Énergie

Revolution Wind : l’éolien offshore du Nord-Est de retour sur la bonne voie

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Le monde se tourne vers les énergies renouvelables pour la production d’électricité, tandis que les activités traditionnellement alimentées par les combustibles fossiles comme le transport, le chauffage et les industries lourdes se décarbonisent. Aux États‑Unis, la majeure partie de la croissance des énergies renouvelables a été tirée par le photovoltaïque, l’éolien augmentant également mais à un rythme beaucoup plus lent. Ainsi, même si l’éolien atteint 10 % de la production totale d’énergie aux États‑Unis, le solaire semble bientôt le dépasser.

Source: EIA

Une raison majeure de la stagnation relative de l’éolien aux États‑Unis est que l’éolien offshore, la forme la plus susceptible de produire une énergie constante et stable, a été bloqué à cause de problèmes d’autorisation et est devenu un sujet hautement politisé.

Source: EIA

Un bon exemple des difficultés rencontrées par l’éolien offshore est le projet Revolution Wind, un parc éolien offshore de 704 MW en cours de construction au large de Rhode Island. Par le biais de son pouvoir exécutif, Trump a effectivement suspendu les nouveaux permis d’éolien offshore en janvier 2025, stoppant ainsi les avancées de Revolution Wind. Par la suite, d’autres ordonnances et actions d’agences fédérales ont permis aux opposants de lancer encore plus de défis juridiques contre les projets.

En décembre 2025, l’administration américaine a utilisé le Département de la Défense (désormais appelé le Département de la Guerre) pour « mettre en pause » les baux de Vineyard Wind, Revolution Wind, Sunrise Wind, Empire Wind et Coastal Virginia Offshore Wind, invoquant des « risques pour la sécurité nationale ». Un communiqué de presse a ensuite précisé que les interférences radar créées par les parcs éoliens constituent une menace pour la sécurité nationale.

« Je ne connais aucun cas où le BOEM n’a pas suivi une recommandation du Département de la Défense. L’idée que, des années plus tard, le radar soit signalé comme un problème et n’ait pas été pleinement examiné lors des approbations précédentes est ridicule. »

Un ancien employé du Département de l’Intérieur, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré à New Bedford Light

Malgré tous ces obstacles, ce projet est maintenant construit à 90 % et commence à injecter de l’électricité dans le réseau du Nord‑Est, ce qui pourrait marquer le redémarrage de l’éolien offshore aux États‑Unis.

Parc éolien offshore Revolution Wind : aperçu du projet

Chronologie de Revolution Wind : permis, construction et retards

Le projet a vu le jour grâce à une coentreprise entre la société danoise d’énergie renouvelable Ørsted (ORSTED.CO) et Eversource (ES ), une société de services publics américaine. En 2024, Eversource a vendu sa participation de 50 % à Global Infrastructure Partners, filiale de BlackRock (BLK ).

Les démarches pour obtenir le bail de la zone et le permis de construction du parc ont commencé dès 2011, avec une enchère de bail organisée en 2013.

L’évaluation du site a débuté en 2016, et la première version du Plan de Construction et d’Exploitation (COP) a été soumise en 2020, la période de consultation publique se terminant en 2022.

La décision finale d’investissement a finalement été prise en 2023, le projet a été approuvé par le Bureau de la Gestion de l’Énergie Océanique (BOEM), et la construction a démarré la même année.

La première turbine a été installée en 2024, et les travaux ont continué jusqu’à l’interruption imposée par le gouvernement fédéral en 2025.

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Date Étape clé Pourquoi c’est important
2013 Enchère de bail organisée Marque le point de départ commercial de la zone de développement éolien offshore.
2023 Approbation fédérale finale et décision d’investissement A permis la poursuite de la construction complète du projet.
Septembre 2024 Première turbine installée A confirmé que le projet était passé de la phase de permis à une exécution offshore visible.
Août 2025 Ordre d’arrêt de travaux du BOEM A créé la première perturbation juridique et politique majeure de la construction.
Décembre 2025 Suspension fédérale du bail A élargi le conflit d’un projet à une répression plus large de l’éolien offshore aux États‑Unis.
12 janvier 2026 Le tribunal accorde une injonction préliminaire A permis la reprise de la construction de Revolution Wind pendant que les litiges se poursuivent.
Mars 2026 L’électricité commence à être acheminée vers la Nouvelle‑Angleterre Transforme le projet d’un symbole politique en un actif énergétique opérationnel.

Spécifications de Revolution Wind : capacité, turbines et connexion au réseau

Le projet prévoit la construction de 65 générateurs éoliens, reliés au réseau terrestre par deux sous‑stations offshore (OSS) et deux câbles d’exportation sous‑marins.

Il est situé à 15 miles (environ 24 km) au large des côtes de Rhode Island, et à 12 miles (environ 19 km) au sud‑ouest de Martha’s Vineyard. Revolution Wind fait partie d’un complexe d’éolien offshore beaucoup plus vaste, déjà partiellement construit, partiellement encore en construction, partiellement autorisé ou en attente d’autorisation.

Il aura une capacité de 704 MW, suffisante pour alimenter plus de 350 000 foyers du Rhode Island et du Connecticut. 400 MW d’éolien offshore seront destinés au Rhode Island, et 304 MW au Connecticut. Cela en fait également le premier projet d’éolien offshore multi‑états aux États‑Unis.

Il évitera les émissions de plus d’un million de tonnes métriques de carbone, soit l’équivalent de retirer plus de 150 000 voitures de la circulation.

Les turbines sont fournies par Siemens Gamesa (ENR.DE), utilisant le modèle SG 11‑200, une turbine de 11 MW avec un rotor de 200 m de diamètre. Chaque turbine sera installée sur une fondation à pied fixe, avec une profondeur d’enfouissement maximale de 164 pieds.

La connexion au réseau électrique est assurée par deux sous‑stations offshore, reliées par jusqu’à 9 miles (environ 14,5 km) de câble de liaison enterré à 4‑6 pieds (1,2‑1,8 m) de profondeur.

Défis juridiques

Les grands projets d’infrastructure ont souvent des retards liés aux problèmes d’autorisation ou à l’opposition des riverains. Cependant, Revolution Wind a été pris dans la division politique américaine, l’administration Trump étant notoirement peu favorable aux énergies renouvelables en général, et à l’éolien en particulier.

« Je n’ai jamais compris le vent. Vous savez, je connais très bien les éoliennes. Elles sont bruyantes. Elles tuent les oiseaux. Vous voulez voir un cimetière d’oiseaux ? Allez sous une éolienne un jour. Vous verrez plus d’oiseaux que vous n’en avez jamais vus de votre vie. »
Le président Trump

Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement fédéral utilise tous les moyens possibles pour interrompre les projets de construction d’éolien, y compris en les qualifiant de menace pour la sécurité nationale.

Les retards dus à l’arrêt coûtaient au projet des millions de dollars chaque semaine, selon les dossiers judiciaires.

Cependant, les développeurs d’éolien semblent avoir réussi à se défendre, le tribunal fédéral américain ayant, en janvier 2026, accordé une injonction préliminaire permettant la reprise des travaux de Revolution Wind.

Il semble donc que, pour l’instant, le projet soit de nouveau sur les rails. Et dans le contexte d’une crise énergétique qui s’aggrave à cause de la guerre croissante avec l’Iran, les obstacles à la construction de nouvelles capacités de production pourraient devenir moins populaires politiquement dans les mois à venir.

Pourquoi Revolution Wind est important pour le Rhode Island et le Connecticut

Avancée agressive vers 100 % d’énergies renouvelables

Ce projet s’inscrit dans les objectifs verts du Rhode Island, qui possède l’objectif d’énergie propre le plus ambitieux du pays : il veut atteindre 100 %% renouvelables pour sa production d’électricité d’ici 2033. L’autre État partenaire, le Connecticut, s’est fixé l’objectif de 100 % de l’électricité de l’État provenant de sources zéro carbone d’ici 2040.

L’État, et la Nouvelle‑Angleterre en général, font régulièrement face à des risques de pénurie d’énergie et de fiabilité, surtout en hiver, en raison d’une forte dépendance au gaz naturel pour l’électricité et d’une capacité de pipeline limitée.

Ainsi, le parc éolien Revolution Wind est perçu par le Rhode Island comme un moyen de stabiliser les prix de l’énergie pour les consommateurs, les vents d’hiver étant très bienvenus comme apport supplémentaire lorsque l’État en a le plus besoin. L’État estime que Revolution Wind permettra d’économiser aux consommateurs de la Nouvelle‑Angleterre jusqu’à 500 millions de dollars par an en coûts d’énergie de gros.

« Revolution Wind ajoute une énergie américaine abordable et fiable au réseau de la Nouvelle‑Angleterre, contribuant à répondre à la demande croissante et à réduire les coûts pour les consommateurs. Revolution Wind témoigne de la capacité des États à exploiter leurs ressources énergétiques pour renforcer la sécurité énergétique régionale et contribuer à la domination énergétique américaine. »
Amanda Dasch, Directrice du développement chez Ørsted.

Le projet a soutenu plus de 2 000 travailleurs à travers les États‑Unis, dont plus de 1 000 ouvriers syndiqués locaux.

Alors qu’il fournit déjà de l’énergie à la région à la fin de l’hiver, l’arrivée d’une nouvelle source constitue un coup de pouce pour l’approvisionnement local.

« La première énergie provenant de Revolution Wind arrive à un moment crucial pour notre région, alors que les récentes vagues de froid extrême ont souligné l’importance de mettre en ligne chaque source d’énergie fiable pour les clients. Ce projet ajoute une nouvelle capacité essentielle qui améliore la fiabilité du réseau, répond à la demande croissante et assure une alimentation fiable lorsque nos clients en ont le plus besoin. »
Joe Nolan – Président, Président‑directeur général d’Eversource.

Construction d’infrastructures offshore

Des pays comme le Danemark, le Royaume‑Uni, la Norvège ou la Chine sont familiers des projets d’éolien offshore et ont progressivement construit une infrastructure massive pour construire, entretenir et, plus tard, démanteler ces méga‑projets énergétiques. En revanche, les États‑Unis manquaient de cette capacité, du moins jusqu’à récemment.

Dans ce contexte, le parc Revolution Wind n’est pas seulement un projet important pour le Rhode Island ou le Connecticut, mais aussi pour l’objectif de réindustrialiser les États‑Unis en général.

À travers ses projets offshore aux États‑Unis, Ørsted investit près de 700 M$ dans la construction navale et les contrats de navires domestiques, catalysant la construction de 14 nouveaux navires fabriqués aux États‑Unis.

Beaucoup d’argent a également été investi dans la transformation des hubs régionaux. Cela commence avec ProvPort dans le Rhode Island, avec 100 M$ pour le plus grand investissement de chaîne d’approvisionnement d’éolien offshore de l’histoire de l’État.

Un autre investissement de 35 M$ a été réalisé à Quonset Point pour créer un hub logistique et opérationnel d’éolien offshore régional, incluant le tout premier accord d’hélicoptère d’éolien offshore aux États‑Unis pour de nouveaux hélicoptères d’équipage et un investissement de 1,8 M$ à l’aéroport d’État de Quonset.

Parallèlement, le Connecticut a investi 100 M$ dans le State Pier à New London pour créer un terminal de levage lourd à la pointe de la technologie.

Potential du parc éolien Revolution Wind

Ce méga‑projet éolien est passé d’une infrastructure énergétique cruciale pour la Nouvelle‑Angleterre à un symbole du succès et de l’échec de la transition énergétique.

D’une part, il fournit déjà l’énergie tant attendue à la région et le fera encore davantage à l’avenir lorsque la construction sera entièrement terminée, surtout en hiver, lorsque d’autres formes d’énergies renouvelables comme le solaire sous‑performent, notamment dans le climat froid et sombre de la région.

D’autre part, il a failli être anéanti par une allégation à motivation politique selon laquelle le projet devrait être arrêté. Ainsi, déterminer si l’ordre exécutif qui l’a bloqué était légal ou s’il peut être réappliqué à d’autres projets déterminera probablement non seulement le sort du parc Revolution Wind, mais aussi celui de l’éolien offshore aux États‑Unis en général.

Investir dans le parc éolien Revolution Wind

Quanta Services

Alors que Revolution Wind progresse, les investisseurs pourraient vouloir capitaliser sur les entreprises qui ont prouvé leur capacité technique sur ce projet, car il deviendra probablement le modèle pour de nombreux autres projets d’éolien offshore en Nouvelle‑Angleterre et ailleurs aux États‑Unis.

Une de ces entreprises est Quanta Services (PWR ), un conglomérat regroupant plus de 200 sociétés actives dans le secteur des solutions d’infrastructure spécialisées. En pratique, cela signifie que les employés de Quanta apportent une expertise unique dans des tâches de niche pour la production d’électricité, les énergies renouvelables, le broadband, les structures en béton, les services aux services publics, le génie civil, les infrastructures souterraines, etc.

Ce modèle d’affaires repose sur des missions récurrentes avec des relations clients profondes, plus de 85 % des revenus provenant d’activités « répétables et durables ». Cette structure favorise également la croissance du chiffre d’affaires, avec un TCAC de 18 % chez les 20 plus gros clients d’affaires et de 12 % chez les 20 plus grands services publics.

PWR Graphique du prix

Dans le cadre du parc Revolution Wind, Quanta a fourni le raccordement de câbles sous‑marins et l’interconnexion haute tension. Grâce à sa technologie spécialisée de « équilibrage du réseau », elle gère les fluctuations de la production éolienne afin d’alimenter le réseau vieillissant des États‑Unis sans risquer de le déstabiliser.

Quanta a été à l’avant‑garde du déploiement des renouvelables et d’autres solutions électriques avancées, et profite aujourd’hui de cette expérience dans le contexte d’une électrification accrue et du développement de centres de données IA.

Dans le cas des centres de données, Quanta fournit des équipements essentiels tels que la distribution d’énergie, l’alimentation de secours, ainsi que l’éclairage, les caméras, les alarmes incendie, etc., les multiples filiales du conglomérat pouvant offrir une solution plus complète que des entreprises individuelles, tout en conservant leur spécialisation sur des technologies spécifiques.

Dans l’ensemble, on s’attend à ce que Quanta bénéficie de la tendance à l’électrification, à l’expansion de la capacité renouvelable et à la réindustrialisation globale des États‑Unis, ainsi que des travaux de réparation et de modernisation du réseau électrique.

Conclusion pour les investisseurs :

Revolution Wind met en lumière un thème d’investissement plus large : le goulet d’étranglement n’est plus la production, mais l’infrastructure du réseau. Quanta Services est bien placé pour profiter de la demande croissante d’interconnexions haute tension, de transmission et d’exécution de projets complexes, faisant de lui un pari sur l’électrification plutôt qu’une mise directe sur l’éolien offshore.

Actualités et développements récents des actions Quanta Services (PWR)

Jonathan est un ancien chercheur en biochimie qui a travaillé dans l'analyse génétique et les essais cliniques. Il est maintenant analyste boursier et rédacteur financier, spécialisé dans l'innovation, les cycles de marché et la géopolitique dans sa publication 'The Eurasian Century'.