Entretiens
Mark Medum Bundegaard, Chief Product Officer chez Partisia – Série d’interviews

Mark Medum Bundegaard, Chief Product Officer chez Partisia, est un leader technologique et produit spécialisé dans les technologies renforçant la confidentialité, l’architecture blockchain et l’apprentissage automatique sécurisé. Il dirige la vision produit et la feuille de route de Partisia, travaillant avec les équipes d’ingénierie, de design et commerciales pour fournir des plateformes basées sur le calcul multipartite sécurisé et une infrastructure quantique‑sécurisée. Son parcours comprend des postes de direction dans la banque, les télécommunications, les médias et les startups, avec une expertise approfondie des systèmes cloud‑native, de l’architecture distribuée et de l’IA appliquée, ainsi qu’une expérience de gestion d’opérations à grande échelle comme le festival de musique Copenhell au Danemark.
Partisia est une société de logiciels axée sur la cryptographie qui développe une infrastructure pour la collaboration de données préservant la confidentialité. Sa plateforme permet aux organisations de calculer sur des données chiffrées en utilisant le calcul multipartite sécurisé combiné à l’orchestration blockchain, générant des insights sans exposer d’informations sensibles. En prenant en charge l’informatique confidentielle, l’identité décentralisée et l’apprentissage automatique centré sur la confidentialité, Partisia aide les entreprises à exploiter la valeur des données tout en maintenant la conformité, la sécurité et la souveraineté des données dans des secteurs tels que la finance, la santé et l’infrastructure numérique.
Le récent rapport conjoint d’Europol présente la cryptographie post‑quantique (PQC) — un chiffrement conçu pour rester sécurisé même lorsque les ordinateurs quantiques pourront casser les normes actuelles — comme une transition à long terme, basée sur le risque, plutôt qu’un remplacement ponctuel d’algorithme. D’après ce que vous observez dans les institutions financières, où se situe le plus grand écart entre la reconnaissance du risque quantique et la capacité d’agir concrètement ?
L’écart le plus important aujourd’hui est la visibilité. La plupart des institutions financières n’ont pas encore de « cryptographic bill of materials » complet — c’est‑à‑dire un inventaire clair de l’endroit où la cryptographie est utilisée, quels algorithmes protègent quels actifs, et pendant combien de temps ces actifs doivent rester sécurisés.
Sans cette base, il est difficile de prioriser la migration. Même lorsque la visibilité s’améliore, remplacer la cryptographie dans les systèmes hérités et réglementés est un processus lent impliquant logiciels, matériel, certifications et changements opérationnels. Le défi n’est pas de reconnaître le risque, mais de traduire cette prise de conscience en une feuille de route de migration actionable.
Le rapport indique que de nombreuses organisations ne disposent pas d’un inventaire complet de leur cryptographie, ce qui signifie qu’elles ne savent pas exactement où le chiffrement est utilisé dans les applications, les flux de données et l’infrastructure. Pourquoi cette visibilité reste‑t-elle si limitée dans les grandes institutions financières, et quelles sont les solutions les plus pratiques pour y remédier ?
Les systèmes modernes sont composés de nombreux éléments logiciels et sous‑systèmes interconnectés qui ont été développés indépendamment, à des moments différents et par des acteurs différents. Il est souvent difficile d’obtenir une vue d’ensemble complète des logiciels utilisés, sans parler des algorithmes employés. Il n’existe probablement pas de solution « taille unique ».
Cependant, les entreprises qui disposent déjà d’une vue d’ensemble de leurs logiciels sont probablement mieux placées. Il en va de même pour le matériel : la plupart des banques utilisent encore des clés de chiffrement fournies via des HSM, ce qui crée une chaîne de dépendance depuis l’application jusqu’au matériel en fonctionnement. Lorsque l’essor du cloud a touché le secteur financier, cela a simplifié de nombreux aspects, mais obtenir la visibilité adéquate sur les services est devenu plus difficile. Ainsi, pour l’instant, de nombreuses institutions travaillent, dans le cadre de la migration vers les normes PQC, à créer une vue complète des clés.
Vous avez souligné que la préparation au PQC est souvent freinée par des problèmes de propriété et de gouvernance plutôt que par le choix cryptographique lui‑même. Comment des responsabilités floues entre les équipes de sécurité, IT et produit se transforment‑elles en un risque réel de sécurité et de conformité à long terme ?
La cryptographie se situe à l’intersection de la sécurité, de l’infrastructure et du développement d’applications. Lorsque la responsabilité n’est pas clairement définie, les efforts de migration s’arrêtent — non pas parce que les algorithmes sont inconnus, mais parce qu’aucune équipe n’a le mandat ou la visibilité nécessaires pour piloter la transition.
À long terme, cela crée un risque systémique. Les systèmes restent dépendants de la cryptographie héritée plus longtemps que prévu, augmentant l’exposition et rendant la migration éventuelle plus complexe, coûteuse et perturbatrice.
La crypto‑agilité — la capacité de remplacer ou de mettre à jour les algorithmes cryptographiques sans reconstruire l’ensemble des systèmes — est souvent citée comme essentielle pour la préparation au PQC. Comment le manque de crypto‑agilité augmente‑t‑il le verrouillage, la dette technique et les coûts futurs de mise à niveau pour les institutions financières ?
La crypto‑agilité détermine si les composants cryptographiques peuvent être remplacés sans redessiner l’ensemble des systèmes. Lorsque la cryptographie est profondément intégrée à la logique applicative ou à l’infrastructure, son remplacement devient coûteux et risqué sur le plan opérationnel.
Les institutions qui instaurent dès maintenant l’agilité pourront migrer de façon incrémentale. Celles qui ne le font pas pourraient être confrontées à des migrations à grande échelle et perturbatrices plus tard, notamment à mesure que les normes et les attentes réglementaires évoluent.
De votre point de vue chez Partisia, opérant au niveau cryptographique et d’infrastructure des systèmes réglementés, quels types de plateformes héritées ou de modèles architecturaux sont les plus difficiles à préparer pour le PQC, et pourquoi ?
Les systèmes hautement réglementés sont souvent les plus difficiles à mettre à jour. C’est intentionnel — ces systèmes sont conçus pour la stabilité et la garantie, pas pour le changement rapide.
Les faire passer au PQC nécessite plus que la mise à jour des algorithmes. Cela implique des mises à jour logicielles, le support matériel, la recertification et la validation opérationnelle. Ces contraintes rendent la planification précoce indispensable, les calendriers de migration étant mesurés en années, pas en mois.
Une recommandation clé du rapport est que les organisations évaluent la durée pendant laquelle différents actifs de données doivent rester sécurisés — par exemple, si des données financières ou personnelles sensibles doivent rester confidentielles pendant des années ou des décennies. Comment les institutions devraient‑elles évaluer de façon réaliste la « durée de vie » cryptographique lors de la planification de la migration vers le PQC ?
Les institutions doivent évaluer pendant combien de temps des données spécifiques doivent rester confidentielles et quelles seraient les conséquences si elles étaient exposées à l’avenir.
Certaines données, comme les relevés de transaction ou les informations financières personnelles, peuvent nécessiter une protection pendant des décennies. Cela les rend vulnérables aux scénarios « collecter maintenant, déchiffrer plus tard », où les données chiffrées sont collectées aujourd’hui et déchiffrées une fois les capacités quantiques matures. Comprendre ces échéances est essentiel pour prioriser la migration.
De nombreuses équipes supposent que le travail sur le PQC ne commence que lorsque les normes finales sont entièrement établies, pourtant le rapport suggère que la préparation doit intervenir plus tôt. Au cours des 12 à 24 prochains mois, quelles actions concrètes les équipes de sécurité et d’architecture devraient‑elles prioriser avant le début des migrations à grande échelle ?
La première étape la plus importante consiste à établir un inventaire complet de l’utilisation de la cryptographie — comprendre où la cryptographie est employée, comment elle est implémentée et quels systèmes en dépendent.
Cette visibilité permet aux institutions d’identifier les systèmes à haut risque et de commencer à concevoir des architectures crypto‑agiles qui soutiennent les futures transitions d’algorithmes sans perturbation à grande échelle.
Il existe encore la conviction que retarder la planification du PQC permet d’économiser de l’argent jusqu’à ce que les menaces quantiques deviennent plus immédiates. D’après ce que vous observez en pratique, comment le report augmente‑t‑il réellement les coûts futurs, la complexité opérationnelle et l’exposition aux risques ?
Bonne question. Retarder la préparation n’élimine pas le travail de migration — il le compresse dans un délai plus court. Les systèmes déployés aujourd’hui peuvent rester en service pendant des décennies, ce qui signifie que les décisions prises maintenant déterminent l’exposition aux risques futurs.
Une préparation précoce permet aux institutions d’intégrer la crypto‑agilité dans les cycles de mise à jour normaux. Attendre trop longtemps peut nécessiter des migrations coûteuses et urgentes sous la pression réglementaire ou des menaces.
Vous avez travaillé sur des systèmes cloud‑native, des infrastructures blockchain et des technologies de préservation de la confidentialité telles que le calcul multipartite sécurisé, qui permet de traiter des données sans les révéler. En quoi la planification du PQC diffère‑t‑elle dans ces environnements distribués ou axés sur la confidentialité par rapport aux systèmes financiers traditionnels centralisés ?
À un niveau fondamental, le défi est le même : identifier où la cryptographie est utilisée et s’assurer qu’elle peut être remplacée en toute sécurité. Que le système soit centralisé ou distribué, sa sécurité dépend en fin de compte de la robustesse et du cycle de vie de ses primitives cryptographiques.
La principale différence réside dans la visibilité architecturale. Les systèmes distribués et axés sur la cryptographie ont souvent des frontières plus claires autour de l’utilisation et de la vérification des clés, ce qui peut faciliter l’identification des dépendances. Mais la tâche principale — obtenir de la visibilité, planifier la migration et garantir la crypto‑agilité — reste la même dans les deux environnements.
En regardant vers l’avenir, pensez‑vous que la préparation au PQC deviendra une norme de conformité réglementaire, ou pourrait‑elle évoluer en un différenciateur concurrentiel basé sur la confiance pour les institutions financières — et quels signaux précoces les investisseurs et les leaders technologiques devraient‑ils surveiller ?
À court terme, le PQC deviendra probablement une composante des attentes de sécurité et réglementaires en évolution, plutôt qu’une exigence de conformité autonome.
À long terme, les institutions qui démontrent une forte résilience cryptographique et une protection des données à long terme disposeront d’un avantage de confiance. Les investisseurs et les régulateurs portent une attention croissante aux risques d’infrastructure, et la préparation cryptographique devient partie intégrante de cette conversation plus large sur la résilience.
Merci pour cette excellente interview, les lecteurs qui souhaitent en savoir plus devraient visiter Partisia.












