Mouvements de marché
Investir au‑delà des États‑Unis : 5 actions technologiques asiatiques à surveiller (2026)

Se diriger vers l’Est
Pendant près de deux décennies, le marché boursier américain était le lieu incontournable, tant pour les investisseurs nationaux que étrangers. Ce n’est pas un phénomène nouveau, la fortune d’investissement des États‑Unis par rapport au reste du monde évoluant souvent selon des cycles très longs de plusieurs années ou décennies.

Source: LongTermTrends
Alors que les marchés américains continuent de grimper, beaucoup se demandent quand un retour vers d’autres régions serait le plus judicieux, les pessimistes s’étant jusqu’ici révélés erronés, ou peut‑être simplement trop tôt.
Et il semble effectivement que se tourner vers d’autres marchés hors des États‑Unis puisse avoir du sens. En plus de la possibilité d’un retournement du cycle, la montée des tensions géopolitiques, la dé‑globalisation à plein régime et un choc économique important provoqué par les tarifs de Trump pourraient tous contribuer à un ralentissement de l’économie et des marchés financiers.
Parallèlement, l’Asie dans son ensemble continue de prospérer, l’Asie du Sud‑Est s’industrialise rapidement. Alors que la région de 700 millions d’habitants suit la trajectoire déjà empruntée par la Chine, cela pourrait en faire le centre économique mondial, après cinq siècles de domination occidentale.
Si tel est le cas, les investisseurs pourraient souhaiter se positionner tôt dans des entreprises technologiques locales qui détiennent une forte emprise sur les marchés consommateurs de la région, ou qui possèdent un avantage concurrentiel unique dans leur créneau.
1. Alibaba
(BABA )
Le géant chinois du commerce électronique n’est pas seulement une force avec laquelle il faut compter en Chine grâce à ses sites Taobao & Tmall (vente au détail) et 1688 (grossiste), et est également de l’Europe plus grande place de marché en ligne depuis 2023.
Sa présence internationale comprend le commerce de gros (Alibaba), le détail (AliExpress) et de grands sites de commerce électronique régionaux comme Lazada actifs en Asie du Sud‑Est (part de marché de 16,4 %).

Source: Alibaba
En s’inspirant du modèle d’Amazon, Alibaba est également un acteur majeur du cloud computing, détenant une part du marché chinois du cloud supérieure à celle de ses deux prochains concurrents réunis, les géants technologiques Huawei et Tencent.

Source: Jeff Townson
Pour soutenir ses autres activités et augmenter ses bénéfices, Alibaba exploite également une branche logistique appelée Cainiao et détient 33 % d’Ant Group, l’ancienne division de financement/banque d’Alibaba.
Ant Group comprend le très populaire système de paiement Alipay, ainsi que diverses solutions intégrées à quelques super‑applications pour des services aussi variés que la banque en ligne, les applications de gestion de patrimoine, l’assurance, les prêts, la livraison de nourriture et de médicaments, les services gouvernementaux, la mobilité, etc.

Source: Medium
Alibaba est également à la pointe de la création d’un écosystème d’IA open‑source chinois, avec la communauté ModelScope (lancée en 2022), la plus grande en Chine, utilisant 2 300 modèles d’IA, basée sur l’initiative « Model‑as‑a‑Service » d’Alibaba.
Avec ModelScope, nous visons à simplifier et réduire le coût de développement, de personnalisation et de déploiement des modèles d’IA pour les développeurs et les entreprises, permettant ainsi la création d’applications d’IA révolutionnaires ayant un impact positif sur la société.
Par exemple, FaceChain, une application tierce basée sur plusieurs modèles d’IA sur ModelScope, peut générer un portrait à partir d’une ou deux photos téléchargées. Nous avons utilisé ce modèle pour aider certains aînés en Chine à créer des portraits numériques, ce qui les a enchantés.
Zhou Jingren – CTO d’Alibaba Cloud
Alibaba possède également son propre LLM IA (Large Language Model, comme ChatGPT), Qwen. Alibaba a également annoncé en février 2025 un investissement de 53 milliards de dollars sur trois ans pour faire progresser son infrastructure de cloud computing et d’IA, ce qui a été décrit comme une démarche « All In AI ».
Dans l’ensemble, Alibaba est l’une des entreprises technologiques dominantes de Chine, bien qu’elle subisse la pression de concurrents technologiques agressifs comme Temu, Tencent et Huawei, voire de nouveaux entrants comme la société d’IA DeepSeek.
Elle se porte néanmoins bien dans cet environnement très concurrentiel, grâce à une position solide dans le commerce électronique, le cloud computing et l’IA. En tant que marque internationale bien connue et action cotée directement aux États‑Unis, elle constitue également un moyen facile pour les investisseurs occidentaux d’obtenir une exposition au secteur technologique chinois.
(Vous pouvez lire plus de détails sur l’histoire et les activités d’Alibaba dans notre article dédié)
2. TSMC
(TSM )
Bien avant l’ascension de la Chine en tant que titan économique et technologique, la petite île de Taïwan est devenue le centre de l’industrie mondiale des semi-conducteurs. Et cela est en grande partie l’œuvre de TSMC, la plus grande entreprise de puces et de semi-conducteurs au monde.
TSMC est le partenaire de référence pour les services de fabrication des producteurs de puces « fabless », y compris les chouchous du marché comme Nvidia.
En permettant à ces concepteurs de puces de conserver leurs propres conceptions (contrairement à des entreprises comme Intel, par exemple), TSMC a commencé à remporter davantage de contrats et à bâtir les plus grandes économies d’échelle et l’expertise technique du secteur.
Aujourd’hui, TSMC génère plus de la moitié du chiffre d’affaires de l’ensemble de l’industrie des fonderies de semi-conducteurs, avec presque quatre fois les revenus du deuxième, Samsung.

Source: Eric Flaningam
Une raison clé de la part massive des revenus de TSMC est que l’entreprise est la meilleure au monde pour produire les conceptions de puces les plus avancées. Récemment, cela signifie principalement l’utilisation de machines EUV (Extreme UltraViolet) fabriquées par ASML.
Aujourd’hui, l’entreprise est leader sur le nœud le plus avancé, le 3 nm, et le prochain 2 nm est encore plus demandé, prévu pour être plus grand que les 5 nm et 3 nm combinés. La production en série du nœud 2 nm de TSMC devrait débuter en 2025. Elle sera probablement en concurrence serrée avec Samsung, qui a également commencé à préparer des lignes de production 2 nm et 1,4 nm.
Alors que Taïwan se trouve au cœur des arguments géopolitiques entre la Chine et les États‑Unis, cette action pourrait être vulnérable si la situation dégénère en une invasion totale de Taïwan. En même temps, un tel risque aurait probablement des conséquences si larges que TSMC ne serait pas la seule entreprise affectée.
TSMC cherche également à gagner les faveurs des États‑Unis et à réduire les risques en construisant des fonderies de semi-conducteurs en Arizona. Après un démarrage lent, la première production à grande échelle devrait commencer en 2025 pour la première fabrique, et le rendement de production (l’efficacité des puces correctement gravées, un indicateur clé du secteur) est désormais supérieur à Phoenix qu’à Taïwan.
(Vous pouvez lire plus de détails sur l’histoire et les activités de TSMC dans notre article dédié)
3. SEA
(SE )
Alors que les entreprises de commerce électronique chinoises et occidentales ont une présence sur les marchés d’Asie du Sud‑Est, toutes peinent à suivre l’acteur local dominant : SEA.
L’entreprise a débuté dans l’industrie du jeu vidéo et reste une société importante dans ce secteur grâce à sa branche Garena. À ce jour, la partie « divertissement numérique » de SEA est le principal moteur de profit, représentant les deux tiers du total EBITDA.
Cependant, c’est Shopee, sa plateforme de commerce électronique lancée en 2015, qui constitue aujourd’hui le cœur de l’entreprise, car c’est là que la majeure partie de la croissance future devrait provenir.
Elle a également ajouté à son arsenal SEAMoney, une branche FinTech proposant des paiements numériques et des services financiers, tels que les portefeuilles mobiles, les prêts, les paiements en ligne, le traitement des paiements, etc.

Source: SEA
Le segment du commerce électronique domine positivement la concurrence en Asie du Sud‑Est, avec un GMV (Valeur Brute des Marchandises) supérieur à celui des trois prochaines plateformes de commerce électronique combinées, dont Lazada soutenu par Alibaba et TikTok.

Source: FintechNews
SEA profite de la croissance explosive combinée de l’entreprise et de son renforcement de position dominante, ainsi que de l’explosion du commerce électronique dans une région qui, jusqu’à récemment, disposait d’un accès Internet et d’une infrastructure médiocres.
Les pays d’Asie du Sud‑Est ont souvent affiché un taux de croissance supérieur à 5 % ces dernières années et s’industrialisent rapidement. La région bénéficie de sa proximité avec la Chine, ainsi que de l’externalisation de certaines industries manufacturières hors de Chine, favorisant l’industrialisation et une intégration plus profonde aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
Cela a permis à l’entreprise de multiplier son GMV par un facteur impressionnant de 73 entre 2016 et 2023.

Source: ECBD
La même opportunité que SEA a saisie dans le commerce électronique, elle tente maintenant de capter dans les services financiers. Comme plus de la moitié de la population de la région est non bancarisée ou sous‑bancarisée, cela représente un marché massif sans attachement à la banque traditionnelle, qui devient également plus riche à mesure que la région se développe.

Source: Business Insider
Comme pour d’autres entreprises FinTech, la capacité à surpasser les banques traditionnelles constitue également un avantage concurrentiel fort.
Dominic, étudiant : J’avais l’habitude de payer mes achats en ligne par virement bancaire, ce qui prenait généralement environ trois jours avant de recevoir un message de confirmation. Mais avec ShopeePay, je reçois la confirmation en seulement dix minutes !
Vy, jeune professionnel : Je n’ai plus besoin de me rendre aux guichets pour payer mes factures ou d’attendre en ligne pour acheter des billets de cinéma. Cette application rend ma vie beaucoup plus facile.
Témoignages Sea Money
Les offres financières sont en train de devenir un autre générateur de profit pour SEA en plus de l’activité de jeux. Parallèlement, le segment du commerce électronique continue de croître à un taux à deux chiffres, avec ses bénéfices (temporairement ?) faibles reproduisant la même situation qui a duré des années chez Amazon.
(Vous pouvez lire plus de détails sur l’histoire et les activités de SEA dans notre article dédié)
4. Sony
(SONY )
Sony est depuis des décennies l’une des principales marques japonaises d’électronique grand public. Des premiers radios et magnétoscopes, elle est devenue un nom familier mondial avec des produits comme le premier Walkman, co‑inventeur du CD, et le lancement de la PlayStation en 1994.

Source: Sony
Aujourd’hui, Sony reste un géant du jeu sur console avec 75 millions d’unités de la PlayStation 5 vendues à ce jour, et 129 millions d’utilisateurs actifs mensuels (MAU) du PlayStation Network au 31 décembre 2024.
Bien qu’une PlayStation 6 soit évoquée, elle ne devrait pas atteindre les joueurs avant 2027, ce qui pourrait marquer le début d’un affaiblissement de la position de la PlayStation 5 d’ici là.

Source: PlayStation
Sony est également un important producteur de contenu, avec des IP de jeux vidéo (Horizon, Ghost of Tsushima ou The Last of Us), un label musical (Usher, Whitney Houston, Bob Dylan) et Sony Pictures Studios (Ghostbusters, Jumanji, Men in Black, Spider‑Man).

Source: Sony
Moins connu du grand public, la présence très forte de Sony sur le marché des capteurs d’image. Sony contrôle 42 % du marché CIS (Capteur d’Image CMOS, où CIS signifie Complementary Metal‑Oxide Semiconductor).

Source: Edge Vision
Ce marché devrait continuer de croître à un TCAC de 5,1 % jusqu’en 2028, notamment dans le segment automobile (TCAC de 8,8 %), la sécurité (17,6 %) et l’industriel (8,2 %). À mesure que la vision industrielle se combine à l’IA de l’informatique en périphérie, il est probable que la demande soit de plus en plus tirée par les drones et les véhicules autonomes (ou les armes), ainsi que par les systèmes robotiques.

Source: Sony
Dans l’ensemble, Sony est une marque bien connue avec une réputation massive dans l’industrie du divertissement (jeux vidéo, musique, films) et une activité tout aussi solide en tant que fabricant de matériel de semi‑conducteurs (capteurs d’image et consoles de jeu). En tant qu’entreprise japonaise, elle est également moins exposée aux risques internationaux que les sociétés chinoises ou taïwanaises.
5. Jinko Solar
(JKS )
Alors que le solaire devient lentement la forme dominante de nouvelle production d’énergie ajoutée à notre système électrique, la Chine domine l’industrie.
Ce qui a commencé comme une industrie relativement subventionnée se tient désormais de façon autonome grâce à l’expérience du secteur, aux investissements à long terme et aux économies d’échelle, tandis que tous les autres pays peinent à reproduire ne serait‑ce qu’une partie de l’industrie solaire du pays.
Jinko Solar a été un leader dans la promotion de la domination de la Chine sur la fabrication de panneaux solaires, notamment avec les panneaux avancés de type N affichant des rendements allant de 27 % à 33,84 % (tandem silicium‑pérovskite).
Jinko a été le numéro 1 mondial en expéditions annuelles de modules pendant six des dix dernières années, ayant livré plus de 300 GW de capacité solaire depuis sa création, le premier fabricant au monde à atteindre ces chiffres. Les expéditions pour 2025 devraient se situer entre 85,0 et 100,0 GW.

Source: Jinko Solar
Jinko Solar a été un innovateur dans le secteur, pionnier des conceptions à demi‑cellule qui réduisent les pertes internes d’un panneau.

Source: Jinko Solar
Elle est également leader des panneaux bifaciaux, un nouveau type de conception souvent installé verticalement pour produire davantage d’énergie de manière plus uniforme durant la journée (notamment lorsqu’ils sont orientés est‑ouest), générant jusqu’à 20 % d’énergie supplémentaire.
Comme les réseaux électriques sont quelque peu saturés à midi en raison de l’excès d’énergie solaire, et sous‑approvisionnés à l’aube et au crépuscule, cela pourrait devenir une tendance croissante pour les fermes solaires à l’échelle des services publics afin d’aplanir la courbe de production quotidienne.

Source: Jinko Solar
Jinko n’est que modérément exposé au marché américain, avec seulement 8 % de ses panneaux destinés à l’Amérique du Nord. Ainsi, même les tarifs massifs à quatre chiffres récemment imposés aux panneaux solaires asiatiques par l’administration Trump ne devraient pas avoir beaucoup d’impact.

Source: Jinko Solar
Alors que les prix des panneaux solaires ont baissé et qu’une guerre des prix intense a éclaté entre les fabricants chinois, Jinko Solar a vu son bénéfice chuter à presque zéro en 2024.
Note sur les actions chinoises cotées aux États‑Unis
Les actions des entreprises chinoises ont souvent des structures complexes, en raison de lois chinoises interdisant techniquement la propriété étrangère. Parallèlement, les entreprises chinoises (et le gouvernement chinois) sont désireuses de lever des capitaux à l’étranger pour financer la croissance de l’économie du pays et de ses sociétés.
Un compromis a été trouvé avec la structure VIE (Variable Interest Entity). Souvent basées aux îles Caïmans ou directement aux États‑Unis, ces structures d’entreprise ont un contrat avec l’entité mère (par exemple, Alibaba en Chine), garantissant une partie des bénéfices de la « vraie société », reproduisant la propriété, mais sans propriété « réelle » directe.

Source: Corporate Finance Institute
Cette structure est légale, mais intrinsèquement moins sûre qu’une cotation directe. Elle est également vulnérable aux tempêtes géopolitiques, la radiation des entreprises chinoises étant une menace régulièrement évoquée par les responsables américains.
Ainsi, les investisseurs en actions chinoises devraient prendre ce risque en compte lorsqu’ils envisagent d’investir dans ces sociétés, et peut‑être également considérer des entreprises non chinoises.











