTAN.

À ce stade, il semble que le principal problème de Lockheed Martin avec ces systèmes ne soit pas tant la vente que la capacité à en produire suffisamment à temps pour répondre à la demande.

Systèmes de précision & défense

À mesure que missiles, artillerie et drones deviennent des menaces plus sérieuses, l’importance des systèmes de défense contre eux augmente en conséquence.

Il représente actuellement environ 24 % du chiffre d’affaires total.

Lockheed est également présent, en tant que fournisseur clé des armées et marines américaines et de l’OTAN. Par exemple, il produit:

  • AEGIS: principale défense anti‑missiles et anti‑air de la marine américaine, disponible également en version terrestre.
  • THAAD: le Terminal High Altitude Area Defense, spécialisé dans l’interception de missiles à longue portée, constituant la base de la capacité américaine à se défendre contre les missiles balistiques conventionnels et nucléaires à longue distance.
  • Long Range Discrimination Radar (LRDR) & Satellites d’avertissement et de suivi de missiles, fournissant les données de trajectoire aux systèmes THAAD.

C’est également un segment qui avait été quelque peu négligé pendant les années de « guerre contre le terrorisme », axées sur la contre‑insurrection. Le retour d’adversaires de niveau pair comme la Russie et la Chine pousse désormais l’OTAN à renforcer ce secteur et à augmenter radicalement ses stocks de munitions.

Espace

Ce segment était initialement dédié principalement aux applications spatiales militaires, surtout la surveillance et les satellites d’alerte. Il s’est depuis élargi à de nombreuses applications civiles, comme les satellites GPS (initialement une technologie purement militaire), le vaisseau spatial Orion de la NASA, et les satellites d’observation climatique de la série GOES‑R.

Il représente actuellement environ 19 % du chiffre d’affaires total.

Lockheed peut revendiquer des chiffres impressionnants pour sa division spatiale:

  • 8 planètes visitées par les engins spatiaux de Lockheed Martin.
  • plus de 1 000 000 d’heures d’opérations de vaisseaux spatiaux planétaires.
  • plus de 300 charges utiles de missions construites pour des clients.

Alors que les coûts de lancement diminuent très rapidement grâce aux fusées réutilisables initiées par SpaceX, ce segment pourrait connaître une croissance rapide au cours de la prochaine décennie, incluant des bases permanentes sur la Lune, mais aussi le potentiel de l’énergie solaire spatiale, d’autres infrastructures spatiales, voire des atterrissages humains sur Mars.

Finances de Lockheed Martin

Lockheed a réalisé 67 milliards de dollars de ventes en 2023, et prévoit de maintenir ce niveau avec 17,1 milliards de dollars au troisième trimestre 2024. L’entreprise génère de façon assez constante 10‑12 % + de son chiffre d’affaires en bénéfice d’exploitation et flux de trésorerie disponible.

Elle a distribué un dividende avec un rendement d’environ 2,4 % en novembre 2024, auquel s’ajoute un montant légèrement supérieur en rachats d’actions.

Comme la plupart des revenus de l’entreprise sont liés à des achats et contrats de service très long terme avec l’armée américaine, cela a historiquement créé une activité stable et rentable.

Cela a fait de l’entreprise un favori parmi les investisseurs conservateurs, recherchant une croissance lente et un flux de trésorerie et des dividendes stables.

En définitive, investir dans Lockheed Martin revient à parier sur le maintien des dépenses militaires continues du gouvernement américain, ainsi que de ses alliés.

Cela pourrait toutefois poser problème, le niveau d’endettement du gouvernement américain ayant fortement augmenté ces dernières années, atteignant peut‑être des niveaux insoutenables. De plus, les prix et performances des systèmes d’armes développés par Lockheed et d’autres géants de la défense américaine sont de plus en plus critiqués.

Controverse autour du F-35

Le fleuron du secteur aéronautique de Lockheed, le jet de combat‑bombe F-35, souffre depuis le premier jour d’un développement très problématique.

Le programme a connu de graves lacunes techniques, des dépassements de coûts massifs, et a été décrit par certains comme une « débâcle ».

Et même si plus de 20 pays sont partenaires du programme américain (la Roumanie étant la dernière ajoutée en 2024), certaines critiques sont justifiées. Par exemple, aujourd’hui, près de 20 ans plus tard, à peine la moitié des F‑35 sont opérationnels à tout moment.

Cela n’a toutefois pas affecté les bénéfices de Lockheed, les ventes du F‑35 restant solides, ainsi que les contrats de maintenance lucratifs (et parfois surévalués).

Pentagon officials awarded Lockheed Martin up to $6.6 billion in 2021 to support the F-35 fleet for two years, through 2023. These contracts will grow even larger as more aircraft are delivered.

Project On Government Oversight

Intervention d’Elon Musk ?

Ce type de sous‑performance des grands groupes de défense est devenu un peu trop fréquent récemment. Un exemple encore pire est Boeing, qui a récemment échoué à produire des avions civils sûrs ou des capsules spatiales fonctionnelles.

Dans le cas de Boeing, cela a été amplifié par le succès comparatif de SpaceX d’Elon Musk.

Cela pourrait devenir un problème pour Lockheed Martin également, Musk étant nommé par Trump à la tête du département d’efficacité gouvernementale.

Le F‑35 pourrait devenir une cible prioritaire pour Musk si l’on croit à un récent tweet comparant les essaims de drones à « certains idiots qui continuent de construire des avions de combat habités comme le F‑35 ». Dans le même fil, Musk a déclaré qu’il fallait « jeter le design du F‑35 » et a approuvé « 100 % que les drones sont le nouveau niveau de la guerre ».

Source: Elon Musk

Cela doit soulever quelques sourcils venant d’un homme essentiellement chargé de « casser » les dépenses gouvernementales. Ainsi, les investisseurs pourraient devoir prendre en compte ces commentaires avant de supposer qu’une présidence républicaine sera favorable aux actions de défense.

Avenir des systèmes militaires

Il est relativement bien connu que trop de technologies et systèmes d’armes dans l’industrie de défense occidentale sont « gold‑plated ». Cela indique moins une incapacité à accomplir les missions qu’un prix excessif créé par des solutions très complexes.

Cela contraste fortement avec la philosophie des générations précédentes d’armes, qui devaient être suffisamment robustes et simples pour être produites en masse à moindre coût, même si leurs capacités étaient moindres.

Il est probable que le pendule bascule, au moins un temps, dans cette direction.

À court terme, cela pourrait poser problème aux entreprises comme Lockheed, qui ont beaucoup investi dans des systèmes très avancés.

Mais à long terme, les installations de fabrication, l’expérience du personnel et la capacité d’ingénierie de Lockheed seront probablement capables de s’adapter aux nouvelles normes d’acquisition et aux nouvelles exigences militaires.

Innovations de Lockheed Martin

Alors que le système (trop ?) complexe du F‑35 a sous‑performé, Lockheed reste à la pointe de l’innovation dans les technologies spatiales et militaires. Avec la compétition de puissance croissante entre l’Occident et les puissances eurasiatiques, cela devrait porter ses fruits pour les nombreux programmes en cours de développement.

Armes hypersoniques

Un élément clé pour maintenir la dissuasion, notamment nucléaire, est de conserver l’équilibre du pouvoir de la destruction mutuelle assurée (MAD).

Les armes hypersoniques peuvent voler à Mach 10 ou plus (12 000 km/h ou 7 600 miles/h), les rendant pratiquement impossibles à intercepter.

Il semble qu’actuellement les forces militaires russes et chinoises soient d’un pas devant les États‑Unis dans ce domaine. Cela a créé un sentiment d’urgence massif, Lockheed étant chargé de rattraper le retard grâce à un contrat de 756 M$ pour développer le Long Range Hypersonic Weapon (LRHW). L’entreprise travaille également sur le Hypersonic Air‑Launched Offensive Anti‑Surface Warfare (HALO), l’Air‑Launched Rapid Response Weapon (ARRW) et le Conventional Prompt Strike (CPS).

Il s’agit d’un programme qui devrait porter ses fruits au‑delà des armes elles‑mêmes, car il nécessite le développement de nouveaux matériaux résistants à la chaleur extrême ainsi que de systèmes avancés de guidage et de communication. Ces technologies et les propriétés intellectuelles associées deviendront probablement des actifs très précieux à l’avenir, y compris pour les applications spatiales et civiles.

Cybersécurité, commandement intégré & IA

Les données électroniques deviennent une partie très importante des opérations militaires, incluant non seulement les données cibles mais aussi nécessitant des communications en temps réel très robustes, une évaluation instantanée des menaces, des défenses automatiques, etc.

Ceci avant de prendre en compte les drones et les armes autonomes (voir ci‑dessous).

Par exemple, Lockheed possède sa propre « AI factory » pour produire des solutions numériques et d’IA pour l’armée, incluant les réseaux 5G unifiés. Elle propose également des solutions de cybersécurité et de cyberoffensive, un secteur de plus en plus considéré comme un nouveau « domaine » militaire, aux côtés du sol, de la mer, de l’air et de l’espace.

https&#58://www.youtube.com/watch?v=LClUmpDFiRA

Drones & armes autonomes

La guerre en Ukraine a démontré l’importance croissante rapide des drones et des systèmes sans pilote, surtout dans le domaine aérien.

Cela pourrait redéfinir complètement le rôle des aéronefs habités, les transformant davantage en plateformes de commandement centralisées pour les drones plutôt qu’en plateformes d’attaque isolées. C’est l’élément clé du concept de « crewed‑uncrewed teaming », optimisant la performance à la fois des systèmes humains et sans pilote.

Ce concept pourrait également être le salut du F‑35, puisqu’il a été conçu dès le départ comme une plateforme de commandement avec une très grande capacité de calcul.

Lockheed a récemment démontré ce concept et sa capacité à déployer un avion contrôlé par IA, avec des cibles assignées par un pilote à proximité.

Lockheed a également testé son premier vol autonome de Black Hawk en 2022, qui pourrait à l’avenir être remplacé par le concept d’hélicoptère RaiderX.

Armes énergétiques & guerre électronique

À mesure que les drones et les systèmes d’armes ultra‑bon marché deviennent omniprésents sur les champs de bataille modernes, les défenses aériennes conventionnelles sont insuffisantes. En effet, utiliser un missile coûteux pour abattre un drone beaucoup moins cher est une proposition perdante à long terme.

Cela est devenu un problème très sérieux pour toutes les forces militaires modernes, les adversaires plus modestes pouvant rapidement épuiser les défenses aériennes basées sur des missiles coûteux, comme observé pour les navires de guerre américains le long des côtes yéménites.

Le coût d’utilisation de missiles navals coûteux — pouvant atteindre 2,1 million de dollars par tir — pour détruire des drones houthis peu sophistiqués — estimés à quelques milliers de dollars chacun — suscite une préoccupation croissante.

Les experts soulignent également que les destroyers sont limités dans le nombre de missiles qu’ils peuvent tirer avant de devoir retourner à un quai d’armement américain pour se recharger, chaque navire contenant 90 tubes ou plus.

Politico – A $2M missile vs. a $2,000 drone: Pentagon worried over cost of Houthi attacks

Electronic warfare pourrait être une réponse. Elle utilise uniquement l’électricité pour couper la connexion d’un drone avec son pilote, ou même pour brûler directement les composants électroniques avec des micro‑ondes dirigées.

Les armes énergétiques, principalement les lasers, pourraient également être utilisées et montées sur des véhicules, des navires ou des avions.

https&#58//www.youtube.com/watch?v=jMx1-yaRLyQ&list=PLqa9423Jd9MqKBzWZigk6LSEdq2v8U6-1

Nouvelles armes

Lockheed Martin est également chargé de développer certaines des prochaines générations d’armes pour l’armée américaine, avec une forte présence sur quelques systèmes clés:

Conclusion

Lockheed Martin est la pierre angulaire de la puissance aérienne américaine et de l’OTAN. Et malgré les résultats mitigés du programme probablement trop ambitieux du F‑35, il reste au centre de toutes les capacités clés qui seront nécessaires dans les conflits futurs: défense contre les missiles et les drones, cyberguerre, commandement numérique intégré, aéronefs sans pilote, capacité spatiale, missiles hypersoniques et ICBM.

Ainsi, même si Elon Musk s’en prend à certaines sources de revenus de Lockheed, l’entreprise ne va nulle part et restera un fournisseur militaire de premier plan.

Du moment que les États‑Unis et l’OTAN peuvent maintenir leur budget militaire actuel, il s’agit probablement d’un investissement avec un risque limité et pouvant offrir des gains significatifs aux investisseurs en cas d’escalade des conflits en Europe, au Moyen‑Orient et en Asie de l’Est.

En plus des questions de budgets militaires, l’expertise de Lockheed dans la construction de satellites et de sondes spatiales pourrait rapporter énormément alors qu’une nouvelle course à l’espace s’intensifie. Elle pourrait devenir un fournisseur important d’habitats spatiaux, d’équipements pour l’exploitation minière de la Lune ou des astéroïdes, ainsi que pour la construction de l’infrastructure requise au tourisme spatial et au début de la colonisation réelle de l’espace.

Jonathan est un ancien chercheur en biochimie qui a travaillé dans l'analyse génétique et les essais cliniques. Il est maintenant un analyste boursier et écrivain financier avec un focus sur l'innovation, les cycles de marché et la géopolitique dans sa publication The Eurasian Century.