Biotechnologie

Les prochains traitements phares: Guérir les troubles neurologiques

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La médecine s’est améliorée au cours des dernières décennies dans le traitement de nombreuses maladies. Des antibiotiques à la chirurgie cardiaque en passant par l’insuline, presque chaque partie du corps peut être mieux réparée ou restaurée qu’il y a une ou deux générations. Même le cancer et les maladies génétiques deviennent plus traitables, et cela avant que le gene editing ou la synthetic biology n’aient eu la chance d’augmenter les taux de succès pour ceux‑ci. Mais un organe a été le plus résistant aux traitements, et c’est un organe important: le cerveau et les troubles neurologiques.

Bien que l’attention croissante ait été portée sur la « santé mentale », les troubles mentaux et neurologiques sont principalement traités avec le même type de médicaments que dans les années 1970. De nombreuses maladies mortelles et tout simplement terribles restent totalement incurables, comme la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer, la sclérose en plaques, ou des affections dévastatrices telles que la schizophrénie et la dépression.

Un marché massif

La neurologie représente déjà un marché gigantesque d’une valeur supérieure à 33 milliards de dollars, mais il croît lentement à un TCAC de 3,5 %. Il est actuellement dominé par les traitements de la sclérose en plaques, représentant 7 des 15 meilleurs traitements du système nerveux central. D’autres grands marchés sont les antipsychotiques, les antiépileptiques et les antidépresseurs.

Le vieillissement de la population soutient la croissance, mais globalement, les progrès scientifiques ont été lents et ont limité l’expansion du marché, car de nombreuses maladies neurologiques sont encore mal traitées ou non traitables.

C’est également un segment médical où les maladies sont soit mortelles, soit très préjudiciables au bien‑être du patient. Ainsi, il est raisonnable de supposer que le marché total adressable est BEAUCOUP plus grand, mais sous‑monétisé en raison du manque de traitements adéquats.

Pourquoi les troubles neurologiques sont‑si difficiles à traiter ?

La neurologie est peut‑être l’un des domaines les plus complexes en biologie et biochimie. Cela s’explique par le fait que, même aujourd’hui, nous commençons à peine à comprendre le fonctionnement du cerveau. Ainsi, lorsqu’il dysfonctionne, il est difficile d’en identifier les raisons.

Nous savons approximativement comment les neurones interagissent entre eux et quelle partie du cerveau assume quelle fonction. Cependant, il reste obscur pourquoi les neurones commencent à dégénérer, comme dans la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence.

Nous sommes également très loin de comprendre pleinement comment le cerveau peut générer la conscience à partir de signaux chimiques et électriques. Ainsi, les maladies mentales comme la schizophrénie ou la dépression restent difficiles à traiter.

Une autre raison est que le cerveau est très difficile d’accès. La barrière hémato‑encéphalique isole le cerveau du reste du corps. Cette barrière empêche de nombreux médicaments et thérapies potentiellement utiles d’atteindre leur cible. De plus, toute méthode intrusive pourrait être nocive pour les patients.

La dernière partie est que le cerveau possède très peu de capacités de régénération natives. Bien que le dogme « aucun nouveau neurone n’est créé » soit désormais prouvé faux, il reste vrai que cet organe est très difficile à « réparer ». Et pour des raisons évidentes, les greffes ne sont pas une option comme elles le seraient pour un cœur ou un foie.

Nouveaux espoirs pour de nouveaux médicaments

Des méthodes avancées telles que génomique, transcriptions multi‑omics, ou même biologie 3D/spatiale offrent aux chercheurs de nouvelles perspectives sur le fonctionnement des neurones. Cela leur fournit tout un éventail de cibles potentielles pour de nouveaux médicaments.

Plusieurs entreprises adoptent cette stratégie.

1. Neurocrine Biosciences

NBIX Graphique du prix

Il s’agit d’une entreprise assez grande, dont la capitalisation boursière oscille entre 8 milliards et 10 milliards de dollars de 2018 à 2022. Elle possède déjà 2 médicaments approuvés, ainsi que 2 autres concédés sous licence à AbbVie en échange de paiements de redevances (ABBV ).

Son pipeline comprend :

  • 7 traitements potentiels en neuropsychiatrie, dont un pour la schizophrénie en phase 3.
  • 1 traitement potentiel en neuro‑endocrinologie (hormones cérébrales) en phase 3.
  • 5 traitements potentiels en neurologie, dont deux en phase 3 ; un pour la maladie de Huntington et un pour la paralysie cérébrale.

Source: Neurocrine

L’entreprise est rentable avec des bénéfices positifs et un flux de trésorerie disponible positif, mais elle se négocie à un ratio cours/bénéfice de plus de 60, reflétant un fort enthousiasme du marché déjà intégré dans son pipeline. Elle représente une option intéressante pour les investisseurs prudents recherchant une société établie et déjà rentable, avec un focus étroit sur la neurologie.

2. Acadia Pharmaceuticals

ACAD Graphique du prix

Acadia est une société pharmaceutique de taille moyenne, avec une capitalisation boursière oscillant entre 3 milliards et 5 milliards de dollars. Elle possède déjà 2 médicaments approuvés, l’un pour une complication de la maladie de Parkinson (approuvé en 2016) et l’autre pour le syndrome de Rett (approuvé en mars 2023).

Le syndrome de Rett touche principalement les bébés filles, entrave le développement et concerne 6 000‑9 000 patients aux États‑Unis, et n’avait auparavant aucun traitement approuvé. Le prix moyen du traitement sera d’environ 575 000 $ et 595 000 $/patient.

Son pipeline de recherche comprend :

  • Un essai clinique de phase 3 pour les symptômes de la schizophrénie. S’il s’avère efficace, cela pourrait concerner jusqu’à 700 000 patients aux États‑Unis.
  • Trois autres programmes sont encore en phase 1.

Source: Acadia

La société a enregistré un résultat net négatif de -215 M$ en 2022 et un flux de trésorerie disponible négatif de -114 M$ en 2022, en raison de son investissement massif en R&D de 369 M$ uniquement en 2022.

Bien qu’aucune prévision de ventes n’ait été fournie pour le traitement du syndrome de Rett, la percée d’un tout premier traitement pour cette maladie devrait générer des revenus supplémentaires pour la société d’ici la fin 2023.

Dans l’ensemble, Acadia reste une petite biotech innovante avec un risque moindre que la plupart, grâce à un médicament déjà approuvé et à une récente annonce qui n’a pas fait bouger les marchés. Ses médicaments contre la schizophrénie ont également du potentiel, mais le reste du portefeuille est relativement limité.

3. Intra-Cellular Therapies

Intra-Cellular Therapies dispose d’un traitement approuvé, CALYPTA, pour la schizophrénie et la dépression bipolaire. L’autorisation de traiter les troubles bipolaires est récente (2022) et a fortement accéléré la croissance des ventes du médicament, triplant en 2022.

Le médicament n’a qu’un seul concurrent dans cette indication. Il s’agit d’un problème touchant 11 millions d’adultes aux États‑Unis. L’entreprise espère élargir l’indication de CALYPTA à d’autres troubles de l’humeur à l’avenir, ce qui pourrait atteindre jusqu’à 21 millions d’adultes aux États‑Unis.

Intra-Cellular pipeline se concentre sur la neuropathologie, incluant un essai clinique de phase 3 pour les troubles dépressifs majeurs et 6 autres essais en phases 1 & 2.

Source: Intra-Cellular Therapies La société disposait de 630 M$ de liquidités en septembre 2022 et n’avait aucune dette. Pour l’instant, elle n’est pas encore rentable, et le résultat net était de -256 M$ en 2022, avec de fortes dépenses pour la promotion de CALYPTA auprès de 58 000 médecins. Compte tenu de la récente croissance des ventes, cela ne semble pas poser problème et représente un investissement à long terme dans les ventes du médicament.

Intra-Cellular Therapies connaissent une croissance rapide dans une niche rentable avec peu de concurrence pour le moment. L’expansion future des prescriptions et des indications de CALYPTA devrait soutenir la croissance du chiffre d’affaires. Le pipeline prometteur devrait bénéficier de synergies solides dans le réseau de vente avec le médicament déjà approuvé.

Les investisseurs compteront sur l’approbation de certaines parties du pipeline et sur la diminution des dépenses de vente une fois que les médicaments de la société seront bien implantés sur le marché.

4. Karuna Therapeutics

Karuna n’a encore aucun médicament approuvé, et est donc entièrement en phase pré‑revenus.

Karuna pipeline comprend un médicament étudié dans trois essais cliniques différents, tous en phase 3, pour la schizophrénie et la psychose liée à la maladie d’Alzheimer. L’approbation potentielle et le lancement du médicament contre la schizophrénie sont prévus pour la fin 2024.

Source: Karuna Pharmaceuticals

La société disposait, au début de 2023, de 1,1 milliard de dollars de liquidités, suffisantes pour financer ses opérations jusqu’en 2025. Une partie de ces liquidités provient d’une offre publique d’actions en mars 2023, d’un montant de 460 M$.

En ciblant potentiellement à la fois des patients atteints d’Alzheimer et de schizophrénie, cela porte le marché total adressable pour le médicament en phase 3 à 10‑15 millions de personnes.

Les investisseurs de Karuna misent sur l’approbation de son médicament le plus avancé d’ici 2024. Le financement nécessaire pour atteindre cet objectif est adéquat, mais un échec d’obtention de l’approbation de la FDA aurait probablement un impact négatif sur le cours de l’action.

Nouvelles technologies à la rescousse.

Toutes les biotech de neurologie ne comptent pas uniquement sur de nouveaux médicaments. D’autres tentent littéralement de réparer directement le cerveau, notamment en ajoutant de nouvelles cellules au système nerveux du patient via la thérapie par cellules souches.

BrainStorm Cell Therapeutics

BCLI Graphique du prix

Brainstorm se concentre sur les maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, la maladie de Huntington ou le trouble du spectre autistique. Le traitement contre la SLA est le seul en phase 3, avec l’espoir d’obtenir rapidement son approbation, et les résultats préliminaires semblent indiquer qu’il pourrait être bénéfique s’il est utilisé de manière préventive.

Brainstorm Cell utilise sa plateforme technologique cellulaire autologue (NurOwn®) : l’entreprise prélève les cellules de moelle osseuse du patient et les transforme en neurones et autres cellules nerveuses. Il s’agit d’un processus assez court, ne durant que 7 jours.

L’entreprise semble à court de liquidités, ne disposant que de 4 M$ de trésorerie au 31 décembre 2022. Cela est inquiétant comparé à une perte nette de 19 M$ au dernier trimestre. Il est donc clair qu’elle devra lever davantage de fonds, par actions et/ou dette, pour commercialiser son traitement contre la SLA et poursuivre ses autres programmes de R&D.

Dans l’ensemble, Brainstorm apparaît comme une société intéressante d’un point de vue technologique, mais avec des risques financiers sérieux. Les investisseurs prêts à prendre des risques pourraient vouloir suivre la situation de près et acheter après une baisse du cours due à ces préoccupations financières immédiates.

Investing In Neurology Biotech Companies

Les lecteurs ont peut‑être remarqué que de nombreuses entreprises leaders du segment ciblent souvent des maladies similaires. Cela pourrait conduire à plusieurs issues possibles :

  1. L’un des médicaments ou traitements à venir s’avère nettement supérieur aux autres, s’emparant de la majeure partie du marché.
  2. Seuls certains des essais de phase 3 sont approuvés, laissant le médicament déjà approuvé dominer le marché.
  3. Plus de traitements sont approuvés, divisant le marché.

Dans tous les cas, le chiffre d’affaires total du segment devrait croître de façon spectaculaire, la plupart de ces maladies étant actuellement mal traitées ou pas du tout.

Comme il est difficile de déterminer quelle issue est la plus probable, les investisseurs pourraient vouloir diversifier leur portefeuille avec un mélange de médicaments approuvés et d’un pipeline d’essais cliniques de phase 2 et 3, afin de profiter de la croissance globale du marché et d’avoir davantage de patients traités plus efficacement, indépendamment de la structure du marché d’ici 2026‑2030.

Des paris plus concentrés constituent également une option à haut risque et haute récompense. Se concentrer sur des traitements moins concurrencés et des thérapies plus innovantes, susceptibles de devenir la solution médicale dominante à long terme, devrait rapporter davantage que les approches scientifiques conventionnelles.

Jonathan est un ancien chercheur en biochimie qui a travaillé dans l'analyse génétique et les essais cliniques. Il est maintenant analyste boursier et rédacteur financier, spécialisé dans l'innovation, les cycles de marché et la géopolitique dans sa publication 'The Eurasian Century'.