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Les tarifs Canada et Mexique constituent une menace sérieuse : ces industries pourraient être affectées

Tarifs et guerres commerciales
L’administration Trump imposera certainement des tarifs aux partenaires commerciaux des États‑Unis, car cela a été au cœur de sa politique lors de son premier mandat et une promesse de campagne souvent répétée.
Les plus pertinents seront les tarifs sur la Chine, mais aussi sur les deux plus grands partenaires commerciaux des États‑Unis, le Mexique et le Canada.

Source: EV Magazine
L’objectif de ces tarifs est de stimuler la fabrication « Made in America » et d’être également utilisé comme levier dans d’autres négociations diplomatiques. En conséquence, les tarifs sur le Mexique et le Canada sont assez différents de ceux appliqués à la Chine et à l’Europe.
Les tarifs ciblant les pays étrangers seront probablement principalement des outils géopolitiques, les liant à des négociations complexes impliquant la position des pays européens et de la Chine vis‑à‑vis de l’OTAN, de la Russie, d’Israël, de l’Iran, etc.
Les tarifs avec le Mexique et le Canada seront beaucoup plus liés à des préoccupations intérieures, du contrôle des frontières (migrants, trafic de drogue) aux politiques énergétiques. Actuellement, le consensus est que le scénario le plus probable est un tarif global de 25 %, ce qui entraînera nécessairement une réponse de rétorsion étendue.
“Le 20 janvier, comme l’un de mes nombreux premiers ordonnances exécutives, je signerai tous les documents nécessaires pour imposer au Mexique et au Canada un tarif de 25 % sur TOUS les produits entrant aux États‑Unis, ainsi que leurs frontières ouvertes ridicules.
Des milliers de personnes traversent le Mexique et le Canada, apportant crime et drogues à des niveaux jamais vus auparavant.”
Bien que cela puisse être bénéfique pour certains producteurs nationaux, d’autres entreprises risquent d’en pâtir, et les investisseurs doivent être conscients du risque avant le début de la nouvelle présidence Trump.
Les investisseurs les plus audacieux pourraient même être tentés de mettre en place des stratégies plus complexes impliquant la vente à découvert d’actions touchées par les tarifs, bien que cela soit préférable uniquement pour des professionnels expérimentés.
Comment fonctionnent les tarifs ?
Le fonctionnement d’un tarif consiste à ajouter une taxe supplémentaire, et donc des coûts, à tout produit fabriqué dans le pays ciblé. Les tarifs peuvent être conçus pour ne viser que certaines catégories de produits, comme par exemple les automobiles ou le vin, ou l’ensemble de l’économie et tout ce qui est fabriqué ou produit dans un pays donné.
Cela entraîne généralement plusieurs impacts :
- Modifier le calcul de l’endroit où il est préférable de produire, en fonction de la localisation des consommateurs finaux, objectif habituel des tarifs tels que celui envisagé par Donald Trump.
- Rétorsion par des tarifs similaires dans l’autre sens, souvent effectuée pour réduire les dommages économiques ainsi que le positionnement politique et le levier diplomatique lors de négociations ultérieures (« vous retirez vos tarifs, nous retirons les nôtres »).
- Une réduction du commerce total, les tarifs bilatéraux entravant désormais le commerce transfrontalier.
- Des mécanismes de contournement, comme par exemple la façon dont de nombreux exportateurs chinois ont été « rebrandés » en exportations vietnamiennes ou mexicaines pendant la première administration Trump.
- Cela peut également accélérer l’inflation, les options auparavant moins chères pour les produits finaux ou les composants de la chaîne d’approvisionnement devant maintenant être remplacées par des alternatives plus coûteuses.
Dans l’ensemble, les tarifs étaient très importants à l’époque mercantiliste du XIXᵉ siècle, mais ils ont été progressivement éliminés après la Seconde Guerre mondiale pour atteindre récemment un point bas. Cette tendance pourrait s’inverser.

Source: Pew Research
Entreprises et secteurs mexicains affectés
Constructeurs automobiles
Au cours des dernières décennies, le Mexique est devenu la destination principale de la fabrication automobile, avec un accent particulier sur les exportations vers les États‑Unis. Le Mexique était le deuxième plus grand exportateur de véhicules de tourisme vers les États‑Unis et le premier de camions lourds.
Il exportait également de nombreuses pièces pour les usines américaines (classé n° 1 des exportations vers les États‑Unis) et est globalement le quatrième plus grand fabricant mondial de pièces automobiles.
Cela était dû à un environnement réglementaire plus souple, à des syndicats plus faibles ainsi qu’à des salaires moins élevés. Et bien sûr, cela reposait sur l’importation des voitures sans tarif aux États‑Unis, s’appuyant sur le traité ALENA (Accord de libre-échange nord‑américain), désormais l’AEUMC.
Les principales entreprises automobiles les plus susceptibles d’être affectées par ces tarifs sont Ford (F ), General Motors (GM ) et Stellantis (STLA ) (qui possèdent entre autres les marques Chrysler, Jeep, Dodge et RAM). En moyenne, elles subiraient un coût supplémentaire de 3 000 $ par voiture.

Source: Yahoo Finance
En particulier, GM réalise 34,9 % de ses ventes aux États‑Unis à partir de productions mexicaines. Le constructeur japonais Honda (HMC ), qui envoie 80 % de sa production mexicaine vers le marché américain, serait également affecté.
John Deere
Lors de sa campagne, Donald Trump a menacé John Deere d’un tarif de 200 % s’il remportait l’élection, et l’entreprise a choisi d’exporter sa production au Mexique. Elle a d’ailleurs effectivement supprimé des emplois dans l’Iowa tout en construisant une nouvelle usine au Mexique.
Cependant, la direction de l’entreprise nie déplacer la production au Mexique et affirme son « engagement envers la fabrication américaine », ce qui pourrait ne pas suffire à convaincre pleinement Trump et son équipe. Et, encore plus qu’avec l’automobile, la production offshore de la société de tracteurs constitue une cible majeure pour les Américains ruraux qui forment la base démographique des électeurs de Trump.
Carrier
En 2016, le fabricant de CVC Carrier est devenu le centre d’une controverse concernant le déplacement de ses usines au Mexique. Cela a conduit à un accord avec Trump à l’époque pour conserver au moins une partie des emplois d’usine aux États‑Unis.
À long terme, cela semble avoir surtout retardé, mais pas arrêté, le déménagement, largement motivé par le différentiel de salaire massif entre les travailleurs.
En 2023, Carrier a ouvert sa 8ᵉ usine au Mexique, en faisant l’une des plus grandes opérations CVC au monde.
Comme Trump est susceptible de se souvenir de ce qu’il considérera comme une « promesse non tenue », Carrier pourrait, lors du second mandat de Trump, redevenir le centre d’une controverse concernant les politiques de fabrication.
REIT industriels mexicains
Les REIT (Real Estate Investment Trusts) sont un moyen d’investir dans l’immobilier via un instrument plus liquide que la propriété directe.
Ces dernières années, les REIT industriels mexicains, spécialisés dans la détention d’installations de fabrication et logistiques, ont été un excellent investissement, profitant de l’arrivée d’usines dans le pays. Un moteur majeur était les entreprises américaines ou chinoises qui délocalisent leur production au Mexique, tout en conservant l’accès au marché américain.
L’équivalent d’un REIT américain au Mexique s’appelle une FIBRA, généralement cotée à la Bourse mexicaine. Cela inclut des sociétés comme Fibra Prologis (FBBPF), Fibra Nova (FNOVA17.MX) ou Terrafina (CBAOF), par exemple.
Entreprises et secteurs canadiens affectés
Comme le Canada est un pays à revenu élevé, ses exportations vers les États‑Unis sont moins axées sur la fabrication offshore à bas coût, et davantage sur les matières premières abondantes au Canada, notamment celles difficiles à exporter à l’étranger.
Les importantes exportations américaines vers le Canada pourraient également être affectées négativement par les tarifs, surtout si cela dégénère en une véritable guerre commerciale.
Pétrole canadien
Bien que les États‑Unis soient un important producteur de pétrole, le Canada fournit environ 20 % du pétrole consommé aux États‑Unis. Cela est particulièrement vrai pour le pétrole consommé dans les régions intérieures comme les Grands Lacs, le Midwest et les Rocheuses.
En conséquence, les prix de l’essence pourraient augmenter de 30 à 40 cents le gallon, et potentiellement jusqu’à 70 cents, en à peine deux jours après l’entrée en vigueur des tarifs.
Patrick De Haan, analyste chez Gas Buddy
De loin, il s’agit de la plus grande exportation du Canada vers les États‑Unis, s’élevant à 128,51 milliards de dollars en 2023.
Parallèlement, le pétrole canadien dispose de très peu d’autres marchés d’exportation possibles, les infrastructures de transport n’étant pas suffisamment développées pour le transporter à l’étranger. Ainsi, des tarifs généralisés pourraient soudain rendre le pétrole canadien beaucoup moins compétitif, obligeant potentiellement les producteurs à réduire leur production.
Les 5 plus grandes entreprises canadiennes de pétrole et de gaz sont :
- Cenovus Energy (CVE )
- Suncor Energy (SU )
- Imperial Oil (IMO )
- Enbridge (ENB )
- Canadian Natural Resources (CNQ )
Il convient également de noter que la politique énergétique intérieure de Donald Trump a été soulignée par la phrase « drill baby, drill ! », faisant référence à la maximisation de la production pétrolière américaine. Cela pourrait avoir un double effet négatif sur le pétrole canadien en réduisant la nécessité d’importer du pétrole des États‑Unis et en faisant baisser les prix mondiaux du pétrole.
Bois d’œuvre canadien
Presque toutes les exportations de bois d’œuvre canadien étaient destinées aux États‑Unis (17,2 milliards de dollars), le deuxième marché d’exportation étant beaucoup plus petit (Japon – 1,12 milliard de dollars).
Cela pourrait entraîner une forte détérioration des exportations de bois d’œuvre canadien à cause des tarifs, les rendant potentiellement non compétitives face à la production intérieure américaine.
Les 3 plus grandes entreprises canadiennes de bois d’œuvre sont :
Constructeurs automobiles américains
Déjà touchés par la menace sur leurs usines au Mexique, les constructeurs automobiles pourraient également en pâtir si le Canada impose des tarifs de rétorsion sur les importations de voitures américaines.
Ces voitures envoyées au Canada représentent près d’un cinquième des 362,9 milliards de dollars d’importations canadiennes en provenance des États‑Unis. Par exemple, Chevrolet, une marque de GM, était la marque la plus vendue au Canada à l’été 2024.
Probabilité des tarifs
Les tarifs sous la présidence de Trump sont probables, car ils ont déjà été utilisés comme outil de politique internationale lors de son premier mandat.
Cependant, nous savons également que Trump utilisera probablement les tarifs de 25 % sur le Canada et le Mexique comme point de départ pour des négociations. Si ces pays cèdent sur d’autres exigences de Trump, comme la fermeture de la frontière aux migrants, nous pourrions voir les tarifs réduits ou certaines catégories de produits exemptées.
En même temps, si les pays ciblés rétorquent ou si d’autres sujets ne sont pas résolus dans la direction souhaitée par les États‑Unis, les tarifs pourraient être davantage intensifiés. Cela crée une grande incertitude pour les investisseurs, qui devront naviguer ces risques et déterminer s’ils sont correctement intégrés dans la valorisation des actions des entreprises concernées.
Conclusion
Des tarifs généralisés sur toutes les importations provenant des deux plus grands partenaires commerciaux des États‑Unis sont susceptibles de remodeler les économies des pays s’ils sont appliqués. Il reste toutefois une faible probabilité que cela ne soit qu’une tactique de négociation et que le tarif final soit plus réduit ou limité à des secteurs spécifiques.
Dans tous les cas, les investisseurs doivent en prendre note et anticiper les risques que les tarifs restent en place, contraignant des changements par rapport à la tendance de plusieurs décennies consistant à délocaliser la production vers les voisins des États‑Unis et à l’étranger.











