Biotechnologie
Un nouveau vaccin à ARNm pourrait lutter contre les infections à C. difficile résistantes aux antibiotiques

Bactéries qui ripostent
Les infections bactériennes sont beaucoup moins mortelles qu’auparavant, avant l’introduction des antibiotiques.
« Avant d’avoir des antibiotiques, des infections comme la scarlatine pouvaient même entraîner des problèmes cardiaques. La chirurgie menait souvent à des infections mortelles du sang comme la bactériémie ou la septicémie.
Parce que les antibiotiques sauvent silencieusement tant de vies chaque jour, nous avons commencé à les prendre pour acquises. Mais c’est loin d’être une hypothèse sûre. Les bactéries évoluent très rapidement, et le fait de ne pas mourir des suites d’un antibiotique constitue une forte pression évolutive. Ainsi, il est fréquent qu’un nouvel antibiotique perde son efficacité après 10‑15 ans.
La seule chose qui a permis aux antibiotiques de rester en avance sur la résistance bactérienne était l’effort des chercheurs à découvrir de nouvelles molécules décennie après décennie. C’est une guerre silencieuse entre chercheurs et agents pathogènes.
Récemment, les agents pathogènes ont commencé à gagner. La résistance aux antibiotiques est un problème croissant, notamment pour les maladies contractées à l’hôpital. Résistance aux antibiotiques tue plus de 1,27 million de personnes chaque année dans le monde. Très peu de nouvelles classes d’antibiotiques ont été découvertes depuis 2000.

Source: Aphage
En raison de cette résistance croissante aux antibiotiques, certaines infections comme *Clostridium difficile* sont devenues plus répandues, surtout dans les hôpitaux et chez les patients affaiblis, les enfants et les personnes âgées.
- Difficile est une infection particulièrement difficile car elle attaque le système digestif. Le traitement principal est un long cours d’antibiotiques.
- Cependant, comme les antibiotiques ciblent également les bactéries bénéfiques du microbiote intestinal, *C. difficile* profite souvent de leur absence, libérant des toxines dans le côlon qui lui permettent de prospérer.
Ainsi, l’annonce du développement d’un premier vaccin contre *C. difficile* est une nouvelle importante. Elle a été faite par des chercheurs du Penn Medicine et du Children’s Hospital of Philadelphia et publiée dans la prestigieuse revue scientifique *Science*, sous le titre « Un vaccin multivalent ARNm‑LNP protège contre l’infection à Clostridioides difficile ».
Infections à C. difficile
*C. difficile* est une bactérie qui cause une infection du côlon, pouvant entraîner des symptômes tels que diarrhée et fièvre et, dans les cas graves, jusqu’à une perforation intestinale, une insuffisance rénale ou la mort.
Les infections à *C. difficile* (CDI) affectent environ 500 000 patients chaque année aux États‑Unis et causent 30 000 décès.
Un autre effet des CDI est qu’ils ont tendance à se reproduire dans 35 % des cas. Parmi ces premières récurrences, 60 % se reproduiront davantage, pouvant devenir un problème chronique.
Comme les CDI touchent surtout les populations vulnérables – très jeunes, très âgées ou gravement malades – cela peut également réduire leur récupération d’autres problèmes de santé. Les spores de *C. difficile* sont aussi très résistantes, rendant leur élimination complète dans l’environnement difficile, notamment dans les hôpitaux et les centres de santé.
Vaccin à ARNm contre C. difficile
Étant donné que *C. difficile* cible principalement les patients vulnérables, prévenir l’infection dès le départ serait idéal.
Cependant, un problème rencontré par les chercheurs lors de la création d’un vaccin contre *C. difficile* est que la bactérie peut se cacher dans des biofilms ou des spores très résistantes, se présentant sous différentes formes au système immunitaire.
Pour relever ce défi, les chercheurs ont utilisé la plateforme vaccinale mRNA‑LNP (Lipid NanoParticle), la même plateforme qui nous a fourni les vaccins à ARNm contre la Covid‑19.
Contrairement aux vaccins traditionnels, les vaccins à ARNm peuvent entraîner le système immunitaire à cibler la bactérie de plusieurs manières différentes.
“Alors que la plupart des vaccins incitent le système immunitaire à créer des anticorps spécifiques, les vaccins à ARNm étaient un candidat parfait pour un vaccin contre *C. difficile* parce qu’ils peuvent être facilement formulés pour inciter le système immunitaire à faire plus d’une chose afin de protéger contre une bactérie, un virus ou un champignon,”
Drew Weissman, 2023 Lauréat du prix Nobel MD, PhD, et co‑auteur de l’étude.
Le vaccin à ARNm contre *C. difficile* a été conçu pour cibler une enzyme présente dans diverses souches de cette bactérie qui traite plusieurs facteurs de surface nécessaires à la colonisation intestinale et à la virulence.
Ainsi, il ne devrait pas seulement aider à cibler la bactérie en général, mais il devrait, au moins en théorie, affecter surtout les souches les plus virulentes.
Lors des tests sur des modèles animaux, le vaccin expérimental a généré une forte réponse immunitaire contre toutes les formes de *C. difficile*, y compris les cellules végétatives et les spores. La réponse immunitaire était médiée par des lymphocytes T à longue durée de vie, des immunoglobulines G anti‑toxine et des réponses d’anticorps muqueux.

Source: Science
Cela a permis une survie de 100 % des souris, ainsi qu’un impact mesurable nul sur le reste du microbiome intestinal, de plus en plus reconnu comme facteur clé du maintien de la santé globale.
Effet sur la résistance aux antibiotiques
La résistance croissante aux antibiotiques menace de provoquer un lourd bilan de mortalité dans les années à venir. D’ici 2050, les décès dus à la résistance aux antibiotiques pourraient s’élever à 10 millions par an, soit presque 10 fois plus que le lourd bilan actuel.
« La résistance aux antimicrobiens (RAM) a directement causé 1,27 million de décès en 2019, avec 1 sur 5 des victimes étant un enfant de moins de 5 ans. Et 4,95 millions de personnes décédées en 2019 souffraient d’infections résistantes aux médicaments, telles que les infections respiratoires basses, sanguines et intra‑abdominales. »
Certaines solutions pourraient être déployées bientôt, comme les polymères antibactériens, ou les « antibiotiques vivants » (bactériophages).
Mais une situation idéale serait d’éviter de créer et de propager la résistance aux antibiotiques dès le départ. Ainsi, les nouvelles classes de molécules ou les nouvelles méthodes thérapeutiques pourraient durer plus longtemps avant que les bactéries ne développent un moyen de les contourner.
Plus il y aura de vaccins, notamment contre les bactéries nécessitant une forte utilisation d’antibiotiques comme *C. difficile*, moins la résistance se développera.
Ainsi, ce vaccin ne pourrait pas seulement réduire le problème croissant de la résistance aux antibiotiques de *C. difficile* et les décès associés, mais aussi diminuer l’émergence et la prévalence de la résistance aux antibiotiques pour d’autres maladies.
Extension des applications de l’ARNm
Comme nous l’avons récemment évoqué dans « Combattre le cancer avec la biotechnologie – Pourquoi les vaccins à ARNm représentent une telle avancée », la technologie ARNm s’étend rapidement à de nouvelles applications.
Une de ces applications est le traitement du cancer, où le système immunitaire est entraîné par les injections d’ARNm à identifier et à éliminer les cellules cancéreuses de la même manière qu’avec les vaccins pandémiques contre la Covid‑19.
D’autres candidats de thérapie ARNm visent à traiter d’autres maladies persistantes résistantes aux traitements, comme la maladie de Lyme, le paludisme ou le virus de l’herpès simplex.
En fin de compte, l’ARNm pourrait même être utilisé pour traiter les allergies et les maladies auto‑immunes, réparer des organes endommagés ou servir à des thérapies géniques plus sûres.
Investir dans les vaccins à ARNm
L’ARNm est devenu, en grande partie grâce à la pandémie, le chouchou des investisseurs en 2020‑2022. Le ralentissement nécessaire des ventes de vaccins à ARNm après la pandémie a entraîné une baisse des cours de nombreuses actions liées à l’ARNm.
Cela ne change pas le fait que la technologie est remarquablement puissante pour prévenir les maladies, des maladies infectieuses au cancer et peut‑être aux maladies rares, aux syndromes auto‑immuns, etc. Et l’expertise en vaccins à ARNm donne un réel avantage à certaines entreprises pour amener cette technologie vers de nouveaux champs de la médecine.
Vous pouvez investir dans des entreprises d’ARNm via de nombreux courtiers, et vous trouverez ici, sur securities.io, nos recommandations pour les meilleurs courtiers aux États‑Unis, Canada, Australie, Royaume‑Uni, et de nombreux autres pays.
Si vous n’êtes pas uniquement intéressé par les entreprises d’ARNm, vous pouvez également vous tourner vers des ETF biotech comme le WisdomTree BioRevolution UCITS ETF (WBIO) (WT ), le VanEck Biotech ETF (BBH), ou le First Trust NYSE Arca Biotechnology Index Fund (FBT), qui offriront une exposition plus diversifiée pour capitaliser sur la croissance de l’économie biotech.
Entreprises proposant des solutions à ARNm
BNTX Graphique du prix
L’une des entreprises leaders dans les thérapies ARNm contre le cancer est BioNTech (BNTX ), qui s’appuie sur son succès dans le développement du vaccin ARNm contre la Covid‑19 commercialisé par Pfizer.
Cancer
BioNTech actuellement possède 11 candidats différents dans les traitements contre le cancer, couvrant les cancers des ovaires, de la prostate, des intestins, de la peau, de la tête, du cou et de multiples tumeurs solides.
La plupart des essais cliniques en oncologie sont en phase 1/2, avec trois candidats déjà en phase III.

Source: BioNTech
Au total, l’entreprise compte 21 programmes cliniques en oncologie. Cela inclut non seulement l’ARNm, mais aussi les petites molécules, les agents d’immuno‑oncologie (IO) et les conjugués anticorps‑médicaments (ADC).
Le premier produit oncologique devrait potentiellement être lancé en 2026.

Source: BioNTech
Maladies infectieuses
BioNTech reste également leader des vaccins Covid‑19, avec plus de 50 % de part de marché, et prépare des vaccins respiratoires combinés (Covid + Grippe) pour la fin 2025 ou 2026 si approuvés.
Concernant les maladies infectieuses, BioNTech développe des vaccins contre le zona, l’herpès, la tuberculose, le paludisme et le mpox. Parmi celles‑ci, les maladies touchant le plus de personnes sont les virus de l’herpès (3,7 milliards de personnes infectées), le paludisme (249 millions) et la tuberculose (10,6 millions).

Source: BioNTech
IA
BioNTech est également très active dans le domaine IA‑Biotech, avec la création en 2020 et l’acquisition complète en 2023 de la société InstaDeep AI.

Source: BioNTech
InstaDeep est la « première plateforme d’immunothérapie IA », utilisant la technologie LLM sur les séquences d’ADN et de protéines, la vision IA pour l’analyse histologique (tissus au microscope) et un agent IA pour l’automatisation du laboratoire et le contrôle qualité.
L’objectif est de déployer l’IA sur l’ensemble de la chaîne R&D.
Il utilise un cluster de supercalculateur avec 224 GPU Nvidia (NVDA ) H100 et 86 000 cœurs CPU, offrant 0,5 ExaFLOPS, le plaçant parmi les 100 meilleurs au monde. Les modèles IA génomiques d’InstaDeep figurent parmi les plus téléchargés, illustrant leur statut « state‑of‑the‑art » dans ce domaine.
Finances
Les fonds issus de la pandémie ont placé l’entreprise dans une position très solide, avec 16,9 Mds € de liquidités totales disponibles à la mi‑2024. En 2023, les vaccins Covid‑19 ont encore généré 3,8 Mds € de revenus, pour un bénéfice brut de 3,2 Mds €.
Cela devrait ralentir en 2024, mais dans l’ensemble, l’entreprise possède des finances très solides pour ce qui reste essentiellement une start‑up biotech en phase précoce avec un seul produit commercialisé.











