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La fintech n’est pas le risque bancaire que les investisseurs pensent

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La fintech est souvent présentée comme une force extérieure qui pèse sur les banques traditionnelles. Les portefeuilles numériques peuvent affaiblir les relations avec les clients, les prêteurs alternatifs peuvent concurrencer les emprunteurs, et l’intelligence artificielle peut réduire le coût de la prestation des services financiers. Dans cette optique, chaque avancée technologique semble capable de déstabiliser les valorisations bancaires.

De nouvelles recherches suggèrent que cette explication est trop simpliste. Une étude menée par Selim Güngör, Müge Sağlam Bezgin et Emine Karaçayır1 a examiné les indices du secteur bancaire de huit grands marchés et a constaté que l’effet indépendant de l’innovation fintech sur la volatilité était généralement modeste. Une grande partie de ce qui semble être un risque fintech est en réalité un risque de marché plus large reflété dans les actifs à thème technologique.

Cette distinction modifie la question que les investisseurs doivent se poser. Le problème n’est pas simplement de savoir si la fintech menace les banques. Il s’agit de savoir si une banque est exposée aux conditions macroéconomiques, aux retombées internationales et aux chocs négatifs qui peuvent faire évoluer conjointement les actions technologiques et financières.

Séparer le risque fintech du risque de marché

Les fonds fintech et les indices technologiques ne mesurent pas l’innovation de façon isolée. Leurs cours réagissent également aux taux d’intérêt, à la croissance économique, à l’appétit des investisseurs et aux mouvements dans les secteurs technologique et financier plus larges. Un fonds négocié en bourse axé sur la fintech peut, par exemple, chuter lors d’un resserrement monétaire, même si les entreprises sous-jacentes continuent de lancer des produits utiles.

Les chercheurs ont tenté de séparer ces influences qui se chevauchent. Ils ont étudié les rendements quotidiens du 12 février 2019 au 31 juillet 2025, couvrant les indices bancaires du Canada, de la Chine, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, de la Suède, du Royaume-Uni et des États‑Unis. Leurs proxys d’innovation représentaient la technologie perturbatrice large, la fintech mondiale, la technologie financière américaine, la fintech spéculative, ainsi que l’IA et la robotique.

Avant de tester leur relation avec la volatilité bancaire, les chercheurs ont éliminé l’exposition aux facteurs communs de marché, de technologie, financiers, de taux d’intérêt et de style d’investissement. Les mouvements restants ont ensuite été introduits avec un décalage d’un jour, le VIX étant ajouté comme mesure supplémentaire du stress du marché.

Il s’agit de plus qu’un simple détail méthodologique. Les facteurs communs expliquaient entre 67 % et 82 % de la variation quotidienne des proxys d’innovation. Un modèle qui considère chaque mouvement d’un fonds fintech comme un événement propre à la fintech peut donc attribuer la responsabilité de l’innovation à une volatilité qui provient d’ailleurs.

Le même principe s’applique au-delà du secteur bancaire. Des recherches récentes de Securities.io sur pourquoi les marchés cryptographiques convergent lors de crises mondiales ont montré comment des actifs qui semblent distincts en conditions normales peuvent devenir fortement liés sous le stress. Des étiquettes telles que fintech, bancaire et actifs numériques peuvent décrire des modèles d’affaires, mais elles ne garantissent pas un risque indépendant.

Ce que les données bancaires ont révélé

Après avoir tenu compte de l’exposition commune, la plupart des effets liés à l’innovation étaient faibles, statistiquement insignifiants, ou dépendants du type de proxy technologique et du pays étudié. La technologie perturbatrice large était insignifiante dans sept des huit marchés bancaires. Le proxy de technologie financière axé sur les États‑Unis apportait également peu d’informations supplémentaires par rapport à ce qui était déjà présent dans les actions bancaires.

Les exceptions sont instructives. Les mouvements résiduels d’un proxy fintech spéculatif étaient associés à une volatilité accrue en Allemagne, au Royaume‑Uni et aux États‑Unis. En revanche, le résidu IA et robotique était associé à une volatilité plus faible en Italie et au Royaume‑Uni. L’innovation n’a pas eu d’effet universel.

Résultat de l’étude Résultat rapporté
Marchés étudiés Canada, Chine, Allemagne, Italie, Japon, Suède, Royaume‑Uni et États‑Unis
Connectivité totale de la volatilité 63.1%
Principaux transmetteurs nets Italie, États‑Unis et Allemagne
Effet de levier négatif significatif Cinq des huit marchés
Meilleure perte de prévision asymétrique Sept des huit marchés

Le message pratique n’est pas que la fintech soit devenue sans importance. L’innovation peut rediriger le crédit, modifier la concurrence sur les dépôts, réduire les frais et changer les institutions qui contrôlent les relations avec les clients. Comme le montre la couverture de Securities.io sur la façon dont la banque numérique modifie l’accès au crédit des entreprises, ses effets les plus importants peuvent se produire au sein des opérations bancaires plutôt que par des changements spectaculaires de l’activité globale.

La nouvelle étude montre plutôt que les prix du marché absorbent souvent ces évolutions via des canaux familiers. Si les entreprises fintech et les banques déclinent toutes deux en raison de la hausse des taux d’actualisation, qualifier la volatilité bancaire qui en résulte d’un effet direct de la fintech confond le thème avec la cause.

Les mauvaises nouvelles comptent plus que les bonnes nouvelles

Le trait récurrent le plus évident n’était pas l’innovation mais l’asymétrie. Au Canada, en Allemagne, en Italie, au Royaume‑Uni et aux États‑Unis, les chocs négatifs ont accru la volatilité davantage que les chocs positifs de même ampleur.

Cet effet de levier repose sur des bases intuitives. La chute des actions bancaires peut accentuer les inquiétudes concernant la solidité du capital, la qualité des actifs, la liquidité et les coûts de financement. Un mouvement négatif peut donc susciter de nouvelles questions qu’un gain comparable n’engendre pas. Les pertes peuvent également contraindre à rééquilibrer le portefeuille, augmenter l’activité de couverture et attirer une attention réglementaire plus étroite.

Les chercheurs ont constaté que la volatilité restait très persistante sur tous les marchés, les estimations de persistance variant entre 0,89 et 0,99. Les marchés ont également basculé entre des régimes relativement calmes et turbulents. Les périodes de forte volatilité coïncidaient avec le choc du COVID‑19, l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le cycle mondial de resserrement monétaire.

Les investisseurs évaluant les actions bancaires doivent donc considérer les conditions de marché comme faisant partie intégrante du titre. Une annonce technologique publiée dans un marché calme n’a pas les mêmes implications de tarification qu’une information similaire diffusée alors que la liquidité se détériore ou que les taux sont en cours de réévaluation.

La diversification internationale peut échouer en période de tension

L’étude a estimé une connectivité totale de la volatilité de 63,1 %. En pratique, près des deux tiers de la variation de l’erreur de prévision dans le réseau de huit pays provenaient de retombées inter‑marchés plutôt que chaque marché bancaire agissant de façon indépendante.

La majeure partie de la transmission s’est produite sur des horizons dépassant une semaine. L’Italie était le principal transmetteur net, suivie des États‑Unis et de l’Allemagne. Le Japon, la Suède, le Royaume‑Uni et la Chine étaient des récepteurs nets, bien que la Chine apparaisse relativement isolée.

Cela crée un problème de portefeuille. Un investisseur peut détenir des banques dans plusieurs pays et rester exposé de façon concentrée au même réseau mondial de volatilité. La diversification géographique peut réduire le risque propre à chaque institution tout en offrant une protection moindre contre les chocs traversant les États‑Unis et les marchés européens majeurs.

Les résultats soulèvent plusieurs questions pour évaluer l’exposition bancaire :

  • Le portefeuille est‑il diversifié selon le risque sous‑jacent ou uniquement géographiquement ?
  • Quels marchés transmettent la volatilité pendant le régime actuel ?
  • Dans quelle mesure les positions sont‑elles sensibles aux chocs négatifs du marché et des taux ?
  • Un proxy fintech apporte‑t‑il une information supplémentaire au‑delà d’une exposition technologique large ?

Ce cadre complète également les travaux de la Banque des règlements internationaux sur le système monétaire et financier de prochaine génération. La nouvelle infrastructure peut transformer les paiements et les marchés de titres, mais elle reste ancrée dans la monnaie des banques commerciales, les réserves des banques centrales, les titres gouvernementaux et les institutions financières réglementées. L’innovation et le système existant sont de plus en plus imbriqués plutôt que clairement opposés.

Investir dans un acteur bancaire piloté par la technologie

JPMorgan Chase

Pour les investisseurs souhaitant s’exposer à une banque développant des technologies financières à l’échelle institutionnelle, JPMorgan Chase constitue un exemple pertinent. L’entreprise fait partie du système bancaire américain, identifié par l’étude comme l’un des principaux transmetteurs nets de volatilité, tout en exploitant une infrastructure technologique couvrant les paiements, la cybersécurité, l’analyse de données, l’IA et l’apprentissage automatique.

JPMorgan indique qu’elle traite 12 000 milliards de dollars de paiements chaque jour et investit environ 19,8 milliards de dollars par an dans la technologie. Ses opérations technologiques comprennent la recherche appliquée, un centre d’apprentissage automatique et la recherche en IA axée sur la finance. Cette ampleur fait de la technologie une capacité opérationnelle plutôt qu’une catégorie de produit restreinte.

JPM Graphique du prix

Le cas d’investissement ne peut toujours pas se réduire aux dépenses technologiques. La recherche montre que l’exposition macroéconomique, la connectivité internationale et l’asymétrie à la baisse peuvent dominer la volatilité liée à l’innovation elle‑même. JPMorgan peut recourir à l’IA et à l’infrastructure numérique pour améliorer l’efficacité, la sécurité et le service client, mais ses actions restent exposées aux cycles de crédit, aux taux, à la réglementation, à l’activité du marché et aux tensions qui se propagent à travers le système financier.

Cette combinaison en fait une illustration utile de l’idée centrale de l’étude. Les banques ne sont pas simplement des acteurs passifs menacés par la fintech. Les grandes institutions peuvent être simultanément développeurs technologiques, opérateurs d’infrastructure et nœuds systémiques du marché.

Le risque fintech nécessite une définition plus précise

L’étude ne prouve pas que l’innovation financière soit inoffensive. Ses proxys reflètent des thématiques cotées en bourse et le sentiment des investisseurs plutôt que des mesures directes telles que les brevets, les lancements de produits, l’adoption de logiciels ou les agréments réglementaires. L’analyse est associative, et l’article final publié pourrait faire l’objet d’une relecture supplémentaire du fait que le document examiné est une pré‑preuve de revue.

Sa contribution reste toutefois importante. Les investisseurs commencent souvent par un récit convaincant, puis recherchent des données de marché qui semblent le confirmer. En éliminant les expositions larges intégrées aux indices fintech, les chercheurs ont testé si l’innovation conservait encore un signal distinct. En général, il ne restait que peu de choses.

La meilleure conclusion est que la fintech transforme le secteur bancaire grâce à la concurrence, aux infrastructures et aux modèles opérationnels, tandis que la volatilité des actions bancaires se transmet principalement via des canaux financiers plus larges. Les investisseurs qui distinguent ces deux processus peuvent évaluer les technologies perturbatrices sans confondre chaque vente massive du marché avec une preuve que la fintech déstabilise le système bancaire.

Références :

1 Güngör, S., Sağlam Bezgin, M., & Karaçayır, E. (2026). Innovation FinTech, technologie perturbatrice et volatilité des actions bancaires : preuves dépendantes du régime et asymétriques provenant des principaux indices nationaux du secteur bancaire. Borsa Istanbul Review. https://doi.org/10.1016/j.bir.2026.100910

Daniel est un ardent défenseur du potentiel de la blockchain pour perturber la finance traditionnelle. Il a une passion profonde pour la technologie et explore toujours les dernières innovations et gadgets.