Énergie

La croissance des énergies renouvelables dépend de plus que le PIB

mm
Ajouter Securities.io à vos sources préférées sur Google

La transition énergétique mondiale est souvent présentée comme une question d’argent. Les économies plus riches peuvent théoriquement se permettre davantage de parcs éoliens, d’installations solaires, de lignes de transmission et de systèmes de stockage d’énergie. Pourtant, la capacité économique à elle seule n’explique pas pourquoi les énergies renouvelables se développent rapidement dans certaines grandes économies tandis qu’elles progressent lentement dans d’autres.

Une nouvelle étude de Mohammad Nadeem Rahimi et Anil Kumar1 suggère que la recherche et le développement pourraient être l’élément le plus important du puzzle. En examinant la consommation d’énergies renouvelables dans dix grandes économies, les chercheurs ont constaté que les dépenses en R&D présentaient la relation positive la plus forte et la plus constante avec la diffusion des énergies renouvelables.

La croissance économique a également montré une relation positive dans le modèle principal de l’étude, tandis que les émissions de dioxyde de carbone étaient associées négativement à l’adoption des renouvelables. L’emploi industriel et la pauvreté n’ont pas eu d’effets directs statistiquement significatifs après que les chercheurs eurent corrigé les chocs mondiaux partagés et d’autres dépendances statistiques.

Les résultats suggèrent une conclusion plus nuancée que de simplement appeler à davantage de dépenses pour les renouvelables. Les économies doivent développer la capacité technique et institutionnelle pour transformer l’argent, les connaissances scientifiques et le soutien politique en systèmes énergétiques pouvant être déployés à grande échelle.

Qu’est‑ce qui stimule l’adoption des énergies renouvelables ?

L’étude a examiné la Chine, les États‑Unis, le Japon, l’Allemagne, l’Inde, l’Australie, l’Italie, le Brésil, les Pays‑Bas et la Corée du Sud. Ensemble, ces pays constituent un mélange utile d’économies industrielles établies, de marchés en développement rapide, de grands consommateurs d’énergie et d’importants producteurs d’énergies renouvelables.

Les chercheurs ont analysé 300 observations pays‑année en utilisant des données couvrant trois décennies. Leur modèle a pris en compte la diffusion des énergies renouvelables parallèlement au produit intérieur brut, aux émissions de dioxyde de carbone, à l’emploi industriel, aux dépenses en R&D et à la pauvreté.

Cette approche globale est importante car l’adoption des renouvelables ne se produit pas isolément. Un pays peut disposer de ressources économiques solides mais rester dépendant du charbon, du pétrole ou du gaz naturel. Un autre peut disposer d’excellentes ressources renouvelables mais manquer de capacité de transmission, d’expertise technique, de financement ou de réglementations stables.

L’étude a utilisé un modèle à effets fixes avec des erreurs standards de Driscoll‑Kraay. En pratique, cette méthode permet de tenir compte du fait que les marchés énergétiques nationaux sont interconnectés. Les pays peuvent connaître les mêmes cycles de taux d’intérêt, chocs sur les matières premières, améliorations technologiques et perturbations géopolitiques. Considérer chaque économie comme totalement indépendante pourrait rendre certaines relations plus fortes qu’elles ne le sont réellement.

Facteur potentiel Coefficient Valeur‑p Résultat de l’étude
Dépenses en R&D 7.2150 0.006 Positif et statistiquement significatif
PIB 2.0289 0.036 Positif et statistiquement significatif
Émissions de CO₂ -2.3638 0.039 Négatif et statistiquement significatif
Emploi industriel 0.4285 0.520 Pas statistiquement significatif
Pauvreté -0.5653 0.202 Pas statistiquement significatif

L’innovation relie le capital au déploiement

Les dépenses en R&D ont produit le coefficient positif le plus élevé parmi les variables incluses dans le modèle robuste. Cela ne signifie pas que chaque dollar dépensé en recherche génère automatiquement une augmentation équivalente de l’énergie renouvelable. Cela indique toutefois que les pays disposant de systèmes d’innovation plus solides sont généralement mieux placés pour accroître la consommation d’énergies renouvelables au fil du temps.

Cet avantage peut se manifester à plusieurs étapes de la chaîne de valeur énergétique :

  • Technologies de génération et de stockage plus efficaces
  • Meilleure prévision du réseau et systèmes de gestion de l’énergie
  • Coûts de fabrication et d’installation réduits
  • Commercialisation améliorée des découvertes de laboratoire

Cela aide à expliquer pourquoi la croissance économique ne peut pas être considérée comme une stratégie complète en matière d’énergies renouvelables. Le PIB mesure la capacité de production, mais il ne montre pas où le capital est dirigé. Une économie en expansion peut investir dans la modernisation du réseau et les technologies propres, ou elle peut renforcer sa dépendance à l’infrastructure existante des combustibles fossiles.

BloombergNEF a indiqué que investissement mondial dans la transition énergétique a atteint 2,3 billions de dollars en 2025. Cependant, les dépenses agrégées révèlent peu d’informations sur le fait que les marchés individuels construisent la capacité de recherche, les chaînes d’approvisionnement et l’infrastructure électrique nécessaires pour traduire l’investissement en adoption durable.

L’innovation fonctionne donc comme un mécanisme de conversion. Elle peut transformer les ressources économiques en modules solaires moins chers, en composants de turbines plus durables, en batteries à plus longue durée de vie, en systèmes géothermiques avancés et en contrôles numériques capables de coordonner des réseaux électriques de plus en plus complexes.

Les émissions de carbone peuvent signaler un verrouillage aux combustibles fossiles

L’une des conclusions les plus importantes de l’étude est que des émissions de dioxyde de carbone plus élevées étaient associées à une diffusion moindre des énergies renouvelables. À première vue, cela peut sembler contre‑intuitif. On pourrait s’attendre à ce que les pays soumis à la plus forte pression d’émissions poursuivent les énergies renouvelables de manière plus agressive.

En pratique, des émissions élevées peuvent révéler à quel point une économie reste liée aux combustibles fossiles. Les centrales électriques, les pipelines, les raffineries, les installations industrielles, les systèmes de transport et les institutions réglementaires sont coûteux et lents à remplacer. Les entreprises et les collectivités dépendent également de l’emploi et des recettes fiscales générés par les systèmes énergétiques existants.

Cela crée un verrouillage aux combustibles fossiles. L’obstacle n’est pas simplement le prix de l’électricité renouvelable. Il s’agit du coût et de la complexité du remplacement d’un système interconnecté tout en continuant à fournir une énergie fiable.

Cette interprétation complète la récente couverture de Securities.io montrant que le déploiement des énergies renouvelables n’améliore pas automatiquement la durabilité. La technologie doit être soutenue par des règles, des infrastructures et des incitations efficaces. Sinon, de nouvelles capacités renouvelables peuvent être ajoutées sans éliminer les forces structurelles qui soutiennent les activités à forte intensité carbone.

Le réseau est l’endroit où l’innovation devient utile

Produire de l’électricité renouvelable n’est qu’une étape de la diffusion. L’énergie doit également être transmise, équilibrée, stockée, tarifée et livrée lorsque les clients en ont besoin. À mesure que les ressources solaires et éoliennes variables gagnent en importance, l’infrastructure du réseau devient de plus en plus cruciale.

Les jumeaux numériques, l’intelligence artificielle, les capteurs avancés, les équipements à haute tension et les systèmes d’électronique de puissance peuvent aider les opérateurs à prévoir la production, identifier les défauts, gérer les congestions et évaluer les améliorations d’infrastructure. Securities.io a déjà examiné comment les jumeaux numériques peuvent améliorer les opérations des énergies renouvelables, illustrant comment l’innovation s’étend au-delà de l’actif de production lui-même.

C’est ici que l’étude offre un aperçu précieux pour les décideurs et les investisseurs. La R&D peut produire de meilleures technologies, mais la diffusion dépend toujours de la commercialisation. Une chimie de batterie prometteuse ou une plateforme de contrôle du réseau a une valeur pratique limitée tant qu’elle ne peut pas être fabriquée, financée, approuvée et intégrée aux réseaux énergétiques en fonctionnement.

Les gouvernements cherchant une adoption plus rapide peuvent donc obtenir de meilleurs résultats en reliant le soutien à la recherche aux projets de démonstration, aux incitations fiscales, aux achats publics, aux autorisations de transmission et à la commercialisation par le secteur privé. Une politique d’innovation fragmentée peut générer des brevets sans produire de capacité énergétique significative.

Pourquoi la croissance seule est un indicateur peu fiable

Le PIB était positivement associé à la diffusion des énergies renouvelables dans le modèle robuste principal, mais son importance s’est atténuée avec des spécifications supplémentaires. Les chercheurs ont donc conclu que la capacité d’innovation était plus constante que la croissance économique en tant que moteur à long terme.

Cette distinction empêche une interprétation trop simpliste des résultats. La richesse aide parce que les projets renouvelables nécessitent un financement, une main-d’œuvre technique et des infrastructures importantes. Cependant, un revenu national supplémentaire peut également augmenter la demande énergétique totale et soutenir la production conventionnelle.

Les diagnostics au niveau des pays de l’étude renforcent ce point. L’Allemagne et l’Australie ont connu des trajectoires de croissance des renouvelables relativement raides, tandis que le Japon et l’Inde ont affiché des augmentations plus plates ou plus progressives. Les vastes ressources hydroélectriques du Brésil et le système énergétique industriel distinctif de la Corée du Sud ont produit des schémas que le modèle partagé ne pouvait pas entièrement saisir.

Le modèle expliquait environ 42,4 % de la variation de la diffusion des énergies renouvelables au sein des pays au fil du temps. C’est significatif, mais cela laisse également une marge importante pour la disponibilité des ressources, les décisions politiques, les autorisations, la conception des marchés de l’électricité, les taux d’intérêt, la politique commerciale et les événements spécifiques à chaque pays.

Les résultats doivent également être interprétés comme des associations plutôt que comme une preuve définitive de causalité. L’expansion des renouvelables pourrait encourager des dépenses de recherche supplémentaires, tandis que des systèmes d’innovation réussis pourraient attirer davantage d’investissements dans les énergies propres. La relation peut fonctionner dans les deux sens.

Investir dans la technologie à l’origine de la diffusion des énergies renouvelables

Pour les investisseurs cherchant à s’exposer à cette tendance, GE Vernova (GEV ) offre un exemple pertinent d’une entreprise opérant à l’intersection de l’innovation énergétique et du déploiement physique. Ses activités couvrent les équipements éoliens, la production d’électricité, les solutions de réseau, les logiciels d’électrification, la conversion d’énergie et le stockage d’énergie.

Cette ampleur s’aligne étroitement sur l’argument central de l’étude. La diffusion des énergies renouvelables nécessite plus que la construction d’actifs de production. Elle requiert également des équipements de transmission, des technologies de gestion du réseau et une expertise d’ingénierie capable d’intégrer la nouvelle capacité sans compromettre la fiabilité.

GE Vernova a engagé des capitaux substantiels dans la fabrication et la R&D alors que la demande d’électricité augmente. Ses opérations d’électrification peuvent bénéficier de l’expansion du réseau même lorsque le mix de production exact diffère selon les pays. La performance récente a également démontré la pertinence commerciale de cette infrastructure, avec une demande d’équipements de réseau et d’énergie soutenant ses perspectives de croissance.

Cette exposition diversifiée introduit des compromis. GE Vernova n’est pas une entreprise purement axée sur les énergies renouvelables, et son activité énergétique comprend la technologie du gaz naturel. L’éolien a également connu des commandes irrégulières et une économie de projet difficile. Ces facteurs font de l’entreprise un indicateur imparfait de l’adoption des renouvelables, mais un exemple solide de l’infrastructure industrielle nécessaire à la modernisation des systèmes énergétiques.

GEV Graphique du prix

La politique d’innovation devient la politique énergétique

L’étude remet en cause l’hypothèse selon laquelle la pression environnementale forcerait les systèmes énergétiques à changer d’eux‑mêmes. Des émissions élevées peuvent persister pendant des décennies lorsque les infrastructures existantes, les réglementations et les intérêts industriels renforcent la dépendance aux combustibles fossiles.

De même, la croissance économique fournit des ressources mais ne détermine pas comment elles seront utilisées. La question la plus décisive est de savoir si un pays peut orienter le capital vers la recherche puis transférer les technologies réussies des laboratoires aux usines, aux projets énergétiques et aux réseaux électriques.

Pour les investisseurs, cela élargit l’opportunité des énergies renouvelables au-delà des producteurs d’électricité. La transition dépendra également des entreprises qui construisent des turbines, des systèmes de transmission, des équipements de stockage, des logiciels de contrôle et d’autres technologies rendant la production renouvelable commercialement exploitable.

Les pays qui relient R&D, capacité industrielle, financement et réglementation cohérente sont susceptibles d’avancer le plus rapidement. Ceux qui considèrent le déploiement des renouvelables comme une simple question de dépenses peuvent découvrir que le capital ne peut pas facilement surmonter les goulets technologiques et le verrouillage des combustibles fossiles.

Références :

1 Rahimi, M. N., & Kumar, A. (2026). Facteurs de la diffusion des énergies renouvelables dans l’économie mondiale : preuves d’un panel à long terme. Energy Geoscience, 100651. https://doi.org/10.1016/j.engeos.2026.100651

Daniel est un ardent défenseur du potentiel de la blockchain pour perturber la finance traditionnelle. Il a une passion profonde pour la technologie et explore toujours les dernières innovations et gadgets.