Actifs numériques

Les législateurs de Caroline du Nord, du Texas et de l’Arkansas mettent de l’huile aux rouages des législations minières

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Le débat, souvent très controversé, autour de l’exploitation des actifs numériques et de son impact supposé sur l’environnement a de nouveau attiré l’attention cette semaine. Les dernières évolutions dans ce domaine surviennent à peine cinq semaines après que l’administration Biden a proposé des modifications aux taxes imposées aux opérations minières alimentées par l’électricité provenant de sources raccordées au réseau ou hors réseau. La document proposé par le Département du Trésor des États‑Unis le 9 mars précisait une taxe d’accise calculée comme une fraction du coût de l’électricité supporté par les mineurs pour faire fonctionner leurs installations.

Le Département du Trésor cible le secteur minier dans une proposition de taxe

L’ajustement proposé, dont la portée englobe toutes les entreprises qui utilisent des ressources informatiques, qu’elles soient détenues ou louées, pour exploiter des actifs numériques. En particulier, la modification les obligera à se conformer à la politique fiscale spécifiée, dérivée du coût de l’électricité consommée.

Portée et mise en œuvre

L’explication du budget du Trésor explainer indiquait que la nouvelle règle vise à maîtriser l’industrie en pleine expansion. Conformément à la politique proposée, les entreprises minières doivent fournir des rapports détaillés sur leur consommation d’énergie, incluant le type et la quantité utilisée. Pour toute électricité achetée à l’extérieur, les sociétés doivent déclarer sa valeur associée. Dans les cas où la capacité de calcul a été louée, les parties concernées doivent déclarer la valeur de l’électricité consommée par l’entreprise bailleur attribuable à la capacité louée.  Ces informations serviront de base au calcul du coût de la taxe.
Les entreprises minières qui génèrent ou achètent de l’énergie hors réseau, par exemple à partir d’une installation de production électrique spécifique, seraient tenues de payer une taxe équivalente à 30 % des dépenses d’électricité prévues. Si elle est approuvée, la politique entrerait en vigueur pour les exercices fiscaux à partir de 2024 et serait déployée sur trois ans en phases, commençant par un taux de 10 % la première année, passant à 20 % la deuxième année, pour finalement atteindre 30 % par la suite. Le budget de l’exercice 2024 de Biden vise également à mettre fin à la « tax harvesting », où les investisseurs de niche bénéficient de subventions fiscales en vendant des cryptomonnaies à perte puis en les rachetant presque immédiatement. Cette modification serait mise en œuvre en standardisant les règles anti-abus du code fiscal afin qu’elles s’appliquent aux actifs cryptographiques comme elles le font pour les actions et les titres, ce qui pourrait générer 24 milliards de dollars.

Spécificités et avancées de la législation minière étatique

Dans le même domaine, les autorités et les organisations faisant pression contre les opérations minières ont continué à plaider pour des mesures de réduction, notamment dans les régions où les entreprises minières se sont installées en masse. Cela a été déclenché par l’augmentation des plaintes concernant la pollution sonore et l’empreinte environnementale de la part des résidents vivant à proximité des installations.

Le comté de Buncombe en Caroline du Nord propose une interdiction minière d’un an

Le Citizen Times a rapporté mardi que les responsables de la Caroline du Nord cherchent à suspendre temporairement l’exploitation de cryptomonnaies dans le comté de Buncombe. À cette fin, le conseil des commissaires du comté de Buncombe a présenté un argument en vue d’imposer une norme d’utilisation des terres, applicable pendant douze mois.

Le média d’information WLOS 13 a indiqué que les responsables envisagent de désigner l’activité minière rendue possible par les fermes de serveurs comme une utilisation des terres spécifique, différente de l’activité minière liée aux applications de centres de données. La discussion soulevée lors de la réunion du 4 avril sera soumise à une audience publique dans trois semaines, le 2 mai. Les opérations minières basées sur un seul dispositif n’étaient pas incluses dans le champ de la proposition. Étant donné que la proposition était motivée par la nécessité d’élaborer des réglementations claires sans étouffer l’innovation, les restrictions implicites pourraient être suspendues si une résolution différente est envisagée.

L’État du Sud n’est pas la seule juridiction à envisager cette approche. Le gouverneur de l’État de New York a instauré une interdiction des opérations proof‑of‑work (PoW) en novembre 2022. La moratoire de deux ans a effectivement limité l’octroi de permis aux sociétés minières qui utilisent ce mécanisme de consensus.

Le projet de loi protégeant le droit d’extraire du Bitcoin en Arkansas attend l’approbation du gouverneur

En Arkansas, la législation visant à réserver le droit d’extraction a reçu le feu vert de la Chambre des représentants et du Sénat de l’État. Le projet de loi proposé, dont la ratification est largement considérée comme un pas dans la bonne direction en matière de régulation de l’industrie, a depuis été soumis au bureau du gouverneur. La signature de ce dernier fera entrer en vigueur la Arkansas Data Centers Act de 2023.  Ce texte complet est en partie motivé par la reconnaissance que l’exploitation crée des emplois et des sources de recettes fiscales, prouvant ainsi sa pertinence économique.

Les entreprises d’extraction de Bitcoin souhaitant opérer dans l’État doivent se conformer aux directives commerciales et aux politiques fiscales stipulées dans la législation. Celles-ci comprennent des ordonnances relatives aux opérations et à la sécurité, les règles ou tarifs des services publics, ainsi que les lois du travail étatiques et fédérales. Le projet de loi proposé impose également aux mineurs de respecter leurs taxes applicables et les obligations de frais imposés par le gouvernement.

En plus d’apporter de la clarté sur la définition des termes liés aux activités minières d’actifs numériques, le texte demande aux mineurs disposant d’installations dans l’État de mener des opérations qui ne surchargent pas le réseau électrique. La législation identifie les mineurs comme des opérateurs de ressources informatiques installées en un seul lieu et consommant plus d’un mégawatt (1 MW) par an pour générer des actifs numériques. Elle comprend également une disposition autorisant les mineurs individuels à installer des opérations domestiques conformément aux réglementations et tarifs des services publics.

Le comité sénatorial du Texas pousse pour un projet de loi visant à imposer un plafond arbitraire aux incitations des mineurs

Parallèlement au Texas, le Comité sénatorial du commerce et des affaires a adopté mardi une législation visant à imposer un plafond aux incitations dont bénéficient les mineurs opérant dans l’État. Le projet de loi sénatorial 1751, présenté par la sénatrice Lois Kolkhorst, concerne les entreprises minières participant à des programmes destinés à réduire la charge sur le réseau énergétique de l’État. Les législateurs se sont réunis lors d’un vote du 4 avril, approuvant à l’unanimité (10‑0) la progression du SB 1751 au Sénat de l’État.

La commission devra exiger que l’organisation indépendante certifiée en vertu de l’article 39.151 pour la région énergétique ERCOT veille à ce que tout programme de réponse à la demande exploité par l’organisation indépendante pour répondre aux urgences et offrant une compensation pour les réductions de charge soit ouvert à la participation d’une installation d’extraction de monnaie virtuelle enregistrée comme une charge flexible importante en vertu de l’article 39.360 uniquement si la demande anticipée prévue à l’article 39.360(b) pour toutes les installations de ce type participant au programme est inférieure à 10 % de la charge totale requise par toutes les charges du programme.

Après ce résultat incontesté, la législation visant à introduire des restrictions a été renvoyée à la chambre plénière, où son adoption par vote en séance verra son avancement vers la Chambre des représentants de l’État. Plusieurs groupes de défense, dont le Satoshi Action Fund, ont depuis exprimé leur désapprobation de la législation, arguant que sa mise en œuvre limiterait les avantages dont les mineurs de cryptomonnaies bénéficient grâce aux programmes de réponse à la demande. Le PDG du fonds, Dennis Porter, s’est opposé aux amendements, estimant qu’ils décourageraient effectivement les activités auparavant encouragées par l’environnement favorable et les tarifs d’électricité bas du Texas.
La nature réglementaire favorable de l’État a en partie contribué à attirer les entreprises minières, mais un amendement aux sections de ses services publics et du code fiscal pourrait supprimer une exonération sur les taxes d’État dès septembre. Les mineurs qui ont mis hors tension leurs installations pendant les périodes de forte demande énergétique de l’État gagnaient auparavant des crédits remboursables. Riot Platforms (RIOT ), l’une des entreprises bénéficiant de cet arrangement, a déclaré avoir accumulé des crédits de 21 millions de dollars entre janvier et septembre 2022. Le chiffre cumulé comprend 9,5 millions de dollars de crédits d’énergie pour juillet 2022, comme indiqué dans sa mise à jour opérationnelle du mois concerné.
L’année dernière, l’opérateur du réseau texan a commencé à ralentir les approbations de nouvelles installations alors que de nombreux mineurs manifestaient un intérêt actif pour la mise en place d’opérations. Les dernières modifications visent désormais à limiter la participation des mineurs aux programmes de réponse à la demande à un dixième de la participation totale.

Points de vue opposés sur l’interaction de l’exploitation minière avec le réseau électrique

La majorité des observateurs ont principalement exprimé leurs inquiétudes quant à l’avenir de ce secteur. Les experts de l’industrie, en revanche, estiment que les changements apportés à l’environnement réglementaire pourraient favoriser la concurrence. Cela contribuerait, à son tour, à garantir la santé du marché.

Il faut souligner que le Satoshi Action Fund n’est pas le seul groupe à avoir protesté contre le projet de loi. Le Texas Blockchain Council a invité les résidents à s’opposer à la nouvelle loi en faisant pression sur leurs représentants.  Riot Platforms a également exhorté les législateurs à s’opposer au texte présenté par un trio de sénateurs républicains de l’État, dont Kolkhorst, le qualifiant de malavisé. L’entreprise minière a soutenu que les modifications spécifiées dans le Texas Senate Bill 1751 rendraient finalement le réseau énergétique plus coûteux et moins fiable. Le vice‑président de la recherche a partagé dans un tweet que la législation proposée pourrait l’empêcher de contribuer à la croissance économique via ses programmes qui créent des emplois. Entre‑temps, la société a décidé de lancer des actions de communication pour encourager les représentants élus à s’opposer aux changements. La flotte de mineurs de Riot Platforms, composée de plus de 94 000 unités délivre une capacité de hachage de 10,5 exahash par seconde (EH/s) à la fin du premier trimestre.

Marathon Digital (MARA ) a également soutenu l’opposition du Texas Blockchain Council, mais le PDG Fred Thiel a confirmé que sa flotte ne serait pas autant affectée par la législation. Le mineur basé au Nevada ne participe pas activement aux programmes de réponse à la demande qui récompensent les entreprises pour leurs efforts de revendre de l’électricité au réseau pendant les périodes de forte demande. Les opérations de Marathon, soutenues par 11,5 EH/s de capacité de hachage au mois dernier, ne comprennent pas non plus d’abattements fiscaux significatifs. White Rock Management, une autre société opérant au Texas, a précisé qu’elle ne serait pas affectée non plus, car elle utilise du gaz naturel brûlé pour alimenter son exploitation hors réseau.

Canada et Russie : développements miniers hors des États‑Unis

Au Canada, la Colombie‑Britannique a imposé une interdiction temporaire de l’exploitation de cryptomonnaies vers la fin de l’année dernière. La province canadienne a partagé dans un déclaration de décembre qu’elle n’intégrera plus de nouveaux mineurs de cryptomonnaies au réseau énergétique.  BC Hydro, la société d’électricité soutenue par le gouvernement, a été chargée de faire appliquer la politique de 18 mois. Les restrictions dans la province sont survenues à la suite de remarques critiques du ministre de l’Énergie, Josie Osborne, qui a décrié l’exploitation minière. En plus de la consommation énergétique importante, Osborne a critiqué l’industrie en raison de son impact limité en matière de création d’emplois. D’autres provinces canadiennes comme le Québec ont adopté des mesures restrictives similaires contre l’activité minière.
En Europe, la Russie a récemment imposé de lourdes sanctions aux entités non conformes aux exigences de déclaration. Le gouvernement russe a instauré des exigences strictes de reporting pour les mineurs de cryptomonnaies, ainsi que des sanctions sévères pour ceux qui ne s’y conforment pas. Les médias locaux ont rapporté début mars que toutes les entités exploitant des actifs numériques doivent déclarer leurs revenus sous peine de jusqu’à quatre ans de prison et de travail forcé. Elles doivent également fournir des informations détaillées sur leurs transactions, y compris les adresses de portefeuille, et déclarer leurs gains et dépenses. Les conséquences du non‑respect de ces réglementations varient en fonction des revenus perçus.
Le fait de ne pas déclarer un revenu d’environ 200 000 $ à deux reprises sur une période de trois ans entraîne une peine d’emprisonnement de deux ans. Les mineurs qui gagnent plus de 600 000 $ et ne déclarent pas ces revenus feront face à des sanctions encore plus sévères, incluant jusqu’à quatre ans de prison et de travail forcé pour la même durée. L’ordre du sous‑ministre des Finances Alexei Moiseev laisse entendre qu’un cadre réglementaire renouvelé devrait arriver bientôt et introduira des exigences d’enregistrement pour les plateformes d’échange de cryptomonnaies. Les parties minières qui ne se conforment pas au cadre risquent une peine de sept ans de prison. (SOMN )

Sam est un spécialiste de contenu financier avec un intérêt aigu pour l'espace blockchain. Il a travaillé avec plusieurs entreprises et médias dans les domaines de la finance et de la cybersécurité.