Entretiens

Teymour Farman-Farmaian, co-fondateur et PDG de Higlobe – Série d’interviews

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Teymour Farman-Farmaian, co‑fondateur et PDG de Higlobe, est un cadre chevronné de la technologie et de la fintech dont la carrière couvre des postes de direction au sein de certaines des plateformes numériques les plus influentes des deux dernières décennies. Avant de fonder Higlobe en 2020, il a occupé des postes de direction chez Google, où il a dirigé les opérations internationales et les partenariats, puis a joué des rôles clés chez Zynga et Spotify, contribuant à augmenter les revenus et à stimuler la croissance des utilisateurs lors de phases d’expansion critiques, y compris le lancement de Spotify aux États‑Unis. Il a également dirigé les opérations américaines chez Xapo, l’un des plus grands déposants de Bitcoin au monde avant son acquisition par Coinbase, ce qui lui a donné une profonde exposition aux actifs numériques et à l’infrastructure financière mondiale. Avec une base qui combine stratégie de croissance, partenariats et innovation fintech, Farman‑Farmaian a orienté Higlobe vers la résolution de l’un des défis les plus persistants de l’économie mondiale: des paiements transfrontaliers efficaces pour la main‑d’œuvre à distance moderne.

Higlobe est une plateforme fintech conçue pour simplifier et réduire le coût des paiements internationaux, en particulier pour les contractuels et les entreprises situées en dehors des États‑Unis qui reçoivent des fonds de clients américains. La plateforme fournit aux utilisateurs des comptes de réception dédiés aux États‑Unis, leur permettant d’être payés via ACH ou virements bancaires et de retirer les fonds vers leurs comptes bancaires locaux avec un règlement quasi instantané et des frais de change faibles. En tirant parti d’une infrastructure basée sur les stablecoins, Higlobe permet des transferts plus rapides et plus transparents comparés aux systèmes bancaires traditionnels, tout en opérant dans un cadre réglementé. Placé à l’intersection de la fintech et des actifs numériques, Higlobe reflète un virage plus large vers l’argent programmable et l’accessibilité financière mondiale, aidant les freelances et les entreprises à déplacer des fonds à travers les frontières avec une friction, des délais et des coûts nettement réduits.

Quelles leçons avez‑vous tirées de vos expériences passées, y compris votre vie en Iran, au Venezuela et votre implication chez Google, Zynga, Spotify et Xapo ?

On m’a surnommé « Teymour à deux révolutions ». Je suis né en Iran, j’ai dû partir, j’ai immigré au Venezuela, où j’ai de nouveau été exproprié, et j’ai fini aux États‑Unis. Ainsi, je comprends les problèmes liés à la perte de richesse et à l’inflation. Vous avez besoin de trois choses pour assurer la sécurité financière:

  • Protection contre l’inflation
  • Transportable
  • Privé

Ce que nous avons créé avec Higlobe offre ces trois piliers. Le compte d’épargne global protège les utilisateurs contre l’inflation de leur monnaie souveraine. La monnaie est transportable, ce qui signifie que vous pouvez dépenser l’argent où vous le souhaitez. Enfin, elle est conforme à la confidentialité.

De plus, pendant mon passage chez Google, Zynga, Spotify et Xapo, je travaillais avec de nombreux contractuels à l’étranger, tout comme mon co‑fondateur Jeff Bolton. Tous deux, nous comprenions les problèmes de ce volet de l’industrie des paiements. En effet, transférer de l’argent d’un pays à un autre et d’une devise à une autre était coûteux et chronophage. C’est le problème mondial et en forte croissance que Higlobe résout.

Higlobe lance une plateforme de paiements globaux réglementée qui combine l’infrastructure bancaire traditionnelle avec les rails de stablecoin. Comment ce modèle hybride fonctionne‑t‑il au niveau de l’entreprise et de l’infrastructure, et quels avantages offre‑t‑il par rapport aux systèmes bancaires hérités et aux alternatives crypto‑natifs ?

Higlobe a été le pionnier de ce que l’on appelle aujourd’hui le « sandwich stablecoin » en 2020. Banque‑entrée, banque‑sortie, stablecoin au milieu pour le règlement. Permettez‑moi de détailler cela:

Nos utilisateurs ne sont pas des experts en crypto. Ils ne veulent pas bricoler avec des portefeuilles, des disques, des graines de blockchain. Ils veulent simplement que leur argent soit transféré, de la même manière qu’ils l’attendent depuis des millénaires. Ils tiennent à recevoir les fonds rapidement, à moindre coût et en toute sécurité. Que ce soit par chameau, télégraphe ou stablecoin, cela n’a aucune importance.

Ainsi, Higlobe permet aux utilisateurs de recevoir des fonds en espèces sur un compte américain. De là, nous les convertissons en stablecoin et, avec l’autorisation de nos clients, nous livrons les fonds à la banque locale de nos utilisateurs instantanément (en moins d’une minute dans la plupart des cas) au coût le plus bas garanti.

De plus, nous offrons la sécurité d’un processus Soc2 Type2 audité afin que nos utilisateurs puissent dormir sur leurs deux oreilles en sachant que nous gérons une opération de niveau institutionnel.

Les paiements transfrontaliers restent lents et coûteux, souvent en s’appuyant sur de multiples intermédiaires. Quelles sont les principales inefficacités que vous éliminez, et comment Higlobe permet‑il des transferts quasi instantanés et à faible coût en pratique ?

Il existe deux méthodes traditionnelles pour déplacer des fonds à l’international.

La première est SWIFT. SWIFT est un réseau de messagerie utilisé par les banques qui suit les fonds au fur et à mesure qu’ils se déplacent de banque à banque jusqu’à atteindre la destination. Le problème avec SWIFT est qu’il est coûteux et lent. Il faut 3‑5 jours, et chaque banque en chemin prélève sa part.

La seconde est ce que l’on appelle le « netting ». Avec le netting, vous détenez des liquidités dans 50 banques de 50 pays et vous déplacez les fonds dans et hors de ces comptes selon les besoins. À la fin de la semaine, vous effectuez un gros paiement de règlement (« netting ») pour clôturer les débits et crédits de chacun. Ce système permet des transferts quasi instantanés, mais il est coûteux car il nécessite de détenir de nombreux soldes de trésorerie.

Ce qui est incroyable avec les stablecoins, c’est qu’ils nous permettent d’être dans le secteur du mouvement d’argent, sans déplacer d’argent ! Les stablecoins permettent à Higlobe de déplacer non pas l’argent, mais les droits de propriété sur l’argent. Cela fonctionne de la manière suivante.

Nous bloquons les USD d’un utilisateur dans un compte américain réglementé et émettons un stablecoin pour cet utilisateur. Le stablecoin n’est rien de plus que des jetons numériques représentant leurs fonds. Cela ne nous coûte rien d’émettre les jetons. Lorsque l’utilisateur souhaite rapatrier les fonds… par exemple au Mexique, nous transférons ses jetons sur la chaîne vers le portefeuille appartenant à notre partenaire local. Les droits de propriété sur les liquidités ont été transférés de notre utilisateur à notre partenaire local. Notre partenaire a maintenant été réglé et peut convertir ces jetons en USD aux États‑Unis. Ensuite, notre partenaire local transfère le nombre approprié de pesos mexicains de Mexico City vers le compte de notre client à Guadalajara.

Ainsi, Higlobe peut désormais livrer les fonds quasi instantanément, 24 h/24 7 j/365 j, à un coût quasi nul.

Les stablecoins sont au cœur de votre modèle. Quel rôle jouent‑ils en coulisses, et comment améliorent‑ils la vitesse de règlement, l’efficacité des coûts et la transparence comparés aux systèmes traditionnels basés sur la monnaie fiduciaire ?

Le « sandwich stablecoin » qui nous permet d’offrir les transferts les plus rapides et les moins chers au monde se déroule entièrement en coulisses, invisible pour l’utilisateur final. Essentiellement, un utilisateur dépose des liquidités, qui sont converties en un stablecoin réglementé tel que l’USDC. Le stablecoin est envoyé instantanément à un partenaire bancaire local, qui le convertit ensuite en monnaie locale du destinataire. Ce système élimine le besoin de comptes préfinancés, réduisant les coûts marginaux à zéro et nous permettant d’offrir une solution dix fois plus rapide que les options existantes.

L’incertitude réglementaire reste un obstacle pour de nombreuses entreprises envisageant l’adoption des stablecoins. Comment avez‑vous abordé la conformité, et quelle importance la régulation a‑t‑elle dans la construction de la confiance avec les entreprises mondiales ?

Le respect des réglementations est extrêmement important. Je cite l’industrie musicale comme exemple. À l’ère du téléchargement illégal de musique, Spotify est devenu dominant. Ils ont accompli cela en formant des partenariats avec les studios de musique qui possédaient légalement les droits sur la musique, puis en proposant du streaming musical aux utilisateurs via une plateforme facile d’utilisation et basée sur l’abonnement. Cela contrastait fortement avec le modèle d’Apple, qui facturait les utilisateurs pour télécharger des chansons individuelles, un coût qui a poussé les utilisateurs avertis à télécharger de la musique illégalement via des options comme LimeWire. Spotify a perturbé l’industrie en offrant aux utilisateurs une solution à faible coût, simple et totalement légale.

C’est exactement ce que nous faisons dans le contexte de l’industrie du transfert d’argent. Nous nous associons à des banques locales réglementées et utilisons un modèle de stablecoin en coulisses pour offrir aux utilisateurs un moyen de convertir instantanément leur argent en monnaie locale à pratiquement aucun coût.

Nous privilégions la conformité et sommes uniques dans notre domaine, ayant soumis nos activités à des audits périodiques Soc2 Type2.

Higlobe introduit le concept de compte global plutôt que d’un simple portefeuille multi‑devise. Comment ce changement modifie‑t‑il la façon dont les freelances, les contractuels et les entreprises gèrent les paiements transfrontaliers ?

Un portefeuille multi‑devise est un endroit où vous stockez de « l’argent de voyage ».

Un compte global est l’endroit où vous gérez votre vie. Le changement est psychologique et fonctionnel. En offrant à un contractuel en Argentine ou à un développeur en Inde un compte de réception américain légitime, nous leur offrons un « foyer financier » dans la plus grande économie du monde.

Ils peuvent recevoir des paiements, conserver des soldes en USD pour se couvrir contre l’inflation locale, et choisir exactement quand convertir l’argent en leur monnaie locale. Cela les transforme d’un « travailleur à distance » en une « entité globale ».

Il s’agit d’une nouvelle catégorie de produit, qui répond à l’insécurité financière de 7 milliards de personnes vivant dans le Sud global.

Vous avez aidé à faire évoluer des plateformes grand public comme Spotify lors de son expansion aux États‑Unis. En quoi la construction et l’expansion d’une société d’infrastructure fintech diffèrent‑elles, notamment lorsqu’il s’agit de liquidité, de conformité et d’opérations mondiales ?

Lorsque vous faites évoluer Spotify, si une chanson ne joue pas, c’est une gêne. Dans la fintech, si un paiement n’arrive pas, c’est une crise. Le « rayon d’impact » d’une erreur est bien plus important.

La plus grande différence réside dans la complexité des « éléments mobiles ». Dans la technologie grand public, vous contrôlez principalement votre pile technologique. Dans la fintech globale, vous devez danser avec les régulateurs locaux, les fournisseurs de liquidité et les partenaires bancaires dans des dizaines de juridictions. Vous devez être à l’aise avec une « fiabilité extrême ». Vous ne pouvez pas simplement « aller vite et casser les choses ». Vous devez aller vite et construire des solutions incassables.

Les partenariats semblent être une partie clé de votre stratégie. Comment les intégrations régionales et les partenariats avec les écosystèmes financiers locaux accélèrent‑ils l’adoption mondiale et améliorent‑ils l’expérience utilisateur ?

Nous ne voulons pas remplacer l’écosystème financier local, nous voulons le dynamiser. En nous associant aux rails de paiement instantané locaux (comme Pix au Brésil ou SPEI au Mexique), nous nous assurons que le « dernier kilomètre » de la transaction est aussi rapide que le « kilomètre intermédiaire ».

Ces partenariats sont essentiels car la confiance est locale. Un utilisateur peut faire confiance à Higlobe pour ses USD, mais il doit savoir qu’il peut payer instantanément sa facture d’électricité ou faire ses courses dans sa monnaie locale. L’intégration avec des acteurs locaux rend cela fluide.

Les stablecoins sont de plus en plus explorés par les grandes institutions financières. Où voyez‑vous les plus grandes opportunités pour les stablecoins dans la finance grand public, et quels risques restent à adresser ?

La plus grande opportunité est la disparition du cycle de règlement « T+2 ». En 2026, il n’y a aucune raison que le règlement d’une transaction ou d’un paiement prenne deux jours. La finance grand public finira par passer entièrement au « règlement atomique », où le paiement et l’actif changent de main au même instant.

Le risque réside dans la « qualité des réserves ». Pour que les stablecoins deviennent grand public, ils doivent être adossés aux actifs liquides les plus transparents et de la plus haute qualité. C’est pourquoi nous utilisons exclusivement l’USDC, qui est adossé 1:1 à des liquidités et aux bons du Trésor américain, car les moyens de subsistance de nos utilisateurs dépendent de cette stabilité.

Vous avez un historique de collaboration avec des entreprises qui définissent des catégories. Que recherchez‑vous aujourd’hui chez les fondateurs en fintech et crypto, et quels traits séparent ceux qui réussissent de ceux qui peinent ?

Je recherche des « Infrastructure Thinkers » qui privilégient le « Product‑Compliance Fit ». Aux débuts d’un cycle technologique, les gens construisent des jouets ; à la phase mature, ils construisent des outils. Les gagnants d’aujourd’hui ne sont pas les idéologues qui ignorent la régulation, mais ceux qui ont l’audace d’améliorer le système financier tout en respectant sa complexité.

Le succès en fintech appartient à ceux qui sont obsédés par les aspects « ennuyeux »: conformité, économie d’unité et sécurité. Il est facile de créer une application tape‑à‑l’œil, mais incroyablement difficile de bâtir un pont réglementé entre l’ancien monde et le nouveau. Les meilleurs fondateurs ne se perdent pas dans le « cool » de la blockchain, ils restent concentrés sur l’utilisateur, comme le développeur qui travaille 60 h/semaine et veut simplement être payé sans être dépouillé par des frais de 4 %. Si vous résolvez d’abord le problème humain, la technologie suivra.

Merci pour cette excellente interview, les lecteurs qui souhaitent en savoir plus devraient visiter Higlobe.

Antoine est un visionnaire futurist et la force motrice derrière Securities.io, une plateforme fintech de pointe axée sur l'investissement dans les technologies disruptives. Avec une compréhension approfondie des marchés financiers et des technologies émergentes, il est passionné par la façon dont l'innovation redéfinit l'économie mondiale. En plus de avoir fondé Securities.io, Antoine a lancé Unite.AI, un média d'information de premier plan couvrant les avancées en intelligence artificielle et en robotique. Connue pour son approche visionnaire, Antoine est un leader de pensée reconnu dédié à l'exploration de la façon dont l'innovation façonne l'avenir de la finance.