Informatique
De l’IA à la RA – La technologie disruptive est omniprésente aux Jeux Olympiques

Les Jeux olympiques sont l’un des grands rendez-vous qui réunissent des athlètes et des publics du monde entier. Pour Paris 2024, environ 10 500 athlètes étaient attendus, représentant 206 délégations, dont l’équipe olympique des réfugiés et les athlètes individuels neutres . Les Jeux se déroulaient du 26 juillet au 11 août. Un siècle plus tôt, l’édition parisienne de 1924 avait réuni plus de 3 000 athlètes.
L’influence des Jeux dépasse les compétitions, les loisirs et le divertissement. Leur organisation met aussi en lumière des valeurs sociales et des innovations technologiques.
Accueillir autant de participants et coordonner les sites, les transports et les services nécessite des moyens techniques importants. Les organisateurs s’appuient depuis longtemps sur de nouvelles technologies ; Paris 2024 en offre plusieurs exemples.
Examinons cinq domaines dans lesquels ces innovations peuvent également trouver des applications au-delà des Jeux.
Transports à hydrogène : réduire les émissions à l’échappement

Toyota, partenaire mondial des Jeux, avait annoncé la fourniture de 500 Mirai à pile à combustible à hydrogène. Leur fonctionnement produit de l’électricité et de l’eau, sans émissions de CO₂ à l’échappement.
Dans la pile à combustible, l’hydrogène réagit avec l’oxygène de l’air pour produire l’électricité qui alimente le moteur. Le bilan climatique dépend toutefois de la production de l’hydrogène, de son transport et de la fabrication du véhicule.
L’absence de CO₂ à l’échappement s’inscrit dans les objectifs de mobilité à faibles émissions , sans signifier que l’ensemble du cycle de vie est exempt d’émissions.
La Mirai possède trois réservoirs d’hydrogène à haute pression, renforcés de fibres de carbone. Leur conception et leurs essais répondent à des exigences de sécurité, notamment celles du règlement technique mondial no 13.
Les performances restent un facteur important pour les véhicules officiels. Les versions américaines de la Mirai 2024 affichaient une autonomie estimée par l’EPA de 402 miles, soit environ 647 km, pour la XLE, et de 357 miles, soit environ 575 km, pour la Limited. Ces chiffres ne décrivent pas nécessairement les versions françaises ni l’autonomie dans toutes les conditions.
Le programme de mobilité ne se limitait pas aux Mirai. Yoshihiro Nakata, président-directeur général de Toyota Motor Europe, présentait ainsi la vision du groupe (TM ) :
« Lorsque tout le monde est libre de se déplacer, nous nous rapprochons d’une société inclusive et durable en faveur de laquelle Toyota s’engage. C’est ce que « Mobility for All » signifie pour nous chez Toyota. Nous partageons cette vision avec le CIO et l’IPC. Nous voulons soutenir les athlètes qui consacrent leur vie au sport et éliminer les obstacles à l’exercice de leur liberté de mouvement. »
Toyota souhaitait contribuer à l’héritage de mobilité des Jeux et à l’objectif de Paris 2024 de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la moyenne des éditions de Londres 2012 et de Rio 2016.
Le groupe annonçait plus de 2 650 véhicules électrifiés de transport de personnes, dont 150 accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Environ 60 % devaient être sans émissions à l’échappement : véhicules électriques à batterie, notamment bZ4X, Proace, Proace Verso et Lexus RZ, et véhicules à pile à combustible comme la Mirai. « Électrifié » inclut aussi les hybrides, qui ne sont pas tous sans émissions à l’échappement.
Après les Jeux, Toyota prévoyait d’intégrer les 500 Mirai à la flotte parisienne de taxis à hydrogène, pour porter celle-ci à environ 1 500 véhicules.
Le programme comprenait également des applications de piles à combustible dans des camions développés avec des partenaires et des chariots élévateurs de Toyota Material Handling.
Les Jeux servaient ainsi de démonstration à plusieurs solutions de mobilité, dont la pérennité dépend aussi des infrastructures, des coûts et de leur utilisation après l’événement.
Tony Estanguet, président du comité d’organisation de Paris 2024, soulignait lui aussi l’importance de ce partenariat :
« Travailler avec Toyota en tant que partenaire mondial de mobilité des Jeux de Paris 2024 nous permet d’agir en faveur d’une mobilité plus accessible et inclusive. Et également plus responsable, alors que nous nous concentrons sur notre objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % pour les Jeux de Paris 2024, comparé aux éditions précédentes. À cette fin, l’approche innovante de Toyota aux nouvelles technologies est essentielle. À moins d’un an de l’événement d’une nouvelle ère, notre collaboration avec Toyota se concrétise chaque jour davantage, et nous en sommes très heureux. »
La sécurité constituait un autre défi majeur pour un événement accueillant des athlètes, des visiteurs, des délégations et de nombreux intervenants. Elle s’appuyait également sur de nouveaux outils.
Vidéosurveillance algorithmique : des dispositifs expérimentaux encadrés
La France avait prévu une expérimentation de vidéosurveillance algorithmique pour les Jeux. Un premier essai en conditions réelles a eu lieu lors du concert de Depeche Mode du 5 mars 2024 à Paris, avec une analyse automatisée des images . Ce test ne constituait pas à lui seul une preuve d’efficacité générale.
La loi du 19 mai 2023 autorisait temporairement ces traitements pour détecter des événements prédéfinis lors de grandes manifestations exposées à des risques de sécurité. Le cadre initial prévoyait une expérimentation jusqu’au 31 mars 2025, et ne se limitait pas aux seuls Jeux.
Videtics, Orange Business, ChapsVision et Wintics figuraient parmi les entreprises retenues pour fournir des logiciels analysant les images des systèmes de vidéoprotection.
Huit catégories étaient prévues : objets abandonnés, armes, circulation à contresens, présence ou franchissement dans une zone interdite, personne au sol après une chute, mouvement de foule, densité excessive et départ de feu.
Les paramètres de détection pouvaient être adaptés au contexte. Les alertes étaient destinées à des agents habilités, chargés de les vérifier avant une éventuelle intervention ; elles ne constituaient pas une décision automatique contre une personne.
Police, secours et services de sécurité des transports pouvaient utiliser ces outils dans les conditions autorisées. La reconnaissance faciale et l’identification biométrique étaient exclues. Ces garanties limitaient les risques sans supprimer tous les enjeux de protection de la vie privée.
Matthias Houllier, cofondateur de Wintics, résumait ainsi la conception des algorithmes de son entreprise :
« Il n’existe aucune méthode d’identification personnelle dans nos algorithmes. C’est techniquement exclu. »
Un dispositif d’évaluation accompagnait l’expérimentation, tandis que la CNIL assurait un rôle distinct de supervision et de contrôle du respect des règles de protection des données.
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Traduction assistée par l’IA : faciliter les échanges entre langues
Le CIO a présenté en avril 2024 son Agenda olympique de l’IA. Ses cinq axes portent sur le soutien aux athlètes, une compétition propre et un sport sûr ; l’égalité d’accès aux bénéfices de l’IA ; l’optimisation des Jeux avec un objectif de durabilité ; les relations avec le public ; et l’efficacité de la gestion du CIO et du sport. Il s’agit d’une stratégie, pas d’une liste de fonctions toutes opérationnelles à Paris.
La communication est l’une des applications envisagées. L’utilisation de l’IA dans l’organisation sportive peut notamment aider à transcrire des réunions, traduire des documents et organiser les contrats et les archives.
Pour les voyageurs, Île-de-France Mobilités avait annoncé le déploiement de Tradivia sur les tablettes de 3 300 agents de la RATP pendant les Jeux, afin de faciliter les échanges dans les stations.
Développé par la RATP, Tradivia permet la traduction de texte et de parole. Le décompte officiel de 17 langues inclut le français en mode accessibilité et deux variantes d’anglais ; les premiers articles évoquaient aussi le français et 16 autres langues. Le mandarin, l’arabe et le coréen font partie des langues proposées.
Grégoire de Lasteyrie, élu d’Île-de-France Mobilités, expliquait l’objectif de l’accueil multilingue :
« Nous accueillerons des visiteurs du monde entier… Il est important de leur fournir les bonnes informations. Pouvoir leur parler dans le plus grand nombre de langues possible et les aider à se repérer à Paris est extrêmement important. »
Ces outils pouvaient également faciliter le travail des agents. Raphaël Gassette, agent du métro parisien, décrivait ainsi son expérience :
« Nous n’avons plus cette crainte de penser « oh non, nous ne nous comprendrons pas », et ici nous savons immédiatement, en ce qui concerne les langues … nous pouvons appuyer … et obtenir immédiatement des informations claires et plus précises, et nous pouvons être sûrs que lorsque le visiteur part, il est satisfait. »
Les outils de traduction répondent à un besoin pratique. D’autres technologies cherchent à enrichir l’expérience des spectateurs, notamment la réalité augmentée. Les Jeux olympiques d’été reviennent normalement tous les quatre ans ; les Jeux d’hiver suivent leur propre cycle.
Expériences de réalité augmentée (RA)
Le Comité international olympique (CIO) et plusieurs partenaires ont proposé des expériences de réalité augmentée sur Snapchat et dans l’application officielle de Paris 2024. La technologie AR Camera Kit de Snap permettait de mêler images du monde réel, données olympiques et archives du CIO.

Avec le studio parisien de Snapchat, le CIO a créé des effets de réalité augmentée, appelés Lenses, accessibles aux publics présents sur place comme à ceux qui suivaient les Jeux à distance.
L’affiche officielle pouvait notamment prendre vie grâce à une interaction en réalité augmentée, disponible dans l’application des Jeux et sur le profil Snapchat du CIO.
Arcadia, le studio de Snap spécialisé dans les expériences de marque, a aussi travaillé avec NBCUniversal pour le public américain. Les expériences comprenaient des recommandations de programmes, des statistiques en temps réel et des présentations d’athlètes olympiques et paralympiques de Team USA avec leurs Bitmojis.
Coca-Cola et Snapchat ont présenté un distributeur de boissons accompagné d’un miroir de réalité augmentée dans le village des athlètes et au Food Fest de Coca-Cola. Le dispositif proposait des photos, des jeux et des récompenses en complément des boissons.
Ces expériences ajoutaient une dimension interactive aux retransmissions et aux animations proposées au public.
Enfin, les objets connectés peuvent aider les athlètes et leurs équipes à suivre certains indicateurs de performance et de récupération.
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Objets connectés intelligents pour les athlètes
Les objets portables ont des usages distincts : mesure physiologique, suivi de l’entraînement, paiement ou contrôle d’accès. À Rio 2016, Visa avait par exemple présenté des bagues, bracelets et montres de paiement. Ces dispositifs ne doivent pas être confondus avec des capteurs de santé. Visa avait notamment annoncé des bracelets pour les 366 athlètes britanniques et 150 membres de leur entourage sportif à Rio.
Les montres et bracelets équipés de capteurs peuvent estimer la fréquence cardiaque, le sommeil ou certains indicateurs de récupération. Leur précision dépend du dispositif, de la mesure et des conditions d’utilisation ; ils ne remplacent pas une évaluation médicale.
Combinées à l’analyse de données et à l’apprentissage automatique, ces mesures peuvent aider les entraîneurs à adapter les séances. Elles ne permettent pas de détecter chaque variation de l’état d’un athlète ni de garantir de meilleures performances. Le consentement, la confidentialité et l’interprétation des résultats sont également essentiels.
Des applications au-delà des Jeux
Les innovations présentées aux Jeux peuvent améliorer l’organisation, l’accueil ou l’expérience sportive. Certaines trouvent ensuite des applications dans les transports, les services publics et la vie quotidienne.
Les taxis à hydrogène existaient déjà à Paris avant les Jeux. L’événement pouvait soutenir leur développement, comme celui des outils de traduction ou des objets connectés, sans garantir l’adoption durable de chaque technologie.
La maîtrise des coûts reste un enjeu distinct. L’étude Oxford Olympics Study 2024 estimait alors les coûts sportifs de Paris à 8,7 milliards de dollars constants de 2022, avec un dépassement de 115 % en termes réels par rapport au budget de candidature. Elle ne concluait donc pas à un dépassement de seulement 25 %.
Les auteurs constataient des dépassements récurrents depuis 1960. Les comparaisons entre Rio, Tokyo et Paris dépendent de la définition des coûts, de l’inflation et du budget de référence. Réutiliser des équipements existants peut limiter les dépenses, mais le seul recours à la technologie ne démontre pas une réduction des dépassements.
De l’IA à la réalité augmentée, ces outils offrent des possibilités concrètes. Leur apport se mesure toutefois à leurs résultats, à leur coût et à leur effet sur les utilisateurs, au-delà de la visibilité offerte par les Jeux.












