Entretiens

Youssef El Maddarsi, cofondateur et directeur commercial de Naoris Protocol – Série d’interviews

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Youssef El Maddarsi, cofondateur et directeur commercial de Naoris Protocol, a passé des années à aider à façonner la stratégie mondiale de développement commercial de l’entreprise alors qu’elle évoluait d’une start‑up de cybersécurité à une plateforme d’infrastructure post‑quantique plus large. Fort d’un parcours couvrant la blockchain, l’IA, le développement de capital‑risque et la stratégie commerciale internationale, El Maddarsi s’est concentré sur la création de partenariats et l’adoption commerciale des technologies de sécurité décentralisées. Au‑delà de son rôle chez Naoris Protocol, il s’est également engagé dans des initiatives de conseil et de capital‑risque via Naoris Consulting et Naoris Ventures, toutes deux axées sur le progrès de l’infrastructure décentralisée, des systèmes pilotés par l’IA et des technologies résilientes au quantum dans des secteurs tels que la finance, la défense, la robotique et les villes intelligentes.

Naoris Protocol développe ce qu’elle décrit comme le premier maillage de cybersécurité post‑quantique décentralisé au monde, conçu pour sécuriser les systèmes Web2 et Web3 contre les menaces cybernétiques émergentes et les risques futurs de l’informatique quantique. La plateforme fonctionne comme une « Sub‑Zero Layer » sous l’infrastructure blockchain et numérique existante, utilisant son mécanisme de consensus de preuve de sécurité décentralisée (dPoSec), Swarm AI et la cryptographie post‑quantique pour valider en continu l’intégrité des appareils, applications, validateurs et réseaux en temps réel. Plutôt que de s’appuyer sur des modèles de sécurité centralisés, Naoris transforme les appareils en nœuds validateurs qui surveillent et renforcent collectivement la confiance du réseau, avec des applications couvrant la DeFi, l’infrastructure IA, l’IoT, les villes intelligentes, les systèmes d’entreprise et la sécurité des infrastructures critiques.

Vous avez passé plus de sept ans à aider à construire Naoris depuis le départ, passant du développement commercial mondial à cofondateur et directeur commercial. Qu’est‑ce qui vous a initialement convaincu que la cybersécurité décentralisée et l’infrastructure post‑quantique deviendraient inévitables, et comment cette thèse a‑t‑elle évolué à mesure que les menaces quantiques passent du théorique au démontrable ?

Ce qui m’a convaincu, c’est d’avoir observé le même schéma de sécurité se répéter sur différents marchés : les organisations investissaient dans davantage d’outils, mais le modèle restait centralisé, réactif et dépendait d’hypothèses de confiance qui ne devenaient visibles qu’après un échec.

Le problème n’était pas le manque de produits de cybersécurité. Le problème était l’architecture. La plupart des systèmes reposent encore sur des points de contrôle centralisés, une détection retardée et une visibilité fragmentée. Cela crée des angles morts, surtout à mesure que l’infrastructure numérique devient plus distribuée entre les appareils, les environnements cloud, les chaînes d’approvisionnement et les systèmes machine‑to‑machine.

C’est pourquoi nous nous sommes concentrés sur la cybersécurité décentralisée : passer d’un modèle de périmètre à un modèle de validation continue, où chaque appareil participant peut aider à vérifier la posture de sécurité du réseau en temps réel.

Le quantum a rendu cette thèse plus urgente. La cryptographie post‑quantique était autrefois considérée comme un sujet de recherche futur. Aujourd’hui, les normes sont finalisées, les plans de migration sont discutés par les gouvernements et les grandes entreprises technologiques, et les démonstrations montrent que le calendrier passe du théorique au pratique. Pour moi, la thèse est passée de « cela finira par compter » à « l’infrastructure résiliente doit se préparer dès maintenant ».

Plusieurs groupes consultatifs de l’industrie ont averti que la fenêtre de migration vers la cryptographie résistante au quantum se rétrécit déjà. De votre point de vue, à quel point cette menace est‑elle urgente en termes pratiques, et les institutions sous‑évaluent‑elles encore le calendrier ?

Le risque est urgent car la migration n’est pas un simple commutateur. Un ordinateur quantique pertinent sur le plan cryptographique n’existe peut‑être pas encore, mais les systèmes qui doivent migrer sont grands, complexes et profondément intégrés.

La cryptographie à clé publique est intégrée aux systèmes d’identité, aux communications sécurisées, à l’infrastructure de paiement, aux plateformes financières, aux flux d’authentification, aux chaînes d’approvisionnement logicielle, aux appareils matériels et aux systèmes d’entreprise. Remplacer ou mettre à jour ces bases nécessite un inventaire, des tests, une coordination avec les fournisseurs, un alignement réglementaire et une planification opérationnelle.

Les institutions sous‑évaluent encore le calendrier car elles se concentrent davantage sur le moment où la menace quantique deviendra réelle, plutôt que sur la durée nécessaire à la migration. La question la plus pertinente est : combien d’années une organisation a‑t‑elle besoin pour devenir agile sur le plan cryptographique, tester des approches hybrides et déplacer les systèmes critiques loin des algorithmes vulnérables au quantum ?

Il existe également le problème « récolter maintenant, déchiffrer plus tard ». Les données sensibles collectées aujourd’hui peuvent rester précieuses pendant des années. Cela rend la menace immédiate pour des secteurs tels que la finance, la santé, la défense, le gouvernement, l’énergie, les télécommunications et les infrastructures critiques. Attendre une percée publique avant de commencer la migration serait une mauvaise stratégie.

Un chercheur indépendant a récemment démontré une attaque quantique réussie sur une petite clé à courbe elliptique en utilisant du matériel disponible publiquement. Cela marque‑t‑il un véritable point d’inflexion, ou s’agit‑il encore davantage d’un avertissement que d’un risque systémique immédiat ?

C’est un avertissement, mais un avertissement important. Cela ne signifie pas que les systèmes de production modernes sont soudainement compromis. Les clés cryptographiques largement utilisées aujourd’hui restent bien au‑delà des capacités des machines quantiques publiques actuelles.

Ce qui importe, c’est la direction prise. Des démonstrations comme celle‑ci font passer le risque quantique de la catégorie purement théorique au domaine de l’expérimentation pratique. Même lorsque la cible immédiate est petite, cela aide l’industrie à comprendre à quelle vitesse les techniques, l’accès au matériel et les estimations de ressources peuvent évoluer.

Ainsi, la bonne réponse n’est pas la panique. La bonne réponse est la préparation. Les organisations devraient utiliser ces démonstrations comme déclencheur pour développer une agilité cryptographique, identifier les dépendances cryptographiques exposées et créer des voies de migration avant que la pression ne devienne opérationnelle.

L’industrie présente souvent la cryptographie post‑quantique comme une mise à jour technique. Pourquoi soutenez‑vous que le vrai problème réside dans la gouvernance plutôt que dans la simple implémentation cryptographique ?

Parce que les algorithmes ne représentent qu’une partie du problème. Le NIST a finalisé les normes post‑quantiques, ce qui offre au marché une base technique beaucoup plus claire. Mais disposer de normes ne migre pas automatiquement un écosystème.

La question plus difficile est la gouvernance : qui décide du moment de la migration, qui finance la transition, quels systèmes migrent en premier, que devient l’infrastructure héritée, et comment les organisations évitent de créer de nouveaux risques lors de la mise à jour.

C’est particulièrement important pour les infrastructures partagées. Les entreprises, les fournisseurs de cloud, les systèmes d’identité, les institutions financières, les fournisseurs, les régulateurs et les clients doivent tous migrer de manière coordonnée. Si une partie de l’écosystème est prête et une autre ne l’est pas, le risque global persiste.

C’est pourquoi la préparation post‑quantique n’est pas seulement un projet de cryptographie. C’est un projet de gouvernance d’infrastructure. Les institutions qui réussiront le mieux seront celles qui développeront tôt une agilité cryptographique, établiront une responsabilité claire et considéreront la migration comme un programme de résilience à long terme plutôt que comme un correctif logiciel de dernière minute.

De nombreux systèmes numériques reposent sur des clés publiques exposées ou sur la cryptographie à clé publique héritée. Si la migration n’est pas coordonnée à l’échelle mondiale, que se passe‑t‑il réellement pour ces actifs et systèmes dans un scénario post‑quantique ?

Sans coordination, l’exposition devient inégale et difficile à gérer. Certaines organisations migreront tôt, d’autres avanceront lentement, et certains systèmes hérités peuvent rester vulnérables pendant des années parce qu’ils sont inactifs, difficiles à mettre à jour ou mal inventoriés.

Cela crée une longue traîne de risque. Tout système disposant de clés publiques exposées ou à longue durée de vie pourrait devenir une cible prioritaire dès que la capacité quantique mûrit. Le défi n’est pas seulement un compromis technique ; c’est aussi une perte de confiance. Les utilisateurs, clients, contreparties et régulateurs ont besoin d’assurance que la couche de confiance derrière les systèmes numériques est activement protégée.

Le résultat réaliste d’une migration non coordonnée est la fragmentation. Certaines plateformes peuvent restreindre les anciens formats, d’autres imposer des mises à jour, d’autres encore s’appuyer sur des protections hybrides, et d’autres laisser le risque hérité en place. Aucune de ces options n’est idéale si elle se produit sous pression.

La meilleure voie consiste à planifier la migration avant le point de crise : identifier les systèmes vulnérables, créer des règles de transition, communiquer les calendriers et donner aux utilisateurs et aux institutions suffisamment de temps pour migrer en toute sécurité.

Quels secteurs qui dépendent de l’infrastructure de confiance cryptographique sont les plus exposés aujourd’hui, et où une percée quantique pourrait‑elle provoquer la disruption économique la plus immédiate ?

Les services financiers figurent parmi les plus exposés car la cryptographie sous-tend l’identité, l’authentification, le règlement, la garde, la messagerie et l’autorisation des transactions. Si la couche de confiance est affaiblie, l’impact peut être immédiat et systémique.

Mais l’exposition est bien plus large que les marchés financiers. Le secteur de la santé dépend d’une confidentialité à long terme. L’énergie et les télécommunications dépendent de systèmes opérationnels résilients. Les chaînes d’approvisionnement dépendent de l’intégrité et de la provenance. Les gouvernements et les organisations de défense dépendent de communications sécurisées et de l’identité. À mesure que l’infrastructure devient davantage définie par logiciel et machine‑to‑machine, la confiance cryptographique devient une base pour les opérations quotidiennes.

Une percée quantique ne serait donc pas limitée à une catégorie technologique. Elle remettrait en cause les hypothèses sous‑jacentes aux communications sécurisées, à l’identité numérique, à l’intégrité des données, à la continuité opérationnelle et à la responsabilité juridique.

C’est pourquoi cela doit être considéré comme une problématique de résilience intersectorielle. La préparation post‑quantique ne consiste pas seulement à protéger les données. Il s’agit de préserver la confiance dans les systèmes numériques dont les organisations et les économies modernes dépendent.

Les entreprises qui exploitent déjà des systèmes distribués, basés sur le cloud ou sécurisés cryptographiquement présentent un profil de risque différent de celui des utilisateurs particuliers. À quoi ressemble un calendrier de migration crédible pour les grandes institutions qui ne peuvent pas simplement « mettre à jour du jour au lendemain » ?

Pour les grandes institutions, une migration crédible commence par l’agilité cryptographique : la capacité de modifier les primitives cryptographiques sans redessiner l’ensemble de l’entreprise.

La première phase est la découverte. Les organisations doivent savoir où la cryptographie vulnérable se trouve dans les applications, certificats, API, systèmes d’identité, gestion des clés, modules de sécurité matériels, produits des fournisseurs, services cloud et dépendances tierces. De nombreuses institutions ne disposent pas encore de cet inventaire complet.

La deuxième phase est le déploiement hybride. Cela signifie tester les algorithmes post‑quantiques aux côtés des systèmes classiques existants afin que les organisations puissent gérer les performances, l’interopérabilité, la conformité et le risque opérationnel.

La troisième phase est la migration par étapes. Les systèmes critiques doivent migrer en premier, suivis des systèmes d’entreprise plus larges à mesure que les normes, le support des fournisseurs et la compatibilité de l’écosystème mûrissent.

Il s’agit d’un processus pluriannuel. C’est pourquoi le moment idéal pour commencer est avant que la menace ne devienne urgente. Au moment où une percée quantique devient visible sur le marché, la fenêtre de migration la plus sûre peut déjà s’être réduite.

Naoris se concentre sur la transformation des appareils en nœuds de validation au sein d’un maillage de confiance décentralisé, où chaque composant vérifie continuellement les autres en temps réel. Comment cette architecture change‑t‑elle notre façon de concevoir la sécurisation de l’infrastructure numérique contre les menaces quantiques et cybernétiques systémiques ?

La cybersécurité traditionnelle suppose d’abord la confiance et réagit lorsque cette confiance échoue. Naoris part du principe opposé : la confiance doit être continuellement prouvée.

L’architecture transforme les appareils et points de terminaison participants en partie d’un maillage de validation de sécurité décentralisé. Au lieu de ne compter que sur une autorité centrale ou un périmètre statique, les appareils peuvent aider à vérifier la posture de sécurité et l’intégrité de l’environnement plus large en temps réel.

Cela change le modèle de la défense passive à la résilience active. La sécurité devient continue, distribuée et mesurable. Un composant compromis ou mal configuré peut être identifié plus rapidement car il est évalué par le réseau plutôt que seulement par une couche de surveillance centrale.

La préparation post‑quantique s’intègre naturellement à ce modèle. Le risque quantique n’est pas quelque chose qui peut être résolu en ajoutant un seul outil à la périphérie. Il doit être intégré à l’architecture de confiance, avec une agilité cryptographique, une validation continue et le support des normes post‑quantiques incorporés dans l’infrastructure elle‑même.

Un écosystème Web3 de couche 1 distinct utilise $NAORIS comme jeton utilitaire. Comment les lecteurs doivent‑ils comprendre la relation entre cet écosystème et le travail de cybersécurité de Naoris ?

Il est important d’être très clair sur la structure. Naoris, l’entreprise de cybersécurité que je représente, est légalement et opérationnellement distincte de l’entité indépendante qui propose l’écosystème Web3 de couche 1 où $NAORIS fonctionne comme jeton utilitaire. Je ne parle pas au nom de cette entité, et je ne suis pas impliqué dans l’émission de jetons, les inscriptions de jetons, l’activité d’échange, la gouvernance des jetons ou l’économie de l’écosystème.

À un niveau élevé, $NAORIS appartient à cet écosystème Web3 distinct. Ses cas d’utilisation sont natifs de la blockchain et concernent la participation au réseau de couche 1 et aux applications Web3 construites autour de cet environnement. Toutes les questions liées aux jetons relèvent de cette entité distincte.

Mon focus est l’infrastructure de cybersécurité de Naoris : validation de sécurité décentralisée, préparation post‑quantique, résilience d’entreprise et confiance numérique. Ces domaines peuvent être conceptuellement adjacents à l’infrastructure Web3, mais ils ne constituent pas la même entreprise, structure juridique ou mandat opérationnel.

Cette distinction est importante. Le rôle de Naoris est la cybersécurité et la résilience de l’infrastructure. Le jeton fait partie d’un écosystème Web3 distinct, et je ne représente pas cet écosystème ni ne parle en son nom.

En regardant vers l’avenir, attendez‑vous à une transition graduelle vers l’infrastructure post‑quantique, ou l’industrie sera‑t‑elle contrainte à une migration soudaine et réactive déclenchée par un événement de percée ?

Je m’attends aux deux. Les organisations les mieux préparées effectueront une transition graduelle. Elles inventorieront leur cryptographie, développeront une agilité cryptographique, testeront des systèmes hybrides et déplaceront les infrastructures critiques vers la préparation post‑quantique avant d’être contraintes de le faire.

Mais une grande partie du marché attend encore un déclencheur plus visible. C’est risqué. Une démonstration quantique majeure, une accélération crédible de la capacité matérielle ou un incident de grande envergure pourraient transformer une migration planifiée en une urgence précipitée.

Le danger n’est pas seulement l’arrivée de la capacité quantique. Le danger est l’écart entre la prise de conscience et l’action. Les organisations savent que cette transition arrive, mais beaucoup n’ont pas encore attribué de responsabilité, de budget ou de calendrier.

Les institutions qui agissent tôt auront plus de contrôle sur le processus. Celles qui attendent pourraient se retrouver à essayer de migrer une infrastructure complexe au moment même où la confiance, le temps et la flexibilité opérationnelle sont les plus faibles.

Merci pour cette excellente interview, les lecteurs qui souhaitent en savoir plus devraient visiter Naoris Protocol.

Antoine est un visionnaire futuriste et la force motrice derrière Securities.io, une plateforme fintech de pointe axée sur l'investissement dans les technologies disruptives. Avec une compréhension approfondie des marchés financiers et des technologies émergentes, il est passionné par la manière dont l'innovation redéfinira l'économie mondiale. En plus d'avoir fondé Securities.io, Antoine a lancé Unite.AI, un média d'information de premier plan couvrant les percées en IA et en robotique. Connu pour son approche avant-gardiste, Antoine est un leader d'opinion reconnu dédié à explorer comment l'innovation façonnera l'avenir de la finance.