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Tokenisation des titres : Évaluer les coûts et l’efficacité par rapport à une cotation traditionnelle

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Le concept de tokenisation des titres est présenté comme une avancée susceptible de démocratiser l’accès à l’investissement et de simplifier les échanges d’actifs. Malgré cet enthousiasme et les avantages possibles, je reste sceptique quant à l’idée qu’elle serait toujours moins coûteuse et plus efficace qu’une cotation traditionnelle. Je propose ici d’examiner ses coûts, son intérêt pour différentes entreprises et les raisons pour lesquelles tous les biens immobiliers ne s’y prêtent pas.

La promesse et la réalité de la tokenisation des titres

La tokenisation consiste à représenter des actifs ou des droits financiers par des jetons inscrits sur une blockchain. Il peut s’agir d’actions, d’obligations ou de participations dans une structure détenant un bien immobilier. Les droits précis du détenteur dépendent du montage juridique : un jeton ne transfère pas automatiquement la propriété directe du bien.

Ses partisans mettent en avant une réduction de certains coûts, une meilleure traçabilité et des échanges plus simples. Mais la technologie ne supprime pas à elle seule tous les intermédiaires ni les obligations réglementaires.

La réalité est donc plus complexe. Une infrastructure sécurisée et conforme peut exiger des investissements importants : analyse juridique, cybersécurité, développement et vérification des contrats intelligents. Il faut également financer la maintenance, les mises à jour et l’adaptation aux règles applicables.

Comparer les coûts : tokenisation et cotation traditionnelle

Une introduction en bourse, notamment sur une grande place comme le NYSE ou le Nasdaq, entraîne des frais de conseil, de placement, de conformité et de cotation. Leur montant dépend fortement de l’opération. Une fourchette présentée comme un coût moyen universel serait trompeuse sans préciser la source, l’échantillon et les frais inclus.

La tokenisation pourrait réduire certaines dépenses opérationnelles. Une infrastructure blockchain peut fonctionner en continu, mais cela ne garantit pas que chaque titre puisse être négocié 24 heures sur 24, sans restriction. Les horaires, les contrôles d’accès, la conservation et le règlement dépendent aussi de la plateforme et du cadre juridique. À mon avis, les économies éventuelles doivent être comparées aux coûts de sécurité et de conformité.

La liquidité promise n’est pas non plus garantie. Le fractionnement des droits peut abaisser le montant minimal d’investissement, mais la possibilité de revendre dépend de la présence d’acheteurs et de vendeurs, des restrictions de transfert et de l’existence d’un marché accessible. Un actif tokenisé peut rester illiquide.

Adéquation des entreprises à la tokenisation

  1. Jeunes entreprises et petites entreprises :
    Pour certaines jeunes entreprises, notamment technologiques, la tokenisation peut constituer un mécanisme de financement complémentaire. Elle peut faciliter la représentation de petites participations, mais l’accès à des investisseurs internationaux reste soumis aux règles d’offre de titres et aux conditions de chaque marché. Elle n’est pas nécessairement plus simple qu’un financement privé traditionnel.
  2. Immobilier et capital-investissement :
    Dans l’immobilier, des jetons peuvent représenter des parts d’une société ou d’un véhicule détenant un bien. Cela peut rendre l’investissement accessible avec un montant plus faible, sans garantir une sortie facile. De même, la tokenisation de parts de fonds de capital-investissement peut faciliter leur suivi ou certains transferts, mais les restrictions contractuelles, réglementaires et de liquidité subsistent.
  3. Marchés de niche et actifs spécialisés :
    Les entreprises liées à l’art, aux objets de collection ou à la propriété intellectuelle peuvent envisager des jetons représentant certains droits. Encore faut-il définir ces droits, leur opposabilité et leur lien avec l’actif. Le fractionnement et un marché secondaire peuvent être utiles, mais ne créent pas automatiquement de demande ni de valeur supplémentaire.

Les difficultés de la tokenisation immobilière

  1. Complexité réglementaire :
    L’immobilier est soumis à des règles qui varient selon les pays et les territoires. Selon le montage, il faut examiner notamment le droit des titres financiers, le droit immobilier et les obligations de lutte contre le blanchiment. La tokenisation ne dispense pas de ces exigences. Cette complexité peut augmenter les coûts et les délais, et réduire les économies attendues.
  2. Qualité des actifs :
    Tokeniser un bien de mauvaise qualité ou en difficulté ne supprime pas ses risques. Le procédé ne répare pas un bâtiment et ne modifie pas à lui seul son emplacement, son taux d’occupation ou ses revenus. Les investisseurs doivent toujours analyser les caractéristiques économiques et techniques du bien.
  3. Dynamique du marché :
    La réussite d’un projet immobilier tokenisé dépend notamment de l’adoption par les investisseurs et de la possibilité effective d’échanger les droits. Sans participants suffisamment nombreux ni infrastructure adaptée, la revente peut être difficile. L’acceptation de la technologie ne suffit pas : les conditions du produit et la qualité du marché comptent également.

Mon point de vue : tokenisation et cotation traditionnelle

À mes yeux, la tokenisation ouvre des possibilités intéressantes, mais ne constitue pas une réponse universelle. Son efficacité et son coût dépendent de l’activité, des actifs, de la réglementation et du marché visé.

Pour les entreprises de secteurs très réglementés ou dont la structure des actifs est complexe, la cotation traditionnelle peut rester l’option la plus pratique et la plus fiable. Les procédures établies, la clarté réglementaire et la confiance des investisseurs associées aux places boursières traditionnelles offrent un niveau de stabilité et de prévisibilité essentiel à certaines entreprises.

Pour certaines jeunes entreprises ou activités fondées sur des droits facilement fractionnables, elle peut représenter une autre voie. Les avantages possibles en matière d’accès et de gestion doivent toutefois être mis en balance avec les investissements nécessaires à une infrastructure fiable. Tokenisation et cotation ne sont d’ailleurs pas toujours des choix exclusifs : un titre peut utiliser une infrastructure tokenisée tout en restant soumis aux règles des marchés financiers.

Conclusion : une appréciation équilibrée

La tokenisation peut être moins coûteuse ou plus efficace dans certaines situations, sans l’être dans toutes. Sa réussite dépend des caractéristiques de l’entreprise, de la nature des droits représentés et du cadre réglementaire.

Une entreprise qui l’envisage doit étudier la faisabilité, les droits des investisseurs, les coûts complets et les conditions de transfert. Elle doit aussi prévoir les moyens nécessaires à la conformité, à la cybersécurité et à la continuité du service.

Le choix d’une infrastructure tokenisée ou d’une voie de financement et de cotation traditionnelle doit donc reposer sur les besoins concrets de l’entreprise. Chaque approche présente des atouts et des contraintes. L’évolution des technologies et des règles permettra de mieux évaluer les situations où la tokenisation peut compléter les mécanismes financiers existants.

Anndy Lian est le conseiller numérique en chef de l'Organisation mongole de productivité et partenaire ainsi que gestionnaire de fonds supervisant les investissements blockchain pour Passion Venture Capital Pte. Ltd. Adoptant tôt la blockchain, investisseur et entrepreneur, il a conseillé des gouvernements, des entreprises cotées en Bourse et des organisations à travers l'Asie sur les actifs numériques, les technologies émergentes et la stratégie d'innovation. Il a précédemment occupé le poste de président de BigONE Exchange et celui de membre du conseil consultatif de Hyundai DAC, la branche blockchain du groupe Hyundai Motor Group.

Lian est l'auteur du best‑seller Blockchain Revolution 2030 et du livre récemment publié Web4: The Age of Autonomous Intelligence, qui explore la convergence de l'intelligence artificielle et de la blockchain comme fondement de la prochaine génération d'Internet. À travers ses écrits et son travail de conseil, il se concentre sur l'avenir des systèmes décentralisés, les agents IA autonomes, la souveraineté numérique et l'évolution de la finance numérique.