Matières premières
Trouver une nouvelle utilité pour l’or alors qu’une génération s’éloigne de son “Store of Value”

L’histoire de l’or en tant que réserve de valeur remonte à plusieurs siècles, posant les bases de son rôle pivot dans l’économie mondiale. À la fin du XIXe siècle, plusieurs grandes économies mondiales suivaient l’étalon-or, où de nombreuses monnaies majeures étaient fixées à l’or à un prix déterminé par once.
World Gold Council a mené des études approfondies sur l’utilisation de l’or au fil des ans. Dans leurs conclusions, ils ont désigné la période entre 1660 et 1819 comme l’essor de l’étalon-or, marquant une évolution significative de son usage. Par la suite, la période entre 1820 et 1930 a été considérée comme l’âge d’or de l’étalon-or, reflétant son influence maximale. Après cette ère, la période s’étendant de 1931 à 1999 est ce que le World Gold Council qualifie de «After the Gold Standard», indiquant un changement dans le paysage économique mondial.
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Comment les jours de l’‘Gold Standard’ ont disparu
En 1944, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont accueilli la conférence de Bretton Woods. Cette conférence a traité de la nécessité d’un nouveau système international remplaçant le système or et plaçant le dollar au centre, puisque les États-Unis dominaient la scène économique et politique mondiale. En conséquence de ces changements majeurs et de l’évolution de l’économie mondiale, les décennies suivantes ont vu d’importants bouleversements sur le marché de l’or.
Dans les années 1960, l’inflation mondiale a entraîné une forte chute du prix réel de l’or, préparant le terrain pour des changements majeurs sur le marché de l’or. Ainsi, en mars 1968, un marché de l’or à deux niveaux a vu le jour. Le premier niveau était un marché privé flottant librement, tandis que le second tentait d’assurer des transactions officielles à une parité fixe.
Cependant, ce système n’a pas pu perdurer longtemps. En août 1971, le président américain Nixon a annoncé la fin de la convertibilité à la demande du dollar en or pour les banques centrales des autres nations. À partir de ce moment, l’or a commencé à être négocié librement sur les marchés mondiaux.
Les pièces numériques sont le nouvel or pour les Millennials
Le 31 décembre 2021, le professeur de finance de la Wharton School, Jeremy Siegel, a été cité en disant :
« Le Bitcoin, en tant que couverture contre l’inflation dans l’esprit de nombreux jeunes investisseurs, a remplacé l’or. »
Il a ensuite ajouté en déclarant :
« Les pièces numériques sont le nouvel or pour les Millennials. »
Il convient de mentionner ici que l’une des raisons pour lesquelles l’or a perdu de manière significative son aspect de « Store of Value » était qu’il n’a pas réussi à augmenter en tant que classe d’actifs, offrant une couverture contre l’inflation pendant les périodes difficiles de la pandémie de COVID‑19. Cette tendance a été confirmée en 2021, lorsque l’or a enregistré sa pire performance en six ans, les prix chutant sous un niveau de support clé. L’or au comptant est passé sous 1 800 $ US l’once, tandis que l’argent au comptant a glissé à 22,62 $ US l’once.
Face à ces baisses de l’or et d’autres actifs de matières premières, le Bitcoin a bondi d’environ 70 % à la fin de 2021, indiquant un changement significatif des tendances d’investissement. Selon Nate Geracci, président de l’ETF Store :
« Les investisseurs Millennials désirent massivement détenir du Bitcoin plutôt que des actifs de couverture traditionnels comme l’or. »
Cette perspective, cependant, a été remise en question, car l’affirmation de Geracci concernant le désir massif a été jugée exagérée lorsqu’elle a été confrontée aux données empiriques. Néanmoins, les résultats n’ont pas nié la préférence pour le Bitcoin en tant que « Store of Value ».
Renforçant cette tendance, une enquête Harris Poll a fourni des informations supplémentaires sur l’intérêt croissant pour le Bitcoin, notamment chez les jeunes. Elle a souligné que la propension à acheter du Bitcoin (définie comme le % de la population interrogée qui se dit « très » ou « assez » susceptible d’acheter du Bitcoin dans les cinq prochaines années) est passée de 19 % à l’automne 2017 à 27 % au printemps 2019. Plus intéressant encore, le groupe d’âge de 18 à 34 ans était le plus enclin à acheter du Bitcoin. La propension dans ce groupe d’âge est passée de 32 % à 42 % au cours de la même période de deux ans.
Alors que ces études et résultats suggèrent suffisamment un éloignement de l’utilisation de l’or comme réserve de valeur bien protégée, cela s’est‑il traduit par une demande réduite d’or ?
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La demande d’or
Malgré le changement générationnel observé dans l’usage de l’or comme réserve de valeur, la demande pour ce métal précieux n’a pas diminué, indiquant son attrait durable à travers différents secteurs. En fait, le World Gold Council estime que l’offre annuelle moyenne d’or pour la période 2013‑2022 dépasse 4 653 tonnes.
En 2022, la majorité de la demande était destinée à la fabrication de bijoux, soulignant son attrait traditionnel. Mais, de façon intéressante, l’or a trouvé une utilisation importante dans la technologie, mettant en avant sa polyvalence. Au cours des deux premiers trimestres de 2023, par exemple, plus de 70 tonnes métriques d’or ont été utilisées dans la technologie.
Ce besoin utilitaire de l’or suscite l’enthousiasme de nombreux acteurs du marché. Il reflète une nouvelle dimension de la valeur de l’or dans l’économie moderne au‑delà de ses rôles conventionnels.
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Dispositifs portables révolutionnaires et l’utilisation de l’or
L’or possède de nombreux avantages. Il est stable dans l’air, possède une conductivité électrique exceptionnelle et présente des caractéristiques biocompatibles. Ces propriétés en font un matériau idéal pour des applications scientifiques avancées, comme le démontrent des recherches récentes révolutionnaires.
Cette recherche spécifique dont nous parlons ici est dirigée par deux professeurs du Département de Science et Génie des Matériaux du POSTECH, l’Université de Pohang des Sciences et Technologies. La recherche a conduit à un dispositif capteur portable intégré capable de mesurer et de traiter simultanément deux bio‑signaux.
Pour développer la solution, l’équipe a fusionné des nanofils d’argent avec de l’or. Ces nanofils d’or ont aidé à constituer un capteur intégré capable de mesurer à la fois la température et la contrainte.
Les capteurs se sont avérés extrêmement efficaces pour détecter de subtils tremblements musculaires et identifier les schémas de battements cardiaques ainsi que la parole via les tremblements des cordes vocales. Ils peuvent également surveiller efficacement les variations de température corporelle.
La présence d’or, grâce à ses propriétés matérielles inhérentes, a permis aux capteurs d’être très stables sans endommager l’interface du matériau. Les propriétés de flexibilité et d’élasticité des capteurs les ont également aidés à adhérer à la peau sans effort.
Les nanoparticules d’or (GNP) trouvent une utilisation importante dans de nombreuses applications biomédicales, telles que :
- En thérapie avec des GNP radioactifs
- Faciliter l’ingénierie tissulaire
- Médecine régénérative
- Aider aux applications de délivrance de médicaments et de gènes
- Améliorer la biosurveillance et l’imagerie biomédicale
Ainsi, cette utilisation généralisée souligne la polyvalence et l’efficacité des GNP dans divers domaines médicaux.
Acteurs de l’industrie
Les scientifiques ont identifié plusieurs propriétés de l’or qui le rendent adapté aux applications biomédicales avancées. En plus d’être biocompatible, les chercheurs constatent que les nanoparticules d’or sont aisées à fonctionnaliser, ne corrodent pas et possèdent des propriétés optiques et électroniques utiles.
En conséquence, plusieurs entreprises investissent dans la R&D afin de mieux exploiter les propriétés biomédicales de l’or.
1. Fortis Life Sciences
Fortis a déjà développé une gamme de produits à base de nanoparticules d’or, incluant des nanosphères d’or en solution, des nanorods, des nanoshells, des nanoparticules d’or à coque de silice, des GNP personnalisés, et plus encore. Parmi ceux‑ci, les nanosphères d’or sont disponibles dans l’eau avec des tailles de particules variant de 5 à 100 nm et offrent diverses surfaces de nanosphères.
Les nanorods d’or sont disponibles sous forme de nanoparticules en forme de tige résonnante en surface plasmon (SPR). Leur distribution de taille est étroite, leurs formes sont uniformes, et ces nanorods d’or sont réglables sur tout le spectre visible et le proche infrarouge à ondes courtes (SWNIR). De plus, les produits ne contiennent pas de surfactants ammonium, et la présence de citrate leur confère une chimie de surface stable et facilement remplaçable, fonctionnellement compatible avec une large gamme de molécules.
Les nanoshells d’or possèdent des cœurs de silice entourés d’une coque d’or, tandis que les nanoparticules d’or à coque de silice sont exactement l’inverse.
Les produits GNP de Fortis Life Sciences ont des applications diverses dans le diagnostic et les domaines biomédicaux. Les GNP se conjuguent facilement aux anticorps et autres protéines. Ils sont également très compatibles avec les biomolécules, les rendant efficaces pour les thérapies ciblées et les applications de photothermie contre le cancer.
Créée en 2020, Fortis Life Sciences a connu une croissance rapide. Des jalons importants ont marqué cette expansion rapide ; en mars 2022, elle a acquis Abcore, suivie de l’acquisition d’International Point of Care en juillet 2023. De plus, en octobre 2022, elle a élargi sa présence internationale en ouvrant un bureau à Séoul, Corée du Sud.
2. Tanaka Precious Metals
Tanaka Precious Metals, grâce à son procédé propriétaire, a produit des GNP qui renforcent les diagnostics et les biocapteurs. Dans ce procédé, il utilise une solution colloïdale d’or‑acide citrique dans laquelle des particules d’or de taille nanométrique sont dispersées. Ces particules d’or sphériques possèdent non seulement un haut niveau de pureté mais aussi une distribution de taille suffisamment étroite. De plus, les surfaces des particules sont facilement modifiables.
La solution trouve son utilisation dans les diagnostics in‑vitro et d’autres kits de test, démontrant sa large applicabilité dans les analyses médicales. Elle peut également être appliquée aux réactifs de test, biomarqueurs, marqueurs d’identification aux rayons X, etc., mettant en avant son utilité dans une gamme d’applications biomédicales.
En ce qui concerne ses résultats financiers, Tanaka a enregistré un chiffre d’affaires net de plus de 680 millions de yens en 2022, avec un bénéfice brut de plus de 78 millions de yens, tandis que le résultat d’exploitation était d’environ 36 millions de yens.
3. Cytodiagnostics
Fondée en 2009 et dont le siège se trouve à Burlington, Ontario, Canada, Cytodiagnostics est une entreprise privée qui propose des nanoparticules d’or stabilisées de 40 nm.
Ces nanoparticules sont particulièrement appréciées pour leur polyvalence dans les applications scientifiques, le produit étant utilisé pour l’adsorption de ligands thiolés tels que les oligonucléotides et les polyéthylènes glycol. De plus, leur stabilité accrue les rend idéales pour les applications physiques et optiques.
L’entreprise possède son propre protocole propriétaire pour produire des nanoparticules d’or non conjuguées, ce qui la distingue dans le secteur. Notamment, elle se démarque de ses concurrents en offrant une distribution de taille et une forme supérieures. Cet avantage, en particulier la distribution de taille étroite, rend le produit hautement adapté à l’adsorption de protéines.
Cytodiagnostics dispose également d’un mécanisme de contrôle qualité strict pour ses produits biomédicaux dérivés de l’or, mettant l’accent sur la précision et la fiabilité. Cela est réalisé grâce à l’utilisation de la diffusion dynamique de la lumière afin de garantir la taille et la monodispersité.
4. BBI Solutions
BBI Solutions, basée au Royaume‑Uni, est une entreprise privée fondée en 1986, s’établissant comme un acteur clé dans le domaine de la nanotechnologie. Elle est connue pour ses nanoparticules d’or colloïdales et possède une présence importante sur le marché, vendant plus de 500 millions d’essais de colloïdes d’or chaque année.
Bien que la méthode de fabrication exacte de BBI Solutions soit propriétaire, ses GNP sont formés par réduction au citrate d’une solution de chlorure d’or sans utiliser d’autres agents stabilisants ou conservateurs. Diversifiant davantage sa gamme de produits, BBI propose une variété de GNP, avec des tailles allant du plus petit à 5 nm de diamètre au plus grand à 250 nm, tous fournis dans de l’eau purifiée.
BBI possède une technique de fabrication unique qui lui permet de produire de grands lots d’or avec une haute reproductibilité. Elle offre une base solide pour la conjugaison, garantissant que le test diagnostique rapide – dans lequel elle est utilisée – délivre des résultats fiables.
En octobre 2021, BBI Solutions a annoncé le lancement d’une gamme complète de conjugués d’or à étiquette moléculaire, marquant une expansion significative de leur gamme de produits. BBI les a développés en utilisant un colloïde d’or de 40 nm sous la certification ISO13485, assurant des normes élevées de production.
La gamme complète comprend Goat anti‑biotine, Monoclonal anti‑biotine, Monoclonal anti‑FITC, Monoclonal anti‑HRP, Monoclonal anti‑his tag, et Monoclonal anti‑digoxine 40 nm de conjugués d’or. Ces conjugués à étiquette moléculaire sont spécialement conçus pour une utilisation dans les dispositifs à flux latéral et les biocapteurs.
L’avenir de l’or en tant qu’‘Utility’
L’utilisation de l’or en biologie, médecine, dispositifs de santé et capteurs augmentera à l’avenir. Il a trouvé une place tant dans le diagnostic que dans la thérapie, aidant aux méthodes de visualisation et de bio‑imagerie et renforçant les méthodes analytiques pour le diagnostic, y compris les méthodes homophases, le dot‑immuno‑test, la chromatographie immunitaire et les biocapteurs à résonance plasmonique. En thérapie, il est utilisé dans les méthodes photodynamiques ainsi que comme agents thérapeutiques.
En élargissant davantage son utilité, les nanoparticules d’or sont également de plus en plus utilisées pour la délivrance ciblée de médicaments. Ces particules, très prometteuses, aident à délivrer des agents antitumoraux et des antibiotiques. Cette extension d’application souligne la polyvalence de l’or dans le domaine médical.
En plus de ces rôles thérapeutiques et diagnostiques, les nanoparticules d’or présentent également des propriétés immunologiques. En 1986, un groupe de chercheurs japonais a réussi à produire des anticorps contre l’acide glutamique en utilisant des particules d’or colloïdales comme vecteur.
Cette méthode a ensuite trouvé une application dans la production d’anticorps contre plusieurs haptènes et antigènes rigoureux, dont les acides aminés, le facteur activateur de plaquettes, l’acide quinolinique, la biotine, les peptides recombinants, l’acide lysophosphatidique, l’endostatine, les peptides de la capside virale des hépatites B et C, la grippe, la variole, les peptides α‑amidés, l’actine, les antibiotiques, l’azobenzène, le peptide Аβ, le clenbutérol, les antigènes de surface Yersinia, le virus de la gastro‑entérite transmissible, et le tuberculine.
Les innovations ont continué, et en 1996, des chercheurs ont fait des progrès supplémentaires en explorant la possibilité d’utiliser des particules d’or colloïdales dans les vaccins antiviraux destinés à protéger contre le virus de l’encéphalite à tiques. L’expérience a montré des propriétés protectrices supérieures à celles de ses analogues commerciaux à l’époque.
En complément de ces développements, plusieurs études ont été menées pour tester la faisabilité d’utiliser les GNP dans la conception de vaccins à ADN avec des constructions génétiques codant des protéines, indiquant une recherche continue et une exploration des diverses applications de l’or en médecine et santé.
Cet intérêt croissant pour les GNP, notamment en biotechnologie, technologies de santé portables et technologies de diagnostic, a incité les chercheurs à appeler à davantage d’études sur la biodistribution et la toxicité des GNP. Une compréhension approfondie est cruciale pour faire progresser ces applications, permettant d’obtenir plus de progrès en moins de temps et à plus grande échelle.
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