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Analyse technique du règlement sur les marchés des crypto‑actifs

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Le règlement sur les marchés des crypto‑actifs (MiCAR) est une législation phare qui vise à créer un cadre harmonisé et complet pour la régulation des crypto‑actifs et des services associés dans l’Union européenne (UE). MiCAR a été adopté par le Parlement européen et le Conseil de l’UE en juin 2023 et est entré en vigueur le 29 juin 2023. Il s’appliquera à partir du 30 décembre 2024, à l’exception de certaines dispositions qui entreront en vigueur le 30 juin 2024.

On s’attend à ce que MiCAR exerce une influence substantielle sur le marché des crypto‑actifs, en introduisant la certitude juridique, la protection des consommateurs, l’intégrité du marché et la stabilité financière. De plus, il devrait encourager l’innovation et la concurrence en facilitant les activités transfrontalières et en offrant des droits de passeport aux fournisseurs de services de crypto‑actifs (CASP) opérant au sein de l’UE. Néanmoins, MiCAR présente certains défis et responsabilités pour les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP, ainsi que des obligations supplémentaires pour d’autres institutions financières et investisseurs engagés dans des transactions impliquant des crypto‑actifs. Dans cet article, je fournirai une analyse technique des principaux aspects de MiCAR.

Définition et classification des crypto‑actifs selon le MiCAR

MiCAR caractérise les crypto‑actifs comme « une représentation numérique de valeur ou de droits qui peut être transférée et stockée électroniquement, en utilisant la technologie de registre distribué ou une technologie similaire ». Cette définition est large et impartiale vis‑à‑vis des technologies spécifiques, englobant divers crypto‑actifs tels que les cryptomonnaies, les jetons, les stablecoins et les jetons non fongibles (NFT).

Cependant, il est essentiel de noter qu’elle exclut les crypto‑actifs qualifiés comme instruments financiers, dépôts, dépôts structurés, monnaie électronique, positions de titrisation, produits d’assurance ou produits de retraite en vertu de la législation financière existante de l’UE. Ces crypto‑actifs exclus restent soumis aux règles et réglementations sectorielles pertinentes.

MiCAR distingue trois principales catégories de crypto‑actifs relevant de son champ d’application :

  • Jetons de monnaie électronique (EMT) : Il s’agit de crypto‑actifs qui prétendent maintenir une valeur stable en se référant à la valeur d’une monnaie officielle légale. Les EMT sont similaires à la monnaie électronique au titre de la Directive sur la monnaie électronique 2009/110/CE (EMD2), mais ils utilisent la technologie de registre distribué ou une technologie similaire pour émettre, stocker et transférer de la valeur. Des exemples d’EMT sont Tether (USDT) et USD Coin (USDC), qui sont indexés sur le dollar américain.
  • Jetons référencés sur des actifs (ART) : Il s’agit de crypto‑actifs qui ne sont pas des EMT et qui prétendent maintenir une valeur stable en se référant à une autre valeur ou droit, ou à une combinaison de ceux‑ci, incluant une ou plusieurs monnaies officielles, des matières premières, des crypto‑actifs ou un panier de tels actifs. Les ART sont un type de stablecoins adossés à un pool d’actifs, tels que des monnaies fiat, de l’or ou d’autres crypto‑actifs.
  • Autres jetons : Il s’agit de crypto‑actifs qui ne sont ni des EMT ni des ART et qui possèdent diverses finalités et caractéristiques. Cette catégorie comprend les jetons utilitaires, qui donnent accès à un bien ou à un service fourni par l’émetteur, comme les applications décentralisées (DApp) ou les plateformes. Elle comprend également les jetons de paiement, utilisés comme moyen d’échange, tels que le Bitcoin ou l’Ether. Enfin, elle comprend les jetons hybrides, qui combinent des caractéristiques de différents types de jetons, comme les jetons de gouvernance, qui accordent des droits de vote ou d’autres avantages aux détenteurs.

Ces catégories introduisent le concept de jetons significatifs pour les EMT (Electronic Money Tokens) et les ART (Asset‑Reference Tokens). Ces jetons sont soumis à des exigences supplémentaires en raison de leur impact potentiel sur la stabilité financière ou la politique monétaire. La tâche d’identifier et de surveiller les jetons significatifs relève de l’Autorité bancaire européenne (EBA). L’EBA utilise des critères tels que le nombre d’utilisateurs, les valeurs des transactions, l’interconnexion avec le système financier, la substituabilité avec les instruments de paiement existants, ainsi que l’innovation ou la complexité du jeton pour déterminer leur importance. L’EBA publiera et mettra à jour une liste de jetons significatifs sur son site web.

Les exigences d’autorisation et de supervision pour les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP

Émetteurs de crypto‑actifs

Les émetteurs de crypto‑actifs sont des personnes physiques ou morales qui offrent des crypto‑actifs au public ou cherchent l’admission de crypto‑actifs à la négociation sur une plateforme de négociation de crypto‑actifs. MiCAR impose aux émetteurs de crypto‑actifs de se conformer aux obligations suivantes :

  • White paper : Les émetteurs de crypto‑actifs doivent préparer et publier un livre blanc qui divulgue les informations essentielles sur le projet de crypto‑actif, telles que les caractéristiques, les droits et obligations du crypto‑actif, les objectifs du projet et l’utilisation prévue des fonds, les risques et coûts associés, les arrangements de gouvernance et techniques, ainsi que l’identité et les coordonnées de l’émetteur. Le livre blanc doit être notifié à l’autorité compétente de l’État membre d’origine de l’émetteur au moins 20 jours ouvrables avant sa publication et doit être mis à disposition sur le site web de l’émetteur et sur le site web de tout CASP impliqué dans l’offre ou l’admission à la négociation du crypto‑actif. Le livre blanc doit également être mis à jour chaque fois qu’un changement matériel affecte les informations divulguées.
  • Autorisation : Les émetteurs de crypto‑actifs d’EMT et d’ART doivent obtenir une autorisation de l’autorité compétente de leur État membre d’origine avant d’offrir ces jetons au public ou de solliciter leur admission à la négociation sur une plateforme de négociation de crypto‑actifs. Le processus d’autorisation implique la soumission d’une demande incluant des informations telles que l’identité et les coordonnées de l’émetteur, le livre blanc, les arrangements de gouvernance et techniques, la gestion des risques et les mécanismes de contrôle interne, les procédures de traitement des réclamations, ainsi que les dispositions relatives à la protection des actifs de réserve garantissant les EMT ou les ART. L’autorité compétente doit évaluer la demande et accorder ou refuser l’autorisation dans les trois mois suivant la réception d’une demande complète. L’autorisation est valable dans tous les États membres et permet à l’émetteur de « passeporter » ses activités à travers l’UE. Les émetteurs de crypto‑actifs d’autres jetons n’ont pas besoin d’autorisation, mais ils doivent se conformer à l’obligation de livre blanc et aux autres obligations générales prévues par MiCAR.
  • Supervision : Les émetteurs de crypto‑actifs d’EMT et d’ART sont soumis à une supervision continue par l’autorité compétente de leur État membre d’origine, qui peut imposer des sanctions administratives ou des mesures correctives en cas de non‑conformité à MiCAR. L’autorité compétente peut également retirer l’autorisation de l’émetteur si certaines conditions sont remplies, telles que l’émetteur ne satisfait plus aux exigences d’autorisation, l’émetteur a obtenu l’autorisation par de fausses déclarations ou tout autre moyen irrégulier, l’émetteur n’a pas utilisé l’autorisation dans les 12 mois suivant son octroi, ou l’émetteur a cessé d’offrir ou d’admettre à la négociation les EMT ou les ART pendant plus de six mois. Les émetteurs de crypto‑actifs d’autres jetons ne sont pas soumis à une supervision continue, mais ils doivent coopérer avec les autorités compétentes et fournir toute information demandée.

Fournisseurs de services de crypto‑actifs

Les fournisseurs de services de crypto‑actifs sont des personnes physiques ou morales qui fournissent ou exécutent un ou plusieurs des services ou activités suivants à titre professionnel :

  • Conservation et administration de crypto‑actifs pour le compte de clients
  • Exploitation d’une plateforme de négociation de crypto‑actifs
  • Échange de crypto‑actifs contre de la monnaie fiat ou d’autres crypto‑actifs
  • Exécution d’ordres de crypto‑actifs pour le compte de clients
  • Placement de crypto‑actifs
  • Réception et transmission d’ordres de crypto‑actifs pour le compte de clients
  • Fourniture de conseils sur les crypto‑actifs
  • Gestion de portefeuille de crypto‑actifs
  • Fourniture de services de transfert de crypto‑actifs pour le compte de clients

MiCAR impose aux CASP de se conformer aux obligations suivantes :

  • Autorisation : Les CASP doivent obtenir une autorisation de l’autorité compétente de leur État membre d’origine avant de fournir l’un des services ou activités ci‑dessus. Le processus d’autorisation implique la soumission d’une demande incluant des informations telles que l’identité et les coordonnées du CASP, le programme d’opérations, les arrangements de gouvernance et techniques, la gestion des risques et les mécanismes de contrôle interne, les procédures de traitement des réclamations, les dispositions de sauvegarde des fonds et crypto‑actifs des clients, ainsi que les politiques et procédures de prévention du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme. L’autorité compétente doit évaluer la demande et accorder ou refuser l’autorisation dans les trois mois suivant la réception d’une demande complète. L’autorisation est valable dans tous les États membres et permet au CASP de « passeporter » ses activités à travers l’UE.
  • Supervision : Les CASP sont soumis à une supervision continue par l’autorité compétente de leur État membre d’origine, qui peut imposer des sanctions administratives ou des mesures correctives en cas de non‑conformité à MiCAR. L’autorité compétente peut également retirer l’autorisation du CASP si certaines conditions sont remplies, telles que le CASP ne satisfait plus aux exigences d’autorisation, le CASP a obtenu l’autorisation par de fausses déclarations ou tout autre moyen irrégulier, le CASP n’a pas utilisé l’autorisation dans les 12 mois suivant son octroi, ou le CASP a cessé de fournir ou d’exécuter les services ou activités de crypto‑actifs pendant plus de six mois.
  • Exigences prudentielles : Les CASP doivent respecter des exigences prudentielles, telles que la détention d’un montant minimum de fonds propres, le maintien de ratios adéquats de fonds propres, l’application de normes comptables et d’audit solides, et l’assurance de la continuité et de la régularité de leurs opérations. Les exigences prudentielles varient selon la classe du CASP, qui est déterminée par le type et l’étendue des services ou activités de crypto‑actifs fournis.
  • Règles de conduite des affaires : Les CASP doivent se conformer aux règles de conduite des affaires, telles que la fourniture d’informations claires et exactes aux clients, l’honnêteté et l’équité, l’évitement des conflits d’intérêts, l’assurance de l’adéquation et de la pertinence de leurs services ou activités, l’exécution rapide et efficace des ordres, et la divulgation de tous frais ou charges. Les règles de conduite varient selon le type de client, qui peut être de détail, professionnel ou contrepartie éligible.
  • Exigences de sauvegarde : Les CASP doivent se conformer aux exigences de sauvegarde, telles que la ségrégation des fonds et crypto‑actifs des clients de leurs propres actifs, la tenue de registres et comptes précis, l’assurance de la disponibilité et de l’accessibilité des fonds et crypto‑actifs des clients, et la protection de ces fonds et crypto‑actifs contre l’insolvabilité, la fraude, le vol ou les cyber‑attaques. Les exigences de sauvegarde varient selon le type de service ou d’activité de crypto‑actif fourni ou exécuté et selon le type de crypto‑actif concerné.
  • Obligations de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AML/CTF) : Les CASP doivent se conformer aux obligations AML/CTF, telles que l’application de mesures de diligence raisonnable envers les clients, la surveillance des transactions, le signalement d’activités suspectes, la conservation des registres, et la coopération avec les autorités compétentes. Les obligations AML/CTF sont alignées sur la cinquième directive anti‑blanchiment 2018/843/UE (AMLD5) et la sixième directive anti‑blanchiment 2018/1673/UE (AMLD6), qui s’appliquent aux autres entités soumises à obligations dans le secteur financier.

Les dispositions transitoires et les exemptions prévues par le MiCAR

  • MiCAR prévoit certaines dispositions transitoires et exemptions pour les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP déjà actifs dans l’UE avant la date d’application du MiCAR.
  • Clause de grand‑père : Les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP autorisés ou enregistrés sous des régimes nationaux dans un ou plusieurs États membres avant la date d’application du MiCAR peuvent continuer à fournir ou à exécuter leurs services ou activités dans ces États membres jusqu’au 30 juin 2025, sans obtenir d’autorisation au titre du MiCAR. Cependant, ils doivent se conformer aux règles et réglementations nationales pertinentes et notifier les autorités compétentes de leur intention de poursuivre leurs opérations. Ils doivent également demander une autorisation au titre du MiCAR d’ici le 30 juin 2024, s’ils souhaitent fournir ou exécuter leurs services ou activités dans l’UE après le 30 juin 2025.
  • Régime pilote pour les infrastructures de marché basées sur la technologie de registre distribué (DLT) : MiCAR instaure un régime pilote pour les infrastructures de marché DLT, qui sont un nouveau type de participants au marché utilisant la DLT pour fournir à la fois des services de négociation et de règlement pour les crypto‑actifs qualifiés d’instruments financiers. Le régime pilote vise à tester l’usage de la DLT dans la négociation et le post‑négociation des crypto‑actifs, tout en assurant un haut niveau de protection des investisseurs et d’intégrité du marché. Le régime pilote s’appliquera pendant cinq ans à compter de la date d’application du MiCAR, avec possibilité de prolongation. Les infrastructures de marché DLT doivent obtenir une autorisation de l’autorité compétente de leur État membre d’origine et se conformer aux exigences spécifiques du MiCAR. Elles sont également soumises à la supervision et à la coopération de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) et de l’EBA. Le régime pilote permettra aux infrastructures de marché DLT d’opérer dans un environnement sandbox, où elles pourront bénéficier de certaines exemptions et dérogations à la législation financière existante de l’UE, telle que la directive sur les marchés d’instruments financiers 2014/65/UE (MiFID II), le règlement sur les dépositaires centraux de titres 909/2014/UE (CSDR) et la directive sur la finalité du règlement 98/26/CE (SFD).
  • Exemptions pour les banques centrales et les autorités publiques : MiCAR ne s’applique pas aux crypto‑actifs émis ou garantis par les banques centrales, les États membres, les pays tiers ou les organisations internationales publiques. Il ne s’applique pas non plus aux services ou activités de crypto‑actifs fournis ou exécutés par les banques centrales ou d’autres autorités publiques dans le cadre de leurs missions ou fonctions publiques. Ces exemptions visent à préserver la souveraineté monétaire et la politique de l’UE et de ses États membres, ainsi qu’à faciliter le développement des monnaies numériques de banque centrale (CBDC) et d’autres initiatives publiques dans le domaine des crypto‑actifs.

Les implications du MiCAR pour les sociétés d’investissement et la règle du voyage

  • Sociétés d’investissement : Les sociétés d’investissement sont des personnes physiques ou morales qui fournissent ou exécutent des services ou activités d’investissement à titre professionnel, tels que la réception et la transmission d’ordres, l’exécution d’ordres, la gestion de portefeuille, le conseil en investissement, la souscription ou le placement d’instruments financiers. Les sociétés d’investissement sont soumises au cadre MiFID II, qui régule leur autorisation, leur conduite des affaires, leurs exigences organisationnelles et prudentielles, ainsi que leur supervision. Le MiCAR permet aux sociétés d’investissement autorisées en vertu du MiFID II de fournir ou d’exécuter des services ou activités de crypto‑actifs relatifs aux crypto‑actifs qualifiés d’instruments financiers, sans obtenir d’autorisation supplémentaire au titre du MiCAR. Cependant, elles doivent se conformer aux règles et réglementations MiFID II pertinentes, ainsi qu’à certaines exigences spécifiques du MiCAR, telles que les obligations de sauvegarde et de lutte contre le blanchiment d’argent. Les sociétés d’investissement souhaitant fournir ou exécuter des services ou activités de crypto‑actifs relatifs aux crypto‑actifs ne qualifiant pas d’instruments financiers doivent obtenir une autorisation au titre du MiCAR et se conformer à ses règles et réglementations.
  • Règle du voyage : La règle du voyage est une exigence qui oblige les institutions financières à échanger certaines informations sur l’expéditeur et le bénéficiaire d’un transfert de fonds, telles que leurs noms, adresses, numéros de compte et montants des transactions. La règle du voyage vise à prévenir le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi qu’à faciliter la traçabilité et la transparence des transferts de fonds. La règle du voyage s’applique aux transferts de crypto‑actifs au titre du MiCAR, qui sont définis comme toute transaction entraînant le changement de propriétaire d’un ou plusieurs crypto‑actifs d’une personne à une autre. MiCAR oblige les CASP impliqués dans les transferts de crypto‑actifs à échanger les informations suivantes avec d’autres CASP :
    • Le nom et le numéro de compte de l’expéditeur
    • Le nom et le numéro de compte du bénéficiaire
    • L’adresse de l’expéditeur, son numéro de document d’identité officiel, son numéro d’identification client ou sa date et lieu de naissance
    • L’adresse du bénéficiaire, son numéro de document d’identité officiel, son numéro d’identification client ou sa date et lieu de naissance
    • Le montant et le type de crypto‑actif transféré
    • La date et l’heure du transfert de crypto‑actif
    • Toute autre information requise par les autorités compétentes

Les CASP doivent veiller à ce que les informations soient exactes et complètes, et qu’elles soient transmises de manière sécurisée et confidentielle. Ils doivent également conserver les registres de ces informations pendant au moins cinq ans. Ils doivent mettre en œuvre la règle du voyage d’ici le 30 juin 2024, date identique à l’application des normes du Groupe d’action financière (FATF) sur les actifs virtuels et les fournisseurs de services d’actifs virtuels.

Les principales juridictions de l’UE pour la conformité au MiCAR et l’arbitrage réglementaire

L’objectif du MiCAR est d’établir un environnement équitable et un marché unifié pour les crypto‑actifs et les services associés au sein de l’UE. Cela doit être réalisé en harmonisant et en simplifiant les cadres réglementaires nationaux actuels, éliminant ainsi la fragmentation et l’incertitude réglementaires. Néanmoins, le MiCAR reconnaît la nécessité d’une certaine flexibilité et discrétion réglementaire au niveau national, ouvrant la porte à l’arbitrage réglementaire et à la concurrence entre les États membres de l’UE dans des domaines spécifiques. Certains des domaines où le MiCAR accorde une discrétion et une flexibilité nationales sont :

  • La définition et le traitement des crypto‑actifs qualifiés d’instruments financiers, dépôts, dépôts structurés, monnaie électronique, positions de titrisation, produits d’assurance ou produits de retraite au regard de la législation financière existante de l’UE. Le MiCAR ne fournit pas de définition claire et uniforme de ces crypto‑actifs, ni n’harmonise leur classification et régulation à travers l’UE. Par conséquent, les États membres peuvent adopter des approches et interprétations différentes, ce qui peut affecter le champ d’application et la portée du MiCAR.
  • L’autorisation et la supervision des émetteurs de crypto‑actifs et des CASP. Le MiCAR instaure le principe de l’État membre d’origine, ce qui signifie que les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP sont autorisés et supervisés par l’autorité compétente de l’État membre où ils ont leur siège social ou administratif. L’autorisation est valable dans tous les États membres et permet aux émetteurs et aux CASP de « passeporter » leurs activités à travers l’UE. Cependant, les États membres peuvent disposer de procédures et de critères différents pour accorder ou refuser l’autorisation, ainsi que de pratiques de supervision et d’application différentes, ce qui peut créer une divergence et une incohérence réglementaires.
  • Les frais et redevances liés à l’autorisation et à la supervision des émetteurs de crypto‑actifs et des CASP. Le MiCAR autorise les autorités compétentes des États membres à facturer des frais ou redevances pour l’autorisation et la supervision des émetteurs et des CASP, afin de couvrir leurs coûts et dépenses. Cependant, le MiCAR ne précise pas le montant ni la méthode de calcul de ces frais ou redevances, ni n’impose de plafonds. Ainsi, les États membres peuvent fixer des niveaux et des structures de frais différents, ce qui peut influencer la compétitivité et l’attractivité de leurs marchés de crypto‑actifs.

Compte tenu de ces domaines de discrétion et de flexibilité nationales, certaines des principales juridictions de l’UE pour la conformité au MiCAR et l’arbitrage réglementaire sont :

  • France : La France est l’un des premiers et des plus proactifs États membres de l’UE à adopter un régime national pour les crypto‑actifs et les services associés, sous la loi PACTE de 2019. La loi PACTE prévoit une inscription facultative et une licence facultative pour les CASP, ainsi qu’une approbation obligatoire pour les offres initiales de pièces (ICO). La loi PACTE reconnaît également les crypto‑actifs comme des biens incorporels et leur confère une certitude juridique et fiscale. La France bénéficie d’un régulateur favorable et innovant, l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui a publié plusieurs guides et recommandations sur les crypto‑actifs et les services associés. La France est également membre fondateur et acteur clé du Partenariat européen sur la blockchain (EBP), qui vise à développer une infrastructure de services blockchain européenne (EBSI) soutenant la fourniture de services publics numériques transfrontaliers. La France devrait maintenir et renforcer sa position de leader sur le marché des crypto‑actifs sous le MiCAR, grâce à un régime national solide et flexible, un environnement juridique et fiscal favorable et stable, ainsi qu’un régulateur fort et coopératif.
  • Allemagne : L’Allemagne est un autre pionnier et leader du marché des crypto‑actifs, disposant d’un régime national complet et avancé pour les crypto‑actifs et les services associés, sous la loi bancaire de 1961 et la loi sur le commerce des valeurs mobilières de 1998. La loi bancaire définit les crypto‑actifs comme des instruments financiers et les soumet au cadre MiFID II, tandis que la loi sur le commerce des valeurs mobilières régule l’émission et la négociation des crypto‑actifs qualifiés de titres. La loi bancaire exige également que les CASP obtiennent une licence de l’Autorité fédérale de supervision financière (BaFin), un régulateur compétent et expérimenté qui a publié plusieurs guides et circulaires sur les crypto‑actifs et les services associés. L’Allemagne possède un écosystème crypto‑actif robuste et diversifié, avec plusieurs acteurs établis et émergents, tels que Bitwala, Bison, Bitbond, Nuri et Neufund. L’Allemagne devrait conserver et renforcer son rôle de premier plan sur le marché des crypto‑actifs sous le MiCAR, grâce à un régime national clair et cohérent, un cadre juridique et fiscal fiable et efficace, ainsi qu’un régulateur réputé et soutenant.
  • Malte : Malte est un petit État membre de l’UE mais ambitieux, qui s’est positionné comme un hub mondial pour les crypto‑actifs et les services associés, sous la Virtual Financial Assets Act de 2018. Cette loi offre un régime complet et sur‑mesure pour les crypto‑actifs et les services associés, couvrant l’émission, l’offre et l’admission à la négociation des crypto‑actifs, ainsi que la licence et la supervision des CASP. La loi introduit également le concept d’agent d’actif financier virtuel (VFA), une personne qui agit comme intermédiaire entre les émetteurs de crypto‑actifs ou les CASP et le régulateur, la Malta Financial Services Authority (MFSA). La MFSA est un régulateur proactif et tourné vers l’avenir, qui a publié plusieurs règles et guides sur les crypto‑actifs et les services associés, ainsi qu’un cadre VFA définissant les principes et meilleures pratiques pour l’industrie des crypto‑actifs. Malte a attiré et hébergé plusieurs acteurs de premier plan et innovants du marché des crypto‑actifs, tels que Binance, OKEx, BitBay et ZBX. Malte devrait poursuivre et élargir son rôle de leader sur le marché des crypto‑actifs sous le MiCAR, grâce à un régime national complet et sur‑mesure, un cadre juridique et fiscal favorable et attractif, ainsi qu’un régulateur proactif et tourné vers l’avenir.

Conclusion

MiCAR est une législation phare qui vise à créer un cadre harmonisé et complet pour la régulation des crypto‑actifs et des services associés dans l’UE.

Elle introduira la certitude juridique, la protection des consommateurs, l’intégrité du marché et la stabilité financière, tout en favorisant l’innovation et la concurrence, en permettant des activités transfrontalières et des droits de passeport pour les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP au sein de l’UE. Cependant, MiCAR pose également certains défis et obligations pour les émetteurs de crypto‑actifs et les CASP, ainsi que pour d’autres institutions financières et investisseurs qui interagissent avec les crypto‑actifs.

J’ai hâte de voir le développement de ce cadre.

Anndy Lian est le conseiller numérique en chef de l'Organisation mongole de productivité et partenaire ainsi que gestionnaire de fonds supervisant les investissements blockchain pour Passion Venture Capital Pte. Ltd. Adoptant tôt la blockchain, investisseur et entrepreneur, il a conseillé des gouvernements, des entreprises publiques et des organisations à travers l'Asie sur les actifs numériques, les technologies émergentes et la stratégie d'innovation. Il a précédemment occupé le poste de président de BigONE Exchange et celui de membre du conseil consultatif de Hyundai DAC, la branche blockchain du groupe Hyundai Motor Group.

Lian est l'auteur du best‑seller Blockchain Revolution 2030 et du livre récemment publié Web4: The Age of Autonomous Intelligence, qui explore la convergence de l'intelligence artificielle et de la blockchain comme fondement de la prochaine génération d'Internet. À travers ses écrits et son travail de conseil, il se concentre sur l'avenir des systèmes décentralisés, les agents IA autonomes, la souveraineté numérique et l'évolution de la finance numérique.