Entretiens

Bjorn Reynolds, PDG de Safeguard Global – Série d’interviews

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Bjorn Reynolds, PDG de Safeguard Global, est un leader chevronné du secteur de la main‑d’œuvre et de la paie qui a fondé Safeguard Global et dirige l’entreprise depuis plus de deux décennies, la transformant d’une solution de paie centralisée en une plateforme d’habilitation de la main‑d’œuvre mondiale. Avec une carrière débutée dans les services financiers chez HFC Bank et poursuivie à des postes de direction de la paie chez Ceridian, Reynolds a acquis une expertise approfondie en infrastructure d’emploi avant de lancer Safeguard Global. Sous sa direction, l’entreprise a été pionnière des services d’Employer of Record (EOR) et s’est développée en une suite complète de solutions de main‑d’œuvre globale, aidant les organisations à recruter, intégrer, payer et gérer les employés à travers les marchés internationaux avec conformité et efficacité à grande échelle.

Safeguard Global est un fournisseur mondial de gestion de la main‑d’œuvre et de solutions d’emploi qui permet aux entreprises de s’étendre à l’international sans créer d’entités locales. Fondée à l’origine comme société de traitement de la paie, elle est devenue un leader des services d’Employer of Record (EOR), offrant des capacités incluant le recrutement, l’intégration, la paie, la conformité, l’administration RH et l’analyse de la main‑d’œuvre dans plus de 187 pays. L’entreprise combine technologie, expertise du marché local et spécialistes sur le terrain pour simplifier les embauches et opérations internationales complexes, desservant plus de 1 500 organisations dans le monde et se positionnant comme un acteur clé de l’avenir du travail distribué et mondial.

Vous avez fondé Safeguard Global bien avant que le travail à distance et les équipes distribuées ne deviennent courants. Quels signaux précoces ou expériences de première main vous ont conduit à créer une entreprise autour de l’infrastructure de main‑d’œuvre transfrontalière, et comment cette vision a-t-elle évolué pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui ? 

J’étais motivé par la conviction que la mondialisation était essentielle et par le besoin de bouleverser ce qui était alors un marché de la paie très transactionnel. Je dirigeais une entreprise de paie basée au Royaume‑Uni et j’ai constaté que rivaliser localement sur le « mieux, plus rapide, moins cher » ne créerait pas de différenciation significative. J’ai reconnu l’émergence de la paie globale comme une nouvelle catégorie et j’ai parié sur la construction d’une marque dans cet espace.

Lorsque nous avons démarré, nous avons commencé à entendre des clients qui s’étendaient à l’international et qui peinaient à gérer la paie dans plusieurs pays. Ce qui aurait dû être une opportunité de croissance devenait un obstacle. Cette friction a clairement montré que la mondialisation était inévitable, mais que l’infrastructure pour la soutenir n’avait pas suivi.

Au fil du temps, j’ai reconnu que la paie n’était qu’une partie d’un problème bien plus vaste. Les clients ne se demandaient pas seulement comment payer les personnes à l’échelle mondiale, mais comment embaucher, gérer et faire évoluer des équipes au‑delà des frontières. C’est ce qui a conduit notre évolution.

La vision de Safeguard Global s’est depuis élargie en une plateforme d’infrastructure de main‑d’œuvre plus globale. Nous sommes passés d’un fournisseur de paie à une plateforme d’infrastructure de main‑d’œuvre qui permet aux entreprises d’accéder à des talents partout, de naviguer dans la complexité et de se développer à l’international en toute confiance. Ce qui a commencé comme un pari sur la paie globale a évolué pour soutenir le cycle de vie complet du travail mondial, permettant aux entreprises de s’étendre à l’international sans risque.

Safeguard Global a commencé avec la paie globale et est devenu pionnier du modèle mondial d’Employer of Record. Quels étaient les plus grands écarts structurels que vous avez constatés dans l’embauche internationale à l’époque, et comment avez‑vous abordé leur résolution différemment ?

Au début, le principal écart était que l’embauche internationale était traitée comme un processus transactionnel et fragmenté, souvent géré pays par pays avec peu de cohérence stratégique. Les entreprises manquaient à la fois d’infrastructure et d’expertise pour embaucher à l’échelle mondiale de manière conforme et évolutive.

L’approche de Safeguard était d’aller au‑delà des solutions ponctuelles et de construire un modèle capable de gérer le cycle complet de l’emploi mondial, incluant la conformité, l’expérience des employés et les évolutions de la main‑d’œuvre au fil du temps. Cela a finalement conduit à la création du modèle mondial d’Employer of Record (EOR), qui permet aux entreprises d’embaucher à l’international sans créer d’entités locales.

De façon cruciale, le véritable écart n’était pas seulement opérationnel, mais consultatif. Les entreprises n’avaient pas seulement besoin d’un fournisseur pour traiter la paie ; elles avaient besoin d’un partenaire pour les aider à naviguer dans la complexité, notamment en matière de conformité, de restructuration et de stratégie de main‑d’œuvre. Ce passage de fournisseur à partenaire stratégique est ce qui a finalement défini notre modèle.

Avec des opérations couvrant des dizaines de pays et des clients embauchant dans près de 190 marchés, quels sont les risques les plus négligés auxquels les entreprises sont confrontées lorsqu’elles s’étendent à l’international aujourd’hui ?

L’un des risques les plus négligés aujourd’hui est de supposer que l’expansion mondiale n’est qu’un défi logistique, plutôt qu’un enjeu stratégique et géopolitique. Les entreprises sous‑estiment souvent la manière dont les dynamiques locales, telles que les cadres réglementaires et les attentes culturelles, peuvent impacter matériellement leur capacité à opérer et à croître.

Avec l’instabilité géopolitique croissante et les relations mondiales en mutation, les entreprises qui s’appuient sur des stratégies centralisées ou « exportées » peuvent rencontrer des difficultés, tandis que celles disposant d’une présence locale et de stratégies de main‑d’œuvre diversifiées sont mieux placées pour naviguer dans l’incertitude.

Un autre point aveugle majeur est la conformité, notamment en ce qui concerne la classification des travailleurs et les législations locales du travail. À mesure que les réglementations évoluent rapidement et se renforcent à l’échelle mondiale, les entreprises courent le risque d’amendes, d’exposition juridique et de dommages à leur réputation si elles traitent la conformité comme une réflexion secondaire.

Les entreprises qui réussissent à l’échelle mondiale sont celles qui considèrent la conformité et la localisation comme des avantages stratégiques, et non comme des charges administratives.

Comment la montée des équipes distribuées a‑t‑elle remodelé les décisions d’allocation de capital pour les entreprises, notamment lorsqu’il s’agit de choisir entre créer des entités locales ou exploiter des plateformes d’emploi mondiales ?

Traditionnellement, pénétrer un nouveau marché nécessite la création d’une entité juridique, ce qui représente un investissement coûteux et chronophage. Aujourd’hui, les plateformes d’emploi mondiales comme l’EOR permettent aux entreprises d’entrer sur les marchés de manière plus flexible, réduisant les dépenses d’investissement initiales et permettant une expérimentation plus rapide.

Il existe une courbe de maturité: les entreprises peuvent commencer avec un modèle EOR pour tester un marché, puis passer à une entité complète une fois qu’elles atteignent une échelle ou une complexité suffisantes. Cela modifie fondamentalement l’allocation de capital. Au lieu de faire de gros paris sur des marchés incertains, les entreprises peuvent étaler leurs investissements en fonction de la performance réelle et de la demande. Cela permet aux entreprises d’aligner l’allocation de capital plus étroitement avec la demande réelle, plutôt que de consacrer des ressources sans aucun soutien.

Du point de vue d’un investisseur, voyez‑vous l’infrastructure de main‑d’œuvre mondiale devenir une couche centrale de la pile technologique des entreprises modernes, similaire à l’infrastructure cloud ou de paiement ?

Absolument. À mesure que les entreprises se développent à l’international, la capacité d’embaucher, de gérer et de rémunérer les talents à l’échelle mondiale est devenue centrale pour la croissance, l’optimisation des coûts et la compétitivité. Le talent représente généralement à la fois le coût le plus important et le principal moteur de valeur d’une entreprise, ce qui signifie que la stratégie de main‑d’œuvre se traduit directement en valeur d’entreprise.

Du point de vue d’un investisseur, cela devient une couche centrale de la pile d’entreprise de la même manière que l’infrastructure cloud ou les systèmes de paiement ont évolué. À mesure que les entreprises se mondialisent, l’infrastructure de main‑d’œuvre n’est plus optionnelle, elle est fondamentale. Une infrastructure qui permet des embauches mondiales plus intelligentes, plus rapides et plus conformes devient de plus en plus stratégique plutôt que simplement opérationnelle.

La conformité est souvent perçue comme un centre de coûts, pourtant votre plateforme la positionne comme un moteur de croissance. Comment les dirigeants devraient‑ils repenser la conformité dans le contexte de l’expansion internationale ?

La conformité devient de plus en plus cruciale à mesure que les gouvernements renforcent les réglementations autour des modèles d’emploi. Les entreprises qui investissent de manière proactive dans une infrastructure conforme sont mieux placées pour se développer, tandis que celles qui font des économies risquent d’en subir d’importantes conséquences plus tard. Lorsqu’elle est correctement mise en œuvre, la conformité permet aux entreprises d’entrer rapidement sur de nouveaux marchés, d’embaucher en toute confiance et d’éviter des perturbations coûteuses.

Compte tenu de votre expérience dans la paie et les services financiers, comment la volatilité des devises, les régimes fiscaux et les législations locales du travail interagissent‑ils de manière à impacter matériellement les stratégies d’embauche mondiales ?

L’embauche mondiale n’est pas seulement une décision de talent, c’est aussi une décision financière et réglementaire.

La volatilité des devises peut impacter matériellement les coûts de rémunération et la rentabilité, surtout lorsque les entreprises paient leurs employés dans plusieurs monnaies. Un poste qui semble rentable au moment de l’embauche peut changer de façon significative en fonction des fluctuations des taux de change.

Les régimes fiscaux et les cotisations sociales varient largement d’un pays à l’autre et peuvent affecter de façon dramatique le coût réel de l’emploi. Dans certains marchés, le coût total d’un employé peut être nettement supérieur au seul salaire de base.

Les législations locales du travail influencent également la flexibilité, le risque de licenciement et les obligations à long terme. Lorsque vous combinez ces facteurs, l’embauche mondiale devient un problème d’optimisation multidimensionnel, équilibrant coût, risque et accès aux talents. Les entreprises qui abordent cela de manière stratégique, plutôt qu’opportuniste, obtiennent un avantage significatif.

Votre plateforme combine technologie et expertise locale. À une époque de plus en plus dominée par l’automatisation et l’IA, où voyez‑vous l’équilibre entre le logiciel et l’intuition humaine évoluer dans la gestion de la main‑d’œuvre ?

L’IA est un outil puissant pour augmenter la prise de décision, notamment dans les domaines de l’analyse de données et de l’automatisation des processus. Cependant, je ne saurais trop insister sur le fait que le jugement humain reste essentiel, surtout dans les décisions complexes impliquant les personnes, la conformité et la stratégie.

C’est pourquoi nos services sont conçus avec une approche « humain quand c’est nécessaire ». Nous en parlons en interne comme « IA x IA », c’est‑à‑dire notre technologie d’IA multipliée par notre Intelligence Réelle provenant de nos plus de 400 experts locaux.

Un bon exemple de la façon dont nous combinons les deux est notre nouvelle solution Intelligent Workforce. Elle utilise les données et l’automatisation pour aider les organisations à analyser où embaucher ; comment optimiser leur main‑d’œuvre ; et comment équilibrer coût, risque et accès aux talents. Ces informations sont ensuite associées aux connaissances de nos experts locaux, qui peuvent aider à naviguer dans les nuances des marchés locaux, des réglementations et des dynamiques culturelles. L’équilibre évolue vers un modèle où le logiciel effectue davantage le travail lourd en arrière‑plan technique, tandis que l’expertise humaine devient encore plus précieuse pour interpréter ces informations et guider la stratégie.

À mesure que les entreprises s’étendent à l’international, comment les modèles de main‑d’œuvre évoluent‑ils entre employés à temps plein, contractuels et arrangements hybrides, et qu’est‑ce que cela signifie pour la dynamique du marché du travail à long terme ?

Les modèles de main‑d’œuvre deviennent de plus en plus fluides, les entreprises utilisant un mélange des trois selon leurs besoins. Cette flexibilité est motivée à la fois par les pressions sur les coûts et le besoin de talents spécialisés. Les entreprises ne sont plus limitées par la géographie et construisent de plus en plus des équipes distribuées pour accéder aux meilleurs talents à l’échelle mondiale.

À long terme, cela reconfigure le marché du travail de plusieurs manières clés. Le talent devient plus mondial et plus concurrentiel, offrant aux individus davantage de choix et d’opportunités. Parallèlement, les entreprises optimisent en fonction des compétences plutôt que de la localisation, ce qui modifie la structuration et la rémunération des postes, permettant des arrangements plus flexibles.

En regardant vers l’avenir, quelles tendances macro, qu’elles soient géopolitiques, réglementaires ou technologiques, pensez‑vous auront le plus grand impact sur la façon dont les entreprises construisent et gèrent des équipes mondiales au cours de la prochaine décennie ?

Il existe plusieurs tendances macro que nous avons identifiées et dont les entreprises doivent être conscientes lorsqu’elles construisent et gèrent leurs équipes mondiales.

  • Transformation de la main‑d’œuvre pilotée par l’IA: L’IA change fondamentalement la façon dont le travail est effectué, réduisant le besoin de certains postes tout en augmentant la demande pour des emplois à haute compétence et basés sur le savoir.
  • Fragmentation géopolitique: Les changements d’alliances mondiales et l’incertitude économique rendent plus important pour les entreprises de décentraliser leur main‑d’œuvre et de diversifier leurs stratégies afin de minimiser les impacts.
  • Arbitrage mondial des talents: Les entreprises s’approvisionnent de plus en plus en talents à l’échelle mondiale pour équilibrer coût et capacité, plutôt que de dépendre d’un seul marché.
  • Expansion réglementaire: Les gouvernements renforcent la surveillance des modèles d’emploi, faisant de la conformité une considération centrale dans la stratégie de main‑d’œuvre. Les entreprises devront trouver des partenaires et des solutions capables de les aider à naviguer dans cette complexité et à réduire les risques sans freiner la croissance.

Ensemble, ces tendances indiquent un avenir du travail plus distribué, plus réglementé et davantage soutenu par la technologie. Les entreprises qui sauront adapter leurs stratégies de main‑d’œuvre à cette réalité seront nettement mieux positionnées pour concurrencer à l’échelle mondiale.

Merci pour cette excellente interview, les lecteurs qui souhaitent en savoir plus devraient visiter Safeguard Global.

Antoine est un visionnaire futuriste et la force motrice derrière Securities.io, une plateforme fintech de pointe axée sur l'investissement dans les technologies disruptives. Avec une compréhension approfondie des marchés financiers et des technologies émergentes, il est passionné par la manière dont l'innovation redéfinira l'économie mondiale. En plus d'avoir fondé Securities.io, Antoine a lancé Unite.AI, un média d'information de premier plan couvrant les percées en IA et en robotique. Connu pour son approche avant-gardiste, Antoine est un leader d'opinion reconnu dédié à explorer comment l'innovation façonnera l'avenir de la finance.