Transport
Tesla lance la production du Cybercab: une nouvelle ère pour TSLA

Tesla (TSLA ) a parcouru un long chemin depuis que le premier Tesla Roadster a démontré que les véhicules électriques (VE) peuvent être puissants et « cool », au lieu de glorifiées voitures de golf.
Aujourd’hui, l’entreprise est un grand constructeur automobile, plusieurs de ses modèles figurant parmi les meilleures ventes mondiales. C’est aussi une « action culte », avec un suivi très actif et enthousiaste parmi les investisseurs particuliers.
Cependant, il est également vrai que pendant quelques années, Tesla a quelque peu surpromis et sous‑livré. Par exemple, le camion Tesla Semi n’est toujours pas en vente.
Nulle part cette tendance à pousser le « temps d’Elon » pour les dates de livraison n’a été plus vraie qu’avec la capacité de conduite autonome. L’entreprise s’attend depuis longtemps à commercialiser une expérience de conduite entièrement autonome en seulement 1 à 2 ans, dès 2016‑2018, il y a dix ans.
Le dernier coup de pouce pour ce concept « bientôt disponible » a eu lieu en octobre 2024, lors de l’événement « We Robot », où Tesla a annoncé la sortie prochaine de robotaxis au style art déco qui pourrait ou non s’inspirer du film I, Robot.

Source: X
L’idée était de produire bientôt un deux‑places entièrement autonome sans volant, ainsi que le Robovan, qui pourra accueillir jusqu’à 20 sièges et sera conçu pour le transport régulier de plus de personnes à un prix inférieur.
Après deux ans, même les fans les plus optimistes de Tesla ont commencé à se demander si ces produits seraient enfin fabriqués dans le monde réel et au-delà des événements de démonstration.
Ainsi, il a été une agréable surprise que Tesla annonce qu’elle a enfin lancé la production de masse du Tesla Cybercab lors de son robotaxi Cybercab révolutionnaire à Giga Texas. Cela pourrait être une nouvelle majeure pour les actionnaires de Tesla, car elle pourrait radicalement redessiner les finances et l’économie de l’entreprise. Et potentiellement révolutionner la façon dont le transport est effectué dans le monde entier.
Technologie autonome de Tesla
Une approche unique
Tesla est loin d’être la seule entreprise à se précipiter pour développer des capacités de conduite entièrement autonome. Cependant, Tesla a adopté très tôt une stratégie très différente de celle de ses concurrents, ce qui pourrait s’avérer un avantage décisif.
Multi-capteurs contre caméras
Tous les concurrents de Tesla s’appuient sur un large éventail de capteurs, tels que le radar, le LIDAR (détection similaire au radar utilisant des lasers) et les microphones, pour leurs véhicules autonomes.
Cela fournit beaucoup plus de données à l’IA qui pilote la voiture, mais rend également les véhicules autonomes très complexes et coûteux à construire. Cela peut aussi rendre les modèles d’IA requis plus complexes ou instables, car différents types d’entrées peuvent se contredire.
À la place, Tesla utilise exclusivement des données visuelles provenant de caméras. Cela rend les robotaxis de Tesla beaucoup plus similaires aux conducteurs humains et exploite le fait que les routes sont conçues pour que ces données suffisent à une conduite sécurisée.
C’est pourquoi le robotaxi présenté en 2024 peut raisonnablement se situer dans la fourchette de 30 000 $, alors que, à lui seul, le système LIDAR de la plupart des autres voitures autonomes coûterait plus cher.
Collecte de données et entraînement de l’IA
Une autre différence clé réside dans la collecte de données pour entraîner l’IA de conduite autonome. Toutes les autres entreprises de conduite autonome ont dû construire une flotte de véhicules personnalisés modifiés avec des capteurs et ordinateurs supplémentaires, puis les tester sur de vraies rues avec des employés rémunérés au volant.
Cette approche coûteuse limite naturellement le volume total de données, chaque kilomètre parcouru nécessitant le paiement d’une personne pour conduire une voiture tout aussi onéreuse.
Tesla collecte des données de chaque Tesla jamais vendue, chacune équipée des 9 caméras qui seraient installées sur un robotaxi autonome. Cela a donné à Tesla un énorme avantage en matière de collecte de données. Un avantage si considérable qu’il fait paraître les données collectées par tous ses concurrents réunis comme une simple erreur d’arrondi.

Source: ARK Invest
Cybercab de Tesla
Prêt pour le grand public ?
Aujourd’hui, grâce à l’avantage de capteurs plus simples et moins chers et à davantage de données, il pourrait sembler qu’un véhicule entièrement autonome soit déjà sur la route. Mais en pratique, Tesla peine encore à atteindre le niveau de sécurité qui permettrait à son logiciel d’être aussi sûr que les humains.
Cependant, le Cybercab annoncé supprimera entièrement les contrôles traditionnels tels que le volant et les pédales. Il semble donc que Tesla soit confiante de pouvoir déployer un Cybercab sans conducteur sûr dans les rues et d’obtenir rapidement l’autorisation nécessaire.
Pour l’instant, seuls certains de ses « robotaxis » fonctionnent dans des zones géorégionnées limitées. Il convient de noter qu’à l’avenir, la marque Cybercab remplacera les robotaxis, comme Tesla a tenté mais échoué à déposer la marque « Robotaxi » auprès du Office des brevets et marques des États‑Unis.
Le nouveau design du modèle Cybercab a été dévoilé, il aura une peinture dorée brillante et ressemblera un peu à un Cybertruck plus arrondi, s’éloignant du modèle à finition mate présenté lors de l’événement We, Robot en 2024.

Source: TechOperator
Lors de la première annonce en 2024, Musk a déclaré que Tesla produirait 2 millions d’unités par an de Cybercab en pleine capacité de production, soit environ 38 000 véhicules par semaine.
En pratique, à ces débuts de production, il est probable que le nombre se situe plutôt à quelques centaines par semaine.
Réactions des régulateurs
Déployer des véhicules sans volant sur les routes américaines nécessitera, bien sûr, l’approbation des régulateurs.
Il n’est pas clair que les récents progrès du logiciel FSD (Full Self Driving) de Tesla suffisent à justifier un changement de position des régulateurs. Pour l’instant, les normes de sécurité des véhicules motorisés supposent généralement la présence d’un conducteur humain.
D’autres entreprises de véhicules autonomes comme Waymo et Cruise ont historiquement eu besoin d’exemptions de la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) car leurs véhicules ne respectaient pas toutes les normes fédérales de sécurité des véhicules motorisés (FMVSS) telles que la sécurité, les pare-chocs et les normes de prévention du vol. Cela leur imposait une limite de 2 500 véhicules par an, limitant fortement le potentiel d’un déploiement de masse.
À la place, le Cybercab a été conçu pour se conformer à toutes les normes FMVSS existantes, aucune dérogation n’est donc nécessaire et aucune limite de production n’est attendue. Il convient de noter que le test antérieur du Cybercab repéré dans la zone de crash-test de l’usine était équipé de volants et pédales temporaires afin de respecter les réglementations fédérales en vigueur lors des phases de collecte de données.
Les unités sans volant sont probablement en cours de préparation pour une petite flotte initiale, probablement pour des opérations pilotes à Austin ou pour une validation supplémentaire.
Par la suite, un déploiement plus important, justifiant le passage à la production de masse, nécessitera un changement réglementaire qui reste à voir.

Source: Joe Tegtmeyer
Tesla: Une entreprise en mutation
Changements de direction
Dans les derniers mois et semaines, de nombreux dirigeants de Tesla liés au Cybercab ont quitté l’entreprise, juste avant l’annonce du lancement de la production de masse. Par exemple :
- Mark Lupkey, le responsable des opérations de fabrication
- Victor Nechita, le chef de programme du véhicule Cybercab.
- Thomas Dmytryk, le directeur qui a construit le système de mise à jour over‑the‑air (OTA) de Tesla et l’infrastructure de robotaxi de covoiturage.
Cela crée une situation étrange où Tesla a perdu chaque chef de programme original du Cybercab juste avant le lancement.
En même temps, il pourrait s’agir davantage d’une série de départs motivés par des raisons personnelles et de carrière que d’un problème réel chez Tesla. Comme certains commentateurs l’ont remarqué :
« Étant donné que Musk a déclaré qu’il n’y aurait aucun modèle de véhicule supplémentaire, seulement de l’IA et des robots, il est compréhensible que les personnes de la production automobile puissent partir et chercher d’autres opportunités. »
Une entreprise de mobilité ?
Le déplacement de la direction loin des experts automobiles expérimentés pourrait effectivement refléter l’avenir de Tesla. Le constructeur automobile cherche activement à ne pas ajouter d’autres modèles de véhicules à sa gamme.
Au lieu de cela, l’accent est maintenant partiellement mis sur le Cybercab, mais pas seulement sur ce deux‑places. Le très attendu Tesla Semi semble également arriver. Il promet une autonomie allant jusqu’à 500 miles avec environ 400 miles en tests réels.
On s’attend à ce que le camion consomme 35 % moins d’énergie que ses rivaux électriques, Freightliner et Volvo, entraînant des coûts d’exploitation de seulement 23 cents par mile. De plus, le Tesla Semi délivre 1 000 chevaux, contre 536 ch pour le Freightliner et 455 ch pour le Volvo VNR.
Le camion peut récupérer jusqu’à 70 % de son autonomie en environ 30 minutes grâce aux Megachargers de Tesla, que l’entreprise déploie actuellement.
Le modèle commercial du Semi de Tesla a été annoncé comme s’éloignant partiellement des ventes traditionnelles de camions semi‑remorques. Au lieu de cela, un « Tesla Semi as a Service » est maintenant proposé par la société Alyath afin de supprimer les barrières de capital initiales de l’électrification des flottes.
Il se pourrait donc que dans les années à venir, Tesla évolue d’une entreprise automobile à une société de fabrication de camions + d’exploitation de Cybercabs.
Si (et c’est encore un « si ») le Cybercab est approuvé rapidement, la prévision d’un marché de plusieurs billions de dollars pour les taxis autonomes pourrait devenir une réalité.
Pendant ce temps, le marché des camions semi‑remorques est un marché de 154 milliards de dollars, prévu de croître à un TCAC de 5,6 % pour atteindre 266 milliards de dollars d’ici 2035. Tesla pourrait devenir le leader de ce marché s’il menait l’électrification des flottes commerciales comme il l’a fait pour les véhicules plus petits.
Dans l’ensemble, le succès du Tesla Semi et l’arrivée de véritables robotaxis sur le marché pourraient offrir à Tesla la possibilité de s’éloigner du marché des VE de plus en plus concurrentiel et saturé, pour accéder à une opportunité de plusieurs billions de dollars.
Et en arrière-plan, des progrès sont également réalisés sur le robot humanoïde Optimus.
Fusion SpaceX + Tesla ?
Bien sûr, lorsqu’on parle de Tesla, l’attention doit se porter sur le dirigeant de l’entreprise : Elon Musk. Récemment, l’homme le plus riche du monde a effectué d’importants mouvements au sein de son empire corporatif.
Notamment, xAI, la société d’IA d’Elon, qui possède le réseau social X.com, a fusionné avec SpaceX, le leader dominant des fusées réutilisables et de l’Internet spatial (Starlink). Et SpaceX se prépare à une IPO massive, potentiellement la plus grande jamais réalisée, avec une valorisation attendue à 1 billion de dollars américains.
Et la frontière entre xAI, SpaceX et Tesla a toujours été poreuse :
- L’extérieur du Cybertruck est fabriqué à partir du même alliage d’acier inoxydable propriétaire que le Starship de SpaceX.
- Les équipes d’ingénierie des matériaux chez Tesla et SpaceX travaillent souvent ensemble et tiennent parfois des réunions conjointes. Les problèmes de fabrication dans l’une des deux entreprises ont parfois été résolus par des ingénieurs de l’autre.
- La constellation Internet spatiale à faible latence Starlink pourrait être intégrée aux véhicules Tesla, en particulier le Starlink Mini et les futurs robotaxis et/ou Optimus.
- Les progrès de xAI en intelligence artificielle et en centres de données IA seront probablement essentiels pour rendre le FSD de Tesla pleinement fonctionnel.
- La constellation orbitale de centres de données IA imaginée par SpaceX pourrait également aider à entraîner les modèles d’IA de Tesla, mais il s’agit davantage d’une possibilité à long terme.
- Les deux entreprises partagent le même jet d’entreprise. En 2016, Tesla a payé à SpaceX environ 1,1 million de dollars pour l’utilisation du jet d’entreprise de Tesla.
Ainsi, la grande question pour les marchés et les investisseurs est de savoir si une fusion SpaceX‑Tesla est à l’horizon.
En principe, cela ne devrait pas poser de problème, comme le montre l’approbation récente de la fusion xAI‑SpaceX par ses actionnaires. Et cela ne devrait pas non plus poser de problème aux régulateurs de la concurrence, les deux entreprises opérant dans des secteurs complémentaires mais différents.
Cependant, il reste à voir si cela sera même proposé, et dans ce cas, si les actionnaires de Tesla voteront en faveur d’une telle méga‑fusion.
Très probablement, cela augmenterait la valorisation de Tesla et déclencherait potentiellement le fameux package de rémunération de 1 billion de dollars de Tesla pour Elon Musk. Pour que cela se produise, Tesla (ou Tesla+SpaceX ?) doit atteindre de nombreux seuils :
- Seuil de capitalisation boursière de 2 à 8,5 billions de dollars.
- Étapes EBITDA à partir de 50 milliards de dollars et allant jusqu’à 400 milliards de dollars.
- 20 millions de véhicules Tesla livrés au cumul.
- 10 millions d’abonnements FSD actifs.
- 1 million d’unités du robot « Optimus ».
- 1 million de robotaxis autonomes en exploitation commerciale.
Si ce package de rémunération était accordé, il pourrait augmenter considérablement le contrôle d’Elon Musk sur l’entreprise, ce qui, selon les points de vue, serait une bonne ou une mauvaise chose pour la société. Il est même possible que l’entreprise finisse par redevenir une société cotée en privé à long terme.
Investir dans le Cybercab
(TSLA )
La production de masse et le lancement commercial du Cybercab pourraient constituer le tournant le plus important de l’histoire de Tesla, une entreprise qui a déjà plusieurs fois transformé l’industrie automobile.
En effet, si cela fonctionne, cela signifiera que le système FSD est enfin suffisamment mature pour obtenir une approbation à grande échelle des régulateurs, faisant de Tesla la première entreprise à atteindre une conduite entièrement autonome en dehors des zones géorégionnées.
Dans ce cas, Tesla deviendrait soudainement une entreprise proposant la location de déplacements avec ses Cybercabs à une fraction du prix de la possession directe d’une voiture. Cela lui permettrait de générer directement des centaines de milliards de revenus, voire des billions.
Cependant, en cas d’échec, cela pourrait représenter un coup dur majeur pour l’entreprise. Et le risque de régulateurs obstinés et d’échéances FSD précédemment manquées en fait une possibilité très réelle.
En arrière-plan, le Tesla Semi, Optimus et une éventuelle fusion avec la société spatiale‑télécom‑IA SpaceX pourraient aider l’entreprise à se développer davantage, mais là aussi, des projections trop spéculatives et des échéances potentiellement manquées constituent un risque.
Dans l’ensemble, le lancement de la production de masse du Cybercab reste une très bonne nouvelle pour les actionnaires de Tesla, car il reflète que le programme de robotaxis de l’entreprise mûrit enfin vers la phase commerciale.
Mais la rapidité avec laquelle cela pourrait profiter aux résultats de l’entreprise dépendra des régulateurs, ce qui relève autant de la politique que de la technologie, rendant difficile toute prévision à court terme.












