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Le Bitcoin comme monnaie de réserve mondiale possible : arguments et limites

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Une monnaie de réserve est une devise dans laquelle les banques centrales détiennent leurs réserves de change. Elle peut aussi servir de monnaie d’ancrage, c’est-à-dire de référence pour fixer un autre taux de change, mais les deux notions ne sont pas identiques. L’acceptation internationale, la liquidité des marchés et la confiance dans les institutions comptent davantage que le seul volume de billets en circulation.

Dans l’histoire économique internationale, différentes monnaies et différents métaux précieux ont occupé une place dominante. La puissance économique y contribue, mais aucune loi ne veut que chaque monnaie de réserve domine pendant exactement un siècle. Plusieurs monnaies internationales peuvent coexister durablement.

Histoire des monnaies internationales

Les schémas historiques populaires citent six monnaies successives : le real portugais, le real espagnol, le gulden ou florin néerlandais, la livre française, la livre sterling britannique et le dollar américain. C’est une simplification, non une chronologie universellement reconnue des réserves des banques centrales modernes depuis le XVe siècle.

Real portugais : période souvent citée, 1450–1530

Le commerce maritime portugais s’est développé pendant l’ère des grandes découvertes. Des ports et des réseaux commerciaux en Afrique et en Asie ont élargi l’influence internationale du pays. Le real portugais a acquis un rôle commercial, sans pouvoir être présenté avec certitude comme l’unique monnaie de réserve mondiale officielle ayant des dates précises de début et de fin. Le nom real est associé à des monnaies de la fin du Moyen Âge, sous Fernando Ier, généralement datées d’environ 1380.

Peso espagnol : période souvent citée, 1530–1640

Le peso espagnol, aussi appelé real de a ocho ou dollar espagnol, a été largement utilisé dans le commerce international du XVIe au XVIIIe siècle. L’union dynastique d’Isabelle Ire de Castille et de Ferdinand II d’Aragon n’a pas immédiatement fusionné toutes les institutions. Le real de a ocho était une pièce d’argent valant huit reales. Le dollar espagnol a influencé d’autres systèmes monétaires : le dollar américain s’est inspiré du populaire peso espagnol. Cette influence a dépassé la période indiquée dans le titre.

Dollar américain : essor au XXe siècle

La livre sterling était la principale monnaie internationale du XIXe siècle. Les guerres mondiales ont affaibli la position financière britannique. Le dollar américain, surnommé greenback, a gagné du terrain pendant l’entre-deux-guerres et consolidé son rôle après Bretton Woods. Il n’y a pas eu de basculement complet et définitif en une seule année, 1921.

Pendant la prépondérance internationale de la livre sterling, l’étalon-or s’est développé. La Grande-Bretagne a rétabli la convertibilité en or en 1821 après une interruption ; le système avait des origines plus anciennes. L’unité monétaire était liée à une quantité fixe d’or, et d’autres pays ont ensuite adopté ce modèle.

Les États-Unis ont été d’importants fournisseurs et créanciers pendant les guerres, accumulant de grandes réserves officielles en or. Dans les années d’après-guerre, ils détenaient une forte proportion de l’or monétaire mondial. En 1949, le FMI décrivait leur part comme représentant environ les deux tiers des réserves officielles mondiales d’or, non de tout l’or de la planète. Les difficultés de l’étalon-or étaient liées aux guerres, aux dettes et aux déséquilibres, pas seulement au paiement des armes.

En juillet 1944, 730 délégués de 44 pays se sont réunis à la Conférence monétaire et financière des Nations unies à Bretton Woods, dans le New Hampshire. Ils ont conçu des taux de change fixes mais ajustables par rapport au dollar. Les autorités monétaires étrangères compétentes pouvaient convertir le dollar américain en or à 35 dollars l’once troy, sans que ce droit soit illimité pour chaque particulier. Le dispositif est connu sous le nom d’accord de Bretton Woods. La convertibilité en or a été suspendue en 1971 ; le dollar actuel ne bénéficie pas de la même couverture en or.

La conférence a également jeté les bases du FMI et de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, BIRD. La BIRD appartient au Groupe de la Banque mondiale, qui est plus large que cette seule banque.

Le Bitcoin comme monnaie de réserve possible

En mars 2022, le FMI a publié un document de travail de Serkan Arslanalp, Barry Eichengreen et Chima Simpson-Bell intitulé :“The Stealth Erosion of Dollar Dominance: Active Diversifiers and the Rise of Nontraditional Reserve Currencies.”Il analyse la composition monétaire des réserves officielles. Il s’agit d’une recherche des auteurs, pas nécessairement de la position du conseil du FMI ni d’une recommandation du Bitcoin.

Le recul de la part du dollar n’a pas été accompagné d’une hausse proportionnelle de l’euro, de la livre britannique ou du yen japonais. Environ un quart du déplacement est allé vers le renminbi chinois et trois quarts vers d’autres monnaies de réserve moins traditionnelles. Les auteurs décrivent ce changement comme important et largement réparti.

En 2021, les monnaies de réserve non traditionnelles représentaient environ 1 200 milliards de dollars, soit 10 % des réserves identifiées. Il s’agissait de monnaies officielles, comme les dollars australien et canadien, pas d’une allocation de 10 % au Bitcoin ou à d’autres cryptoactifs.

Les plateformes électroniques de change, la tenue de marché automatisée et la gestion automatisée de la liquidité ont réduit les coûts de transaction. Un avantage économique des échanges passant par le dollar s’est ainsi amoindri. AMM et ALM ne désignent pas nécessairement ici des blockchains ou des pools de liquidité DeFi.

Source : FMI, Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves (COFER).

Les gestionnaires de réserves sont passés d’une forte concentration sur quelques monnaies à une diversification plus large. L’étude ne démontre pas l’ajout massif de cryptoactifs aux réserves des banques centrales.

Des critiques estiment que les conditions des prêts du FMI peuvent limiter la marge de politique économique des petits pays et refléter l’influence des grands actionnaires. C’est un débat politico-économique, non la preuve que chaque programme sert uniquement les grandes économies.

Le FMI a averti des risques de volatilité, de stabilité financière, de protection des consommateurs et de finances publiques liés au Bitcoin. En janvier 2022, il a demandé au Salvador de retirer au Bitcoin son statut de monnaie ayant cours légal. Cette critique visait une décision politique précise, non le rejet de toute technologie blockchain.

Dans “The Stealth Erosion of Dollar Dominance”, les monnaies non traditionnelles sont d’autres devises officielles. Le document n’étudie pas le Bitcoin, les autres cryptoactifs ou la blockchain comme substituts au dollar. Ce périmètre ne prouve pas, à lui seul, une volonté de faire taire le Bitcoin.

Un rôle monétaire plus large pour le Bitcoin reste une hypothèse. Fin 2022, il ne constituait pas une monnaie de réserve mondiale établie ; volatilité, liquidité, législation et conservation sécurisée étaient des questions majeures.

Arguments en faveur d’un rôle futur possible du Bitcoin

La technologie peut transformer des marchés établis. Un exemple est Uber, une plateforme de mise en relation pour des trajets, non une société classique de location de voitures. Les évolutions du transport, de l’hébergement et de la logistique montrent que de nouveaux réseaux peuvent concurrencer les modèles existants. La technologie des registres distribués peut aussi modifier les applications financières, mais le succès d’autres secteurs ne rend pas inévitable l’adoption du Bitcoin comme réserve.

Autonomie financière

Ses partisans voient le Bitcoin comme un moyen de réduire la dépendance envers des institutions monétaires étrangères, non comme l’unique voie vers l’autonomie. Le franc CFA recouvre deux unions monétaires distinctes, avec émission par les banques centrales africaines BCEAO et BEAC, non directement par le Trésor français. Les monnaies étaient liées au franc français puis, depuis 1999, à l’euro. La France garantit leur convertibilité en euros. Les règles diffèrent : en Afrique de l’Ouest, l’obligation de centraliser des réserves sur un compte français a été supprimée, tandis que l’Afrique centrale a conservé un autre régime. Les critiques des relations coloniales et du pouvoir monétaire relèvent du débat politique. Des cryptoactifs comme le Bitcoin offrent d’autres possibilités de conservation, mais ne mettent pas automatiquement fin aux traces du néocolonialisme ou de l’impérialisme monétaire. L’accès, la volatilité, la répartition de la propriété et les institutions locales restent importants.

Les limites de l’indépendance politique

Les décisions financières internationales et les sanctions peuvent poursuivre des objectifs politiques et avoir de graves conséquences économiques. Le Bitcoin n’a pas d’émetteur central, mais n’abroge pas les lois sur les sanctions. Les prestataires peuvent limiter les transactions, et un réseau ouvert ne donne pas à chacun la même influence économique ou le même droit de vote formel.

Vitesse, permanence et interconnexion

Les frais et délais de confirmation du Bitcoin dépendent de la demande, de la congestion et du degré de certitude recherché. Des secondes couches comme le Lightning Network peuvent accélérer les paiements et réduire les coûts, mais nécessitent de la liquidité et une gestion des canaux. La couche de base et les secondes couches ont des propriétés différentes.

Un éventuel rôle de réserve pour le Bitcoin et les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) constituent des évolutions distinctes. Une conversion rapide entre systèmes exige des infrastructures techniques, de la liquidité et des règles appropriées. Le Bitcoin ne rend pas automatiquement les connexions entre MNBC instantanées ou interopérables à l’échelle mondiale.

Bilan

La diffusion du Bitcoin depuis 2009 montre l’attrait d’un réseau numérique sans émetteur central. Le qualifier de candidat majeur pour les réserves mondiales reste ambitieux. Son pouvoir et son potentiel doivent être évalués avec les risques et les exigences institutionnelles de la gestion des réserves ; l’adoption ou le rendement ne sont pas garantis.

Pour approfondir, consultez notre guide d’investissement dans le Bitcoin.

Mandela a été un enthousiaste de la cryptomonnaie depuis 2017. Il adore la programmation et écrire sur les technologies émergentes. Il a une compréhension approfondie de la technologie de registre distribué et de la pile de technologie Web3. Il aime rechercher de nouveaux projets de cryptomonnaie.