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L3Harris (LHX): Mise à l’échelle du 21e siècle « Arsenal de la liberté »

Au 20th siècle, les conflits étaient caractérisés par quelques systèmes d’armes dominants tels que les chars, les porte‑avions, les avions de chasse et les bombardiers lourds. Posséder la version la plus avancée de ces armes offrait à une nation un avantage extraordinaire sur son adversaire, les États‑Unis étant le modèle de cette approche « technologie d’abord » en matière de stratégie militaire.
Le 21e siècle ne sera pas différent, la technologie offrant un avantage clé aux forces armées.
Mais les systèmes importants seront différents : réseaux connectés, actifs spatiaux, cyberdéfense, drones et systèmes de missiles sont désormais aussi, voire plus, importants que les chars et les avions, comme le montre les cinq années de guerre en Ukraine et le récent conflit avec l’Iran.
Dans ce cas, certaines entreprises de défense déjà leaders dans ces catégories pourraient en bénéficier grandement, une partie des billions de dollars dépensés en défense étant redirigée vers elles.
Alors que la carte du monde se remplit de nouveaux conflits potentiels, investir une partie d’un portefeuille dans le secteur de la défense peut avoir du sens.

Source: L3Harris
Un des plus grands contractants de défense dont le profil correspond à cette idée est L3Harris, une société de défense axée sur l’aérospatiale et les communications.
(LHX )
Vue d’ensemble de L3Harris
Historique de L3Harris
Aujourd\’hui, L3Harris est le résultat de la fusion de L3 Technologies et de Harris Corporation en 2019.
La Harris Automatic Press Company a été fondée en 1985, est entrée sur le marché radio en 1957, a ajouté la technologie micro‑ondes et antennes dans les années 1970, les semi‑conducteurs dans les années 1980, puis l’avionique dans les années 2000 et 2010.
Parallèlement, L3 Technologies a été créée en 1997 pour absorber certaines unités commerciales de Lockheed Martin, ajoutant rapidement à cette activité avionique des radars, de l’imagerie, d’autres électroniques, des capteurs, des composants spatiaux et des antennes.
Les deux sociétés étant déjà actives dans les solutions sans fil, télécommunications, électroniques et de navigation pour le militaire, la fusion a créé une position beaucoup plus forte pour la nouvelle entreprise, en faisant, à l’époque, le 6th plus grand contractant de défense aux États‑Unis.
La position de l’entreprise dans le secteur de la défense s’est élargie en juillet 2023 avec l’acquisition du développeur de réacteurs de missiles hypersoniques Aerojet Rocketdyne pour 4,7 Mds $, ajoutant un 4ᵉ département centré sur la production de missiles.
L3Harris en chiffres
L3Harris emploie plus de 47 000 personnes, dont 20 000 disposent d’une habilitation de sécurité.
Plus d’un million de radios tactiques de la société sont utilisées aujourd’hui, ainsi que les Communications Tactiques de Nouvelle Génération (NGTC), 100 000 récepteurs GPS et 56 satellites fournissant la couche de suivi de la SDA (Space Development Agency) pour les missiles et autres menaces.
L’entreprise produit également 1 600 composants pour chaque avion F‑35, y compris les systèmes critiques de libération d’armes.
Elle a généré 21,9 Mds $ de revenus en 2025, en hausse de 5 % d’une année sur l’autre, et prévoit d’atteindre 23 Mds‑23,5 Mds $ en 2026, soit une croissance de 7 %. Cela correspond à une tendance à long terme de hausse des revenus depuis l’acquisition d’Aerojet Rocketdyne, avec un TCAC de 6 %.
Le flux de trésorerie disponible a également augmenté, devant doubler le flux de 2023 d’ici 2026, grâce à des marges opérationnelles en hausse constante.

Source: L3Harris
L’entreprise a distribué 903 M$ de dividendes et racheté 1,2 Mds $ d’actions en 2025.
Segments d’activité principaux
L’entreprise répartit son activité en 4 catégories.
Le premier est les systèmes de communications, avec 5,6 Mds $ de revenus en 2025, couvrant les radios tactiques, les systèmes GPS, mais aussi la gestion du trafic aérien et les communications au‑delà de la ligne de visée.
Le deuxième est les systèmes de mission intégrés, avec 6,6 Mds $ de revenus en 2025, couvrant les outils de commandement et de contrôle, la guerre électronique, ainsi que le renseignement d’origine signal (SIGINT) et le renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR).
Le troisième est les systèmes spatiaux et aéroportés, avec 6,9 Mds $ de revenus en 2025, couvrant les lancements spatiaux comme celui utilisé dans la mission Artemis II, les satellites militaires, les radars spatiaux, l’observation météorologique et l’avionique.
Le quatrième et dernier est Aerojet Rocketdyne, avec 2,8 Mds $ de revenus en 2025, produisant des missiles.
Systèmes de communications
Les forces armées modernes nécessitent un flux quasi constant de données le long de la chaîne de commandement, la guerre combinée s’intégrant en une seule entité d’infanterie, d’artillerie, d’avions et même d’actifs navals.
Cela requiert des communications sécurisées et chiffrées jusqu’au soldat individuel. Ces communications « tactiques » constituent la majeure partie des revenus de ce segment, représentant environ la moitié du chiffre d’affaires avec des capteurs supplémentaires pour autonomiser les soldats, comme la vision nocturne et les capteurs infrarouges. L3Harris contrôle près de la moitié du marché mondial des radios tactiques, plusieurs fois plus grand que le concurrent suivant.

Source: L3Harris
Le reste du segment comprend la guerre électronique et les solutions réseau, deux domaines d’importance croissante à mesure que la guerre se numérise et devient dominée par les munitions de précision, les drones volants et autres systèmes sans pilote.
Beaucoup de ces systèmes ont été testés en Ukraine et ont prouvé être une bouée de sauvetage vitale pour les soldats en première ligne. Les systèmes anti‑drone devraient voir leurs livraisons multipliées par 4 d’ici 2028, la capacité de production augmentant de 40 %.

Source: L3Harris
Systèmes de mission intégrés
Ces systèmes rassemblent les informations provenant de l’espace, des plateformes aéroportées, des équipements terrestres et navals.
Ils incluent également plusieurs programmes ISR classés (secret), destinés à remplacer la flotte vieillissante d’avions radar et de renseignement de l’armée américaine.
C’est, de loin, avec les radios tactiques, le segment le plus international de l’entreprise, avec, par exemple, le contrat pour l’avion d’alerte précoce et de contrôle aéroporté pour la République de Corée toujours en cours de déploiement.
Les systèmes de mission intégrés comprennent des capacités cyber, couvrant les communications spatiales sécurisées, les routeurs logiciels, les systèmes de contrôle pour drones, etc.
Ce segment incluait auparavant des solutions d’aviation civile, mais celles‑ci ont été vendues en 2025.
Systèmes spatiaux & aéroportés
Le réseau de satellites de l’entreprise dédié à la détection des lancements de missiles constitue une partie intégrante de la défense nucléaire américaine. Il devient également de plus en plus crucial pour contrer les menaces de missiles balistiques non nucléaires, comme le montre le bombardement des bases américaines au Moyen‑Orient. Le taux de production des satellites devrait tripler d’ici 2028, grâce à un carnet de commandes record.
Le système de détection spatiale est complété par des plateformes aéroportées (avions radar) et des radars navals. L’alerte précoce des missiles devrait stimuler la croissance à long terme, surtout pour une société comme L3Harris, capable d’intégrer, avec ses multiples produits, tous les niveaux de la chaîne de détection et de communication.

Source: L3Harris
En plus des satellites et capteurs spatiaux, l’entreprise construisait auparavant des systèmes de propulsion spatiale, y compris le propulseur de la fusée SLS. Cependant, cette activité moins stratégique a été partiellement vendue depuis janvier 2026 pour 846 M$, L3Harris ne conservant que 40 % de participation dans l’activité détournée, aux côtés du fonds d’investissement privé AE Industrial Partners.
En plus de l’équipement militaire classique, l’entreprise travaille également sur les « jets d’affaires missionnés », c’est‑à‑dire transformer des jets d’affaires moins chers en avions de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR). Plus de 7 plateformes différentes sont développées pour les armées américaine et britannique.
Ce segment est plutôt équilibré, aucune activité ne dominant les revenus, bien que la « missionisation des aéronefs », c’est‑à‑dire l’équipement d’avions avec le type adéquat de capteurs et d’électronique, soit l’activité la plus importante (incluant le F‑35).

Source: L3Harris
Solutions de missiles (Aerojet)
Ce segment est tiré par la capacité croissante des systèmes de missiles pour des frappes de précision.
Cela profite à l’entreprise tant du côté offensif que défensif.
Du côté offensif, les munitions à distance peuvent remplacer les avions de chasse comme le F‑35 pour des missions dans un espace aérien trop hostile pour risquer des aéronefs, ou pour des cibles trop éloignées d’une base aérienne ou d’un porte‑avions sécurisé.
Du côté défensif, les missiles et drones ennemis augmentent la demande de missiles de défense aérienne, entraînant un taux de consommation sans précédent ces dernières années, et encore plus depuis le début de la guerre avec l’Iran. Certains intercepteurs clés seront nécessaires à un niveau 4 fois supérieur à ce qui était prévu (et peut‑être davantage).
Cela inclut également le projet « Golden Dome », un système de défense antimissile basé dans l’espace.
En conséquence, si les missiles/munitions représentaient la moitié des revenus du segment, on s’attend à ce que leur importance croisse encore dans les années à venir.

Source: L3Harris
L’opportunité de capacité de missiles
Pour répondre à cette demande urgente, L3Harris a annoncé un partenariat inédit avec le Département de la Guerre (DoW).
Le DoW investira 1 Mds $ dans l’activité Missile Solutions de L3Harris via des titres privilégiés convertibles. Ensuite, L3Harris introduira en bourse son activité Missile Solutions au second semestre 2026, recréant en partie Aerojet Rocketdyne, mais avec d’autres technologies supplémentaires de L3Harris attachées. Après l’introduction, L3Harris conservera une participation majoritaire dans l’activité Missile Solutions.
« Les récentes actions de l’administration Trump ont remis l’accent sur le renforcement de la base industrielle de défense et la revitalisation de la concurrence après une vague de consolidation de 30 ans. S’appuyant sur plusieurs années d’investissements soutenus et d’améliorations opérationnelles de L3Harris, cette nouvelle société servira de partenaire clé au DoW pour soutenir les efforts de dissuasion et de défaite des adversaires des États‑Unis. »
Christopher Kubasik – Président‑directeur général, L3Harris
L’idée est de fournir financement et soutien pour l’expansion rapide de la capacité des programmes de missiles critiques du DoW, tels que le PAC‑3, le THAAD, le Tomahawk et le Standard Missile.
Et bien sûr, grâce à la propriété directe du DoW, un engagement clair et stable du DoW envers cette stratégie d’augmentation du volume de missiles, indépendamment des orientations politiques changeantes et souvent instables, donne à L3Harris la certitude de pouvoir planifier à long terme que sa capacité de production croissante sera utilisée et rentable.
L3Harris a également dévoilé à l’été 2025 son concept de missile Red World. Ce design devrait coûter entre 300 000 $ et 400 000 $ l’unité, contre plus d’un million de dollars pour les missiles de croisière à longue portée existants, s’inscrivant ainsi dans la bonne direction d’une munition plus nombreuse et moins coûteuse.
Pour atteindre ces objectifs de production, l’entreprise ajoute 1 million de pieds carrés d’usine répartis sur 60 bâtiments, avec un taux de production complet visé pour 2029 et 2030, selon le modèle de missile.

Source: L3Harris
Stratégie de L3Harris
Le perturbateur de confiance
L’entreprise est fière de son surnom de « perturbateur de confiance », pour sa réputation de créer des technologies innovantes capables de perturber les processus militaires habituels, parfois même ses propres capacités d’équipement. L’entreprise possède au total 12 839 brevets.
Parmi ces innovations figure le système de contrôle de véhicule de surface autonome (ASV), car les drones terrestres, aériens et maritimes pourraient, à terme, remplacer de nombreux équipements militaires actuellement utilisés.
Cela peut inclure, par exemple, Shadow Fox, le dernier véhicule de surface autonome (ASV) naval de génération, ainsi que les véhicules sous‑marins autonomes, les robots terrestres de reconnaissance, les drones quadrirotors, etc.
L’entreprise est également le principal fournisseur actuel de robots pour des tâches comme le déminage (déminage d’ordonnances explosives – EOD). Ces systèmes robotiques deviendront probablement de plus en plus puissants, les progrès de l’IA leur permettant d’opérer de façon plus autonome sur les futurs champs de bataille.
Une autre façon pour L3Harris d’innover est de s’associer à des petites et moyennes entreprises, via les programmes SBIR (Small Business Innovation Research) et STTR (Small Business Technology Transfer) du DoW. Après un délai de 6 mois, le Congrès américain a finalement adopté la loi de réautorisation en mars 2026, relançant le financement du programme.
Enfin, l’entreprise est également active dans le développement de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR), ayant développé un simulateur de formation d’ingénierie et d’opération pour les SMR pour la société SMR Terrestrial Energy.
Un fournisseur clé de défense
Les cinq plus grands contractants de défense tendent à se spécialiser dans des systèmes d’armes ou des technologies spécifiques, construisant l’équipement final utilisé par les soldats de l’armée américaine et de ses alliés.
En revanche, L3Harris est avant tout un fournisseur de technologie. Grâce à un mélange d’acquisitions et de R&D interne, elle est devenue un fournisseur indispensable de télécoms, de logiciels militaires, de cyberdéfense, de renseignement, d’aérospatiale et de technologie d’armement.
Cela signifie qu’au lieu de concurrencer directement les plus grands firmes de défense, elle devient un partenaire important pour chacune afin de rivaliser les unes contre les autres.
Cela donne à L3Harris la possibilité d’éviter majoritairement la situation du « le gagnant rafle tout » lorsqu’il s’agit de soumissions pour le développement de nouvelles plateformes d’armes majeures.
Investir dans L3Harris
En général, la croissance prévue du budget militaire américain, passant de 1 trillion à 1,5 trillion de dollars, devrait profiter à tous les investisseurs du secteur de la défense, surtout que la guerre en Ukraine a épuisé les stocks et le conflit avec l’Iran a révélé le besoin de plus de munitions et de défense antimissile.
C’est cette dernière révélation de l’évolution de la stratégie militaire qui pourrait le plus profiter à L3Harris. Si l’Ukraine a mis en évidence l’importance des drones et de la guerre électronique, le conflit avec l’Iran a souligné l’importance des défenses antimissiles. Et plus que tout, l’importance d’un stock profond d’intercepteurs, chaque missile entrant consommant 2‑3 intercepteurs.
De la même façon, les systèmes de détection aéroportés et spatiaux deviennent très importants à mesure que les radars terrestres sont détruits.
La direction de l’entreprise travaille en amont du problème, avec des plans déjà en cours pour multiplier plusieurs fois sa capacité de production de missiles et de satellites.
L’introduction prochaine en bourse du segment missiles pourrait libérer davantage de valeur comme moyen direct d’investir dans ce thème, si non seulement les États‑Unis mais aussi tous leurs alliés augmentent leurs stocks d’intercepteurs pour se défendre contre les menaces futures, tout en soutenant le cours de l’action L3Harris.
L3Harris devrait également bénéficier de la hausse des commandes aux autres entreprises de défense ou d’une force armée en expansion, puisqu’elle leur fournira un volume accru de radios sécurisées, de capacités réseau, de drones et d’autres capteurs, prenant une petite part de chaque « pie », quel que soit le système d’arme finalement choisi.











