Actifs numériques
Les tensions entre les États‑Unis et la Chine augmentent le risque systémique des cryptomonnaies

Les cryptomonnaies sont depuis longtemps perçues par les investisseurs comme un moyen de diversifier leurs portefeuilles contre des risques qui affecteraient autrement les actions traditionnelles. Cependant, les crises géopolitiques pourraient constituer une exception. Par exemple, une étude récente a constaté que tous les marchés crypto ont tendance à converger (y compris les pièces DeFi et métavers) lors de crises comme la guerre en Ukraine.
De même, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université Zhejiang Yuexiu (Chine), de l’Université Lingnan (Chine), de l’Université Hang Seng de Hong Kong (Chine) et de l’Université de Bradford a révélé que les tensions États‑Unis–Chine pourraient constituer un signal d’alerte plus utile pour la contagion des cryptomonnaies.
Cependant, toutes les crises géopolitiques n’ont pas eu cet effet. Ainsi, les investisseurs doivent apprendre quand les cryptos sont exposées à la contagion et comment les mécanismes fonctionnent.
L’étude a été publiée dans International Review of Economics and Finance1, sous le titre « Geopolitical risk, US–China tensions, and systemic risk in cryptocurrency markets: A regime-dependent analysis ».
Bitcoin, d’un actif de niche à la monnaie grand public (Risque ?)
Bitcoin (BTC ) a évolué d’un actif numérique naissant à une force financière dominante au cours de la période 2015‑2024 couverte par cette étude.
Cela signifie que le Bitcoin, aux côtés d’autres grandes cryptomonnaies, est de plus en plus étudié par la science économique et constitue une part croissante des portefeuilles « grand public », surtout depuis que les entreprises et les institutions financières ont pu y accéder grâce à la création d’ETF Bitcoin, de contrats à terme et d’options, malgré sa volatilité caractéristique.
Cependant, comparées aux obligations et aux actions, les cryptomonnaies manquent d’ancrages de valorisation intrinsèques et sont donc plus similaires à d’autres formes de « monnaie dure » comme l’or, où la valeur attribuée est largement déterminée par les flux monétaires du secteur. De plus, la réglementation des cryptomonnaies reste fragmentée et incohérente d’une juridiction à l’autre.
Cela a suscité des inquiétudes parmi les investisseurs et les régulateurs quant au fait que l’interconnexion inter‑marchés des actifs numériques peut amplifier les chocs mondiaux. Cela pourrait être particulièrement préoccupant pour les risques géopolitiques, déjà bien documentés comme augmentant la volatilité, déprimant les rendements des actions, augmentant les primes de risque et influençant les flux de valeur refuge vers l’or et le pétrole.
Crypto & Risques
Mesurer les risques géopolitiques
D’une part, une instabilité géopolitique accrue peut déclencher un comportement de fuite vers la sécurité, incitant les investisseurs à se tourner vers le Bitcoin comme couverture, le qualifiant d’« or numérique ».
D’autre part, la nature spéculative des cryptomonnaies pourrait amplifier la volatilité et les pertes lors de crises. Et le manque de soutien institutionnel signifie qu’il y a peu ou pas d’actions stabilisatrices prises lorsque les effets de contagion se propagent à travers l’écosystème crypto.
Les tensions géopolitiques peuvent être suivies par le indice GPR, qui offre une mesure générale de cette problématique.
“Les chocs GPR entraînent des débordements de volatilité entre le pétrole brut, le gaz naturel et les rendements des bons du Trésor américain, les marchés pétroliers servant de transmetteurs dominants et les rendements des bons du Trésor américain d’absorbeurs.”
Une autre métrique peut être le tension États‑Unis–Chine (UCT), une méthodologie basée sur les journaux pour saisir l’intensité des frictions bilatérales dans le commerce, la technologie, la sécurité et l’idéologie. Il a été démontré que l’UCT exerce une influence significative sur plusieurs marchés ; par exemple, une hausse de l’UCT décourage les investissements directs étrangers dans les marchés émergents.
“Les chocs UCT ont un impact plus important et persistant sur la volatilité du prix de l’or que le GPR et l’incertitude de la politique économique (EPU). Les chocs UCT aggravent la volatilité à long terme en raison de réponses asymétriques sur les marchés des combustibles fossiles.”
Comportement de troupeau et véritable couverture du Bitcoin
Malgré la réputation d’« or numérique », le Bitcoin (et d’autres cryptos) n’ont souvent pas affiché de caractéristiques de valeur refuge face aux chocs géopolitiques. Au contraire, ils se sont parfois comportés davantage comme des actifs spéculatifs à haut bêta, réagissant négativement aux menaces et au stress géopolitique réalisé.
Cela diffère des chocs économiques, où, par exemple, le Bitcoin a surperformé l’or à court terme lors de l’effondrement de la Silicon Valley Bank.
En grande partie, cela est dû à la tendance comportementale des investisseurs à suivre le sentiment du marché, ce qui non seulement alimente les bulles et les krachs mais amplifie également le risque systémique, les chocs de liquidité induits par le troupeau se propageant à travers l’écosystème.
De plus, des études antérieures ont montré que la contagion au sein des actifs numériques est très sensible aux crises, avec des résultats différents, par exemple entre la pandémie de COVID‑19 et le conflit Russie‑Ukraine.
Cela renforce la nécessité d’une gestion des risques dépendante du contexte lorsqu’on discute des cryptos et des événements géopolitiques.
Jusqu’à cette étude, l’impact des tensions États‑Unis–Chine sur les cryptos était largement inexploré par les études économiques.
Tensions États‑Unis–Chine & Cryptos
Collecte de données de trading et économiques
Les chercheurs ont collecté des données mensuelles d’août 2015 à février 2024. Une métrique utilisée était le Total Connectedness Index (TCI), avec TCI_NEG pendant les conditions baissières (dépréciatives) et TCI_POS pendant les périodes haussières (positives).
La liquidité crypto et l’intensité du trading ont été mesurées avec le logarithme naturel du volume de trading du Bitcoin (LN_VOL_BTC) obtenu via CoinGecko.
En plus des indices GPR et UCT, ils ont également utilisé le logarithme naturel de l’indice S&P 500 (LNSP500) comme proxy de l’appétit mondial pour le risque, ainsi que le Financial Stress Index (FSISI4) compilé par la Federal Reserve Bank de St. Louis, et le logarithme naturel d’un indice large de matières premières énergétiques (LNENERGYM), basé sur les données Bloomberg.
Chocs et débordements
L’un des premiers résultats de l’étude est que l’interconnexion s’intensifie considérablement pendant les conditions baissières, le TCI dépassant fréquemment 70 % après 2018.
Cela se compare à l’interconnexion systémique sur les marchés haussiers, avec des valeurs moyennes entre 40 % et 60 %, avec quelques pics lors du boom du Bitcoin fin 2017, du rallye 2020‑2021 associé à l’adoption institutionnelle, et de la résurgence de valorisation en 2024. Ainsi, bien que les marchés haussiers soient relativement moins fragiles que les marchés baissiers, ils ne sont pas immunisés contre les épisodes d’interconnexion systémique élevée.
“Des pics visibles surviennent lors des épisodes de stress majeurs, notamment le krach de 2018, le début de la COVID‑19 en 2020, et les chocs géopolitiques et macro‑financiers renouvelés en 2022‑2023.”
Ensuite, les chercheurs ont examiné le réseau d’interconnexion systémique parmi six grandes cryptomonnaies, Bitcoin (BTC), Ethereum (ETH ) (ETH), Litecoin (LTC ) (LTC), Ripple (XRP), Stellar Lumens (XLM ) (XLM) et Dogecoin (DOGE ) (DOGE), afin de déterminer lesquelles transmettent des chocs externes à l’écosystème crypto.
Dans l’ensemble, DOGE et XLM apparaissent comme des contributeurs nets significatifs, transmettant les chocs largement à travers le réseau, tandis que BTC et ETH agissent davantage comme des hubs centraux, absorbant les débordements et les transférant aux actifs secondaires.
États‑Unis, Chine & Cryptos
L’étude constate que la composante menaces du GPR (LNGPRT) exerce un effet positif et statistiquement significatif sur le risque systémique. En revanche, l’indice GPR total n’est que marginalement significatif pour les cryptos.
Il semble donc que les marchés de cryptomonnaies soient plus sensibles aux menaces géopolitiques et à la rhétorique escaladante qu’aux actes de conflit réalisés.
L’impact amplificateur des tensions bilatérales sur le risque systémique est le plus prononcé mais nécessite une période de gestation plus longue, pouvant aller jusqu’à trois mois.
Cela suggère que la pression de vente immédiate réduit temporairement l’interconnexion systémique, tandis que les afflux de liquidité subséquents l’amplifient, cohérent avec le comportement de troupeau lors d’épisodes spéculatifs. Ce schéma peut refléter un sentiment spéculatif qui supprime temporairement les informations géopolitiques négatives, lesquelles se manifestent ensuite plus fortement après trois mois.
Parallèlement, le Financial Stress Index et l’incertitude de la politique économique américaine affichent des effets retardés négatifs. Cela suggère qu’un stress accru et une ambiguïté politique poussent le capital à quitter les actifs numériques au profit de valeurs refuges plus traditionnelles.
La volatilité géopolitique se transforme en volatilité crypto
Curieusement, les chocs positifs (escalade) et négatifs (désescalade) sur l’UCT augmentent de manière significative le risque systémique.
Ainsi, c’est l’incertitude elle‑même, plutôt que le changement directionnel des relations bilatérales, qui conduit à une interconnexion persistante sur les marchés d’actifs numériques.
“Toute déviation du statu quo crée une ambiguïté informationnelle concernant les futures politiques commerciales, les transferts technologiques et les environnements réglementaires. Cela incite, à son tour, les marchés de cryptomonnaies à augmenter les corrélations inter‑actifs et amplifie la vulnérabilité systémique.”
Conclusions de l’étude
Pour les régulateurs et les banques centrales, nous montrons que l’UCT, plutôt que le risque géopolitique général, constitue le principal moteur de la contagion systémique sur les marchés de cryptomonnaies.
Pour les gestionnaires de portefeuilles institutionnels, les résultats soutiennent un passage des modèles d’allocation statiques vers des stratégies basées sur les événements, conscientes des régimes, qui tiennent compte de la transmission variable dans le temps des chocs géopolitiques.
Pour les investisseurs, le volume de trading du Bitcoin sert d’indicateur fiable d’alerte précoce d’un mois, tandis que le comportement procyclique des cryptomonnaies pendant le stress géopolitique remet en question leur utilisation comme valeurs refuges statiques.
Ils doivent également être conscients que Dogecoin et Stellar peuvent agir comme d’importants transmetteurs de chocs, tandis que le Bitcoin fonctionne parfois davantage comme un absorbeur.
Pour les gestionnaires de portefeuilles institutionnels, les conclusions appellent à un passage des modèles d’allocation statiques vers des stratégies basées sur les événements, conscientes des régimes, et à considérer que tout changement soutenu dans les relations États‑Unis–Chine, qu’il s’agisse d’une escalade ou d’une désescalade, augmente le risque systémique à long terme.
Pour les investisseurs privés, le comportement procyclique des cryptomonnaies pendant le stress géopolitique remet en cause leur utilisation comme actifs refuges fiables.
“Étant donné que les valeurs refuges traditionnelles comme l’or offrent une protection partielle et dépendante du contexte, les investisseurs devraient s’éloigner de la diversification statique au profit d’un rééquilibrage dynamique, sensible aux régimes, qui prend explicitement en compte la sensibilité variable dans le temps des marchés crypto aux relations bilatérales États‑Unis–Chine.”
Investir dans les cryptomonnaies
CME Group
CME Graphique du prix
Malgré leur vulnérabilité occasionnelle aux chocs externes, les cryptomonnaies restent une forme de diversification largement populaire pour les portefeuilles des investisseurs institutionnels et particuliers.
Le risque systémique expliqué dans cette étude augmente également la pertinence des dérivés, des produits de volatilité, des contrats à terme sur indices et de l’infrastructure de couverture institutionnelle. C’est exactement le type de produit que le CME Group fournit directement aux investisseurs.
La prochaine tokenisation des actions et le trading 24 h/24 via la blockchain devraient encore augmenter l’activité de trading et d’investissement, et peut-être la volatilité.
Les données nécessaires pour construire et évaluer un tel portefeuille deviennent également de plus en plus précieuses. Ainsi, les plateformes capables de fournir des données à haute fréquence et des données de trading exploitables sont susceptibles de bénéficier de cette recherche académique. Par exemple, les revenus du CME provenant des données de marché ont augmenté régulièrement de 5 à 20 % chaque trimestre depuis 2024.

Source: CME
CME est une place de marché massive active dans toutes sortes de trading couvrant toutes les matières premières (agricoles, énergie, métaux), ainsi que les crédits carbone, les bons du Trésor, les changes, les indices, les actions, les cryptomonnaies, etc.
Pour les cryptos en particulier, CME est désormais la place de marché principale des dérivés liés à ces marchés, couvrant le Bitcoin, bien sûr, mais aussi Ether, Solana (SOL ), XRP, Cardano (ADA ), Chainlink, Lumens, Avalanche (AVAX ) et Sui.
L’entreprise a rapidement fait croître son chiffre d’affaires, passant d’environ 3 milliards de dollars en 2015 à environ 7 milliards prévus en 2026.

Source: CME
Elle s’internationalise également rapidement, avec une activité hors États‑Unis croissant à un TCAC de 10 % et une présence commerciale dans 12 pays, couvrant environ 13 000 clients dans le monde.
Ce modèle de croissance devrait se maintenir, et l’entreprise devrait bénéficier de nombreuses innovations financières, de la blockchain au commerce du carbone et aux contrats à terme hypothécaires américains, ainsi que de l’adoption toujours croissante des ETF dans le trading, y compris pour obtenir une exposition à des formes alternatives de monnaie comme les cryptos et les métaux précieux.

Source: CME
CME continue d’innover et propose désormais des contrats à terme et des options sur cryptomonnaies 24 h/24, a annoncé des contrats à terme sur actions individuelles pour plus de 50 principales actions américaines à partir du 27 juillet 2026, Treasury Link pour le 4T26, et des contrats à terme sur le calcul à la fin 2026, transformant les capacités de calcul en un bien négociable.
Dans l’ensemble, cela devrait aider le CME à soutenir sa distribution de dividendes croissante, qui a plus que quadruplé entre 2012 et 2026.
Dernières nouvelles et développements des actions CME Group (CME)
Étude référencée
1. Chi Keung Marco Lau, et al. Risque géopolitique, tensions États‑Unis–Chine et risque systémique sur les marchés de cryptomonnaies : une analyse dépendante du régime. International Review of Economics and Finance.septembre 2026. Article: 105574. Volume 110. 10.1016/j.iref.2026.105574












