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Les guerres commerciales de Trump : ce qui s’est passé, les représailles et ce à quoi s’attendre

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Guerres commerciales

Avec la nouvelle présidence américaine, un type différent de politique internationale sera mis en œuvre, rappelant certains aspects des quatre premières années de Trump à la présidence. À l’époque, comme aujourd’hui, nous avons assisté à des guerres commerciales, principalement avec la Chine, et à un accent mis sur les tarifs et les sanctions pour contraindre à la fois les alliés et les adversaires.

Cependant, cette fois-ci semble différente pour plusieurs raisons. Entre les menaces d’annexion du Canada et du Groenland, la guerre en cours en Ukraine qui crée une forte division entre les États‑Unis et l’UE, et une Chine beaucoup plus affirmée, la pression semble monter beaucoup plus haut et plus rapidement qu’en 2017.

Les investisseurs devraient donc prêter encore plus d’attention cette fois‑ci, et suivre les tarifs existants et futurs, ainsi que leurs effets sur le commerce international, le marché financier, voire la stabilité des principales monnaies.

Dans l’ensemble, les États‑Unis enregistrent des déficits commerciaux constants et croissants depuis 1974. Cela a largement contribué à la désindustrialisation américaine, un facteur majeur du mécontentement dans les « flyover states » qui constituent la base électorale de Trump.

Au cours des 30 dernières années, le déficit commercial s’est de plus en plus détaché des importations de carburant pour concerner davantage les biens manufacturés, tandis que les États‑Unis affichent un excédent dans le commerce des services.

Il semble que la méthode privilégiée de Trump pour s’attaquer au problème du déficit commercial sera les tarifs, autrement dit les taxes à l’importation. Vous pouvez en savoir plus sur le sujet dans « What is a Tariff, and How Do They Work? ».

Ce que Trump a fait jusqu’à présent

Premiers tarifs surprenants

Lorsque tout le monde s’attendait à des tarifs sur les produits chinois dès le départ, les marchés ont été surpris par le traitement sévère réservé au Mexique et au Canada. Le 1er février 2025, la Maison-Blanche a imposé des tarifs de 25 % sur tous les biens importés du Mexique et du Canada, et seulement 10 % sur la Chine. Une exception a été faite pour l’énergie du Canada (principalement le pétrole) à 10 %.

La raison invoquée pour les tarifs plus élevés sur les voisins des États‑Unis était le trafic de fentanyl et d’autres drogues, ainsi que l’immigration illégale.

Selon Trump lui‑même, le déséquilibre commercial avec ces pays « profite de l’Amérique et doit cesser ».

En 2024, le déficit commercial des États‑Unis avec le Canada était de 63,3 milliards de dollars et avec le Mexique de 171,8 milliards de dollars. Cela porte le total du commerce nord‑américain à 225,1 milliards de dollars, une part importante du déficit commercial global des États‑Unis de 918,4 milliards de dollars en 2024.

Cela confirme également la conviction générale de Trump selon laquelle les tarifs sont un outil puissant, et cela a été une stratégie réussie lors de son premier mandat. On peut donc s’attendre à davantage du même.

« En réponse au vol de propriété intellectuelle de la Chine, au transfert technologique forcé et à d’autres comportements déraisonnables, le président Trump a agi avec conviction pour imposer des tarifs sur les importations en provenance de la Chine, utilisant cet levier pour parvenir à un accord économique bilatéral historique ».

The Tax Foundation a estimé que ces tarifs, s’ils étaient maintenus, augmenteraient les recettes fiscales fédérales de 880 milliards de dollars de 2025 à 2034 pour les tarifs nord‑américains, et de 241 milliards de dollars pour les tarifs chinois.

Acier et aluminium

Les importations d’acier et d’aluminium passent également de 10 % à 25 %. Les États‑Unis importent la majeure partie de leur acier du Canada, du Brésil, du Mexique et de la Corée du Sud.

Source: Mining.com

Une autre modification est que les tarifs viseront plus largement les produits métalliques, afin de supprimer les méthodes utilisées pour contourner les tarifs existants, comme l’importation de métaux chinois et russes peu transformés ou d’acier structurel fabriqué, d’extrusions d’aluminium et de brins d’acier pour le béton précontraint.

« Les tarifs sur l’acier et l’aluminium 2.0 mettront fin au dumping étranger, stimuleront la production nationale et sécuriseront nos industries de l’acier et de l’aluminium comme piliers et colonnes de la sécurité économique et nationale de l’Amérique. 

Peter Navarro – Trump’s trade adviser

En ce qui concerne l’aluminium, le principal perdant est le Canada, de loin le plus grand exportateur d’aluminium vers les États‑Unis, suivi des Émirats arabes unis.

Commerce équitable

Dans l’ensemble, l’administration Trump considère clairement tout déficit commercial des États‑Unis comme « profiter de l’Amérique » et combattra de façon agressive les « barrières commerciales déloyales ». C’est le cœur du « Plan équitable et réciproque » dévoilé le 13e février.

« Les jours où l’Amérique était exploitée sont révolus : ce plan placera le travailleur américain en premier, améliorera notre compétitivité dans tous les secteurs industriels, réduira notre déficit commercial et renforcera notre sécurité économique et nationale. 

Dans la même annonce, quelques exemples ont été donnés et seront très probablement les premières cibles visées :

  • Tarif brésilien sur l’éthanol américain à 18 %, contre 2,5 % aux États‑Unis.
  • Tarif indien de 39 % sur les produits agricoles américains, contre 5 % aux États‑Unis.
  • Tarif indien de 100 % sur les produits de motocyclettes américains, contre 2,4 % aux États‑Unis.
  • Interdiction de l’UE sur la plupart des coquillages américains, « malgré l’engagement de 2020 d’accélérer les autorisations d’exportation de coquillages ».
  • Tarif de l’UE de 10 % sur les voitures américaines, contre 2,5 % aux États‑Unis.

Ce n’est pas du tout la liste complète, qui pourrait atteindre six chiffres.

« Un rapport de 2019 a constaté que, sur 132 pays et plus de 600 000 lignes de produits, les exportateurs américains font face à des tarifs plus élevés plus de deux tiers du temps. 

Cette volonté d’aligner les tarifs sur ceux des autres pays pourrait finalement nuire aux pays les plus en développement comme l’Inde et le Brésil, ainsi qu’à l’UE, au Canada et au Mexique.

Source: India Today

Pour rappel, pendant sa campagne électorale, Trump avait envisagé un tarif de 60 % sur les produits en provenance de la Chine et un tarif pouvant atteindre 20 % sur le reste des importations américaines.

UE et la question de la TVA

Le débat autour de la « justice » soulève une question intéressante : qu’est‑ce qui constitue ou non une barrière commerciale ? Les tarifs sont assez simples, mais quelles autres formes de taxes ?

C’est particulièrement important concernant la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée), une forme de taxe à la consommation utilisée par la plupart des pays européens, souvent supérieure à 20 %, représentant 18,6 % des recettes fiscales totales de l’UE.

« Aux fins de cette politique américaine, nous considérerons les pays qui utilisent le système de TVA, qui est bien plus punitif qu’un tarif, comme similaires à un tarif. 

President Trump

L’argument est que la taxe à l’importation réduit l’attractivité des importations dans ces pays. Un autre argument est que, par exemple, une Volkswagen exportée d’Allemagne vers les États‑Unis ne voit pas son prix augmenté par la TVA aux États‑Unis, tandis qu’une Ford fabriquée aux États‑Unis importée en Allemagne le voit.

Cependant, cet argument est discutable, car la Volkswagen fabriquée et vendue en Allemagne est soumise à la même TVA que la Ford américaine importée.

Cela représente toujours un problème majeur pour tous les pays disposant d’un système de TVA. D’une part, ils sont peu susceptibles de démanteler la source d’un cinquième de leurs recettes fiscales et un système longtemps établi dans l’économie.

D’autre part, la perception de Trump selon laquelle la TVA serait équivalente aux tarifs pourrait déclencher d’importantes représailles, risquant d’effondrer le volume commercial transatlantique.

Représailles

Chine

Bien qu’ils puissent aider à rééquilibrer le déficit commercial, les tarifs sont également susceptibles de provoquer des représailles.

Déjà, la Chine a annoncé que les tarifs accrus toucheront les exportations américaines :

  • 15 % sur les exportations américaines de charbon et de gaz naturel liquéfié.
  • 10 % sur le pétrole, les machines agricoles et les gros véhicules à moteur.

Probablement plus conséquent, la Chine a également annoncé des représailles non tarifaires. Cela comprend des contrôles à l’exportation sur des produits liés à cinq minéraux critiques : le tungstène, le tellure, le bismuth, le molybdène et l’indium.

Ces représailles non tarifaires peuvent avoir des conséquences de grande portée, notamment pour des minéraux comme le tungstène, essentiel à la fabrication de semi‑conducteurs, à l’armure de chars, aux munitions, aux moteurs de fusées et de missiles, etc. (suivez le lien pour un rapport d’investissement dédié au tungstène, avec une action qui a doublé suite aux contre‑sanctions chinoises).

« Les clients sont dans l’incrédulité après la décision de Pékin mardi.

Notre économie, notre industrie, notre défense, tout dépend tellement de cela. Et pourtant, la Russie, la Chine et la Corée du Nord représentent environ 90 % de la production.

Lewis Black – PDG d’Almonty Industries (ALM ), un mineur de tungstène hors de Chine

Dans l’ensemble, ces sanctions sur les terres rares et les métaux critiques devraient toucher le plus fortement la capacité de production des industries de défense, aérospatiale, des semi‑conducteurs et des énergies renouvelables des États‑Unis.

Canada

Le Canada a déjà juré de répliquer aux tarifs.

Les nouveaux tarifs étaient « totalement injustifiés. Le Canada donnera une réponse « ferme et claire » aux dernières barrières commerciales prévues par le président américain Donald Trump ».
Justin Trudeau – Premier du Canada.

Le 1er février, le gouvernement du Canada a annoncé qu’il avançait avec des tarifs de 25 % sur des biens d’une valeur de 155 milliards de dollars.

La première phase comprendra des tarifs sur 30 milliards de dollars de biens importés des États‑Unis, dont le jus d’orange, le beurre de cacahuète, le vin, les spiritueux, la bière, le café, les appareils électroménagers, les vêtements, les chaussures, les motos, les cosmétiques, ainsi que la pâte et le papier.

D’autres tarifs pourraient s’appliquer aux véhicules de tourisme et aux camions, y compris les véhicules électriques, aux produits en acier et aluminium, à certains fruits et légumes, aux produits aérospatiaux, à la viande de bœuf, au porc, aux produits laitiers, aux camions et bus, aux véhicules récréatifs et aux bateaux de plaisance.

Mexique

La même réponse se produit avec le Mexique.

« J’ai demandé à mon ministre de l’économie de mettre en œuvre le plan B sur lequel nous travaillons, qui comprend des mesures tarifaires et non tarifaires pour défendre les intérêts du Mexique. »
Claudia Sheinbaum – Présidente du Mexique.

Le président mexicain était également indigné par l’accusation selon laquelle le gouvernement du Mexique aurait une « alliance intolérable avec des groupes de trafic de drogue ».

Il n’est pas encore clair quel niveau de tarifs de représailles sera appliqué et sur quels produits. Les principales exportations américaines vers le Mexique sont le maïs, le pétrole raffiné et le matériel médical.

L’État américain qui exporte le plus vers le Mexique était de loin le Texas (234 milliards de dollars), suivi de la Californie (36 milliards de dollars), bien que le plus exposé en pourcentage des exportations totales soit le Nouveau-Mexique (environ 70 % de toutes les exportations).

UE

The European Commission vowed to react “immediately to Trump’s tariffs.

« Les tarifs injustifiés contre l’Union européenne ne resteront pas sans réponse. Nous prendrons des contre‑mesures proportionnelles et claires. 

Ursula von der Leyen – Présidente de la Commission européenne

Ce qui pourrait être encore plus préoccupant pour le commerce États‑Unis‑UE, c’est que l’UE a renforcé son arsenal législatif et diplomatique concernant les guerres commerciales depuis le premier mandat de Trump, notamment son « Règlement d’application » et l’« Instrument anti‑coercition ».

En 2018, le tarif de contre‑mesure s’est principalement concentré sur des produits symboliques comme les motos Harley‑Davidson et le whisky bourbon.

Cette fois‑ci, les géants du numérique pourraient être la cible, y compris X.com d’Elon Musk, d’autant que l’UE achète de nombreux services numériques aux États‑Unis et cherche à mieux contrôler l’influence des entreprises technologiques étrangères et des réseaux sociaux.

« Ceux qui disent que l’UE est mal préparée ont tort : au cours du mandat précédent, nous nous sommes préparés exactement à un scénario qui se déroule actuellement. Parce que nous avons élargi notre boîte à outils, nous pouvons désormais mieux défendre nos intérêts. 

Bernd Lange – Président du comité du commerce du Parlement européen

Cependant, l’activation réelle de ces outils reste à voir, car une majorité qualifiée de 15 des 27 États membres de l’UE serait nécessaire.

Asie

Jusqu’à présent, le gouvernement japonais a demandé à Washington d’exclure le Japon des cibles des tarifs sur l’acier, l’aluminium et les tarifs réciproques. Il s’est toutefois abstenu de menacer de représailles.

La Corée du Sud devrait être moins affectée, car 98 % de son commerce avec les États‑Unis est exempt de tarifs grâce à l’accord de libre‑échange États‑Unis‑Corée. Cependant, la guerre commerciale croissante pourrait avoir des conséquences indirectes :

« Si les États‑Unis imposent des tarifs au Canada et au Mexique, toutes les entreprises coréennes qui ont investi dans ces régions seront durement touchées, » (selon le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie).

Au-delà des tarifs, Taïwan observe avec nervosité la déclaration de Trump selon laquelle « Taïwan aurait détourné le secteur des puces semi‑conductrices des États‑Unis et qu’il veut le récupérer ». La réponse a été très conciliante, Taïwan promettant d’investir davantage dans l’industrie américaine des puces.

L’Inde a déjà été décrite par Trump comme « un roi du tarif et un grand abusateur des liens commerciaux ». Aucune représaille n’a encore eu lieu, mais les principales exportations américaines vers l’Inde comprennent le pétrole brut et les produits pétroliers (14 milliards de dollars), le GNL, le charbon, les dispositifs médicaux, les instruments scientifiques, les métaux de récupération, les turboréacteurs, les ordinateurs et les amandes.

Le contexte plus large

États‑Unis vs. Chine

Les guerres commerciales de Trump ne peuvent pas être comprises isolément, et doivent être analysées dans le contexte international global.

Avec l’émergence de la Chine comme superpuissance alternative, de nombreux pays voient leurs intérêts économiques se réaligner loin des États‑Unis.

Depuis la fin de la guerre froide, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de la plupart du globe, à l’exception du Mexique, du Canada et de l’Europe occidentale. Une réduction du commerce avec les États‑Unis suite aux tarifs pourrait amener ces pays à commercer davantage avec la Chine prochainement.

Source: HowMuch

Un nouvel ordre mondial

Une autre façon d’interpréter la situation actuelle est de la comparer aux années 1930, lorsque la crise économique de 1929 a déclenché une vague de mercantilisme à travers le monde, largement alimentée par des tarifs de représailles.

Parallèlement, la tendance à la désindustrialisation aux États‑Unis et en Occident a été largement alimentée par des décennies de mondialisation. Elle a également créé un effet déstabilisateur sur la société, appauvrissant de vastes régions et des classes sociales entières, et alimentant l’inégalité et le populisme.

« La menace qui m’inquiète le plus vis‑à‑vis de l’Europe n’est pas la Russie, ni la Chine, ni aucun autre acteur extérieur. Ce qui m’inquiète, c’est la menace intérieure, le retrait de l’Europe de certaines de ses valeurs les plus fondamentales. 

Lorsque nous voyons les tribunaux européens annuler des élections et des hauts fonctionnaires menacer d’en annuler d’autres, nous devons nous demander si nous nous imposons un niveau d’exigence suffisamment élevé.

Vice President JD Vance

Lorsque l’on met cela en parallèle à la possible conquête partielle de l’Ukraine, aux critiques sévères de l’UE par le vice‑président Vance, aux discussions sur l’annexion du Groenland par les États‑Unis, allié de l’OTAN, ou même à l’invasion du Canada, cela place les tarifs et les guerres commerciales comme une partie d’une plus grande déstabilisation du système international mondial.

« Le Canada devrait devenir notre 51ᵉ État chéri. Des impôts beaucoup plus bas, et une protection militaire bien meilleure pour le peuple du Canada — ET AUCUN TARIF ! 

President Trump

Gagnants et perdants

Alors que les États‑Unis s’engagent dans des guerres commerciales avec l’ensemble du monde, cela aura des conséquences de grande portée, certaines évidentes, d’autres ne se révélant que plus tard. C’est donc l’occasion pour les investisseurs de revoir leur portefeuille à temps et de s’adapter aux conséquences à venir des tarifs et des guerres commerciales. (HOG )

Amérique du Nord

Aux États‑Unis, les industries les plus susceptibles de bénéficier sont la fabrication locale, en particulier les opérations verticalement intégrées (sans importation de pièces ou de matériaux), leurs concurrents importés étant désormais beaucoup plus chers.

À l’inverse, les exportateurs américains, y compris les producteurs d’éthanol et de maïs ou l’énergie américaine comme le GNL, pourraient souffrir de tarifs de représailles.

Au Canada, l’impact le plus important sera probablement ressenti par l’industrie de l’acier et de l’aluminium, ainsi que par tous leurs fournisseurs. L’impact se fera également sentir dans l’ensemble de l’économie, les États‑Unis représentant la destination de 77 % des biens canadiens échangés.

Pour le Mexique, les conséquences pourraient également être importantes, avec un éventuel retour d’usines aux États‑Unis, y compris des usines automobiles, ainsi que des dommages au secteur agricole mexicain.

Chine et minéraux stratégiques

Pour l’instant, le tarif de 10 % ne devrait avoir qu’un impact modéré sur le commerce États‑Unis‑Chine.

La conséquence immédiate la plus probable sera sur les industries les plus affectées par les limites d’exportation des matériaux critiques, y compris l’industrie des puces que Trump souhaite rapatrier aux États‑Unis, la Chine contrôlant souvent 80 à 95 % de la chaîne d’approvisionnement.

À l’inverse, les producteurs non chinois de ces minéraux pourraient soudainement pouvoir imposer une prime sur leurs produits, grâce à l’approvisionnement plus fiable qu’ils peuvent offrir pour les matériaux stratégiques.

Asie

Dans une perspective plus large en Asie, l’économie de pays à tarifs élevés comme l’Inde sera probablement fortement impactée, car ils devront soit voir leurs exportations diminuer, soit ouvrir leur marché local à de nouveaux concurrents.

Les nations de l’ASEAN, notamment le Vietnam, la Malaisie et l’Indonésie, qui ont prospéré grâce à la réexportation de produits chinois et au déplacement d’usines de la Chine vers l’Asie du Sud‑Est, pourraient également être affectées.

Cela s’ajoute aux tarifs pouvant atteindre 271 % sur les panneaux solaires de la région, mis en place par l’administration Biden.

L’impact sur les économies du Japon et de la Corée du Sud pourrait être un peu plus limité, principalement concentré sur l’industrie de l’acier.

De même, le principal objectif de Taïwan sera de naviguer dans les politiques liées à la fabrication de puces, plus que les tarifs.

UE

L’UE se trouve dans une position compliquée concernant ses relations avec les États‑Unis. Elle dépend depuis longtemps de l’Amérique comme fournisseur de sécurité pour le continent, y compris dans son soutien à l’Ukraine contre la Russie.

Alors que la nouvelle administration coupe ouvertement les Européens de ses négociations avec Poutine, les tensions commerciales ne sont qu’un autre élément affaiblissant la relation entre les deux principales parties de l’alliance occidentale.

Parallèlement, il reste à voir comment l’UE gérera le fait que certains de ses membres sont beaucoup plus amicaux avec les États‑Unis que d’autres (potentiellement paralysant les représailles), ainsi que l’opposition profonde de son élite à la politique de Trump, tant intérieure qu’extérieure.

Reste du monde

Certaines entreprises spécifiques en Amérique du Sud seront probablement affectées par les tarifs, notamment les entreprises sidérurgiques du Brésil. L’exportation de produits agricoles du Brésil et de l’Argentine pourrait également être impactée.

Or

Dans ce contexte de tensions accrues, il est important de se rappeler l’une des causes profondes du déficit commercial des États‑Unis. En tant que fournisseur du dollar, monnaie de réserve mondiale, les États‑Unis sont piégés dans le soi‑disant dilemme de Triffin :

Robert Triffin estimait que le dollar ne pouvait pas survivre en tant que monnaie de réserve mondiale sans obliger les États‑Unis à enregistrer des déficits toujours plus importants. Une monnaie de réserve populaire fait monter son taux de change, ce qui nuit aux exportations du pays émetteur, entraînant un déficit commercial.

L’influence croissante de la Chine, la saisie des réserves de change de la Russie en 2022 et la dette nationale américaine en augmentation érodent lentement la position du dollar américain.

En conséquence, l’or et le bitcoin ont bondi, car ils sont tous deux candidats à devenir une monnaie de réserve alternative sans risque de contrepartie ni contrôle par une nation spécifique.

Source: Gold Price

Bitcoin Price – Source: Google

Conclusion

Jusqu’à présent, la volonté de l’administration Trump d’imposer des tarifs a été principalement confrontée à une volonté presque égale de répliquer et de se défendre, y compris de la part des alliés proches des États‑Unis.

Cela devrait redistribuer les cartes du commerce international, avec deux issues probables : soit une accélération de la démondialisation, soit un tournant du reste du monde vers d’autres partenaires commerciaux, notamment la Chine.

À long terme, les tarifs et la guerre commerciale pourraient toutefois contribuer de manière significative à la réindustrialisation des États‑Unis, notamment dans des secteurs tels que la métallurgie, l’automobile, le transport maritime, les semi‑conducteurs, etc.

Seul le temps dira si cela en valait le coût, d’autant plus que cela pourrait affaiblir le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale à un moment crucial de l’histoire.

Jonathan est un ancien chercheur en biochimie qui a travaillé dans l'analyse génétique et les essais cliniques. Il est maintenant analyste boursier et rédacteur financier, spécialisé dans l'innovation, les cycles de marché et la géopolitique dans sa publication 'The Eurasian Century'.