Entretiens
Peter Hofmann, le PDG de Custodigit – Série d’interviews

Peter Hofmann, le PDG de Custodigit, une coentreprise entre Swisscom et Sygnum offrant une solution de garde de niveau investisseur destinée aux institutions financières réglementées.
Peter est également observateur du conseil d’administration chez Metaco SA et mentor chez London & Partners. Il a occupé différents postes de direction dans le secteur des services financiers pour des entreprises telles que Cap Gemini, KPMG, IBM, PostFinance et plusieurs startups auparavant.
Il possède une expérience durable à l’intersection des services financiers, de la technologie et de l’innovation dans différents rôles.
Custodigit a été fondée par Swisscom et Sygnum en 2018. Pouvez‑vous commencer par détailler qui sont Swisscom et Sygnum ?
Swisscom AG est un important fournisseur de télécommunications en Suisse, dont le siège se trouve à Berne. 51 % de Swisscom appartient au gouvernement suisse. Swisscom soutient activement le secteur fintech en Suisse et estime que l’industrie financière changera de façon significative au cours des dix prochaines années en raison de l’émergence de modèles d’affaires disruptifs dans les startups fintech. Swisscom croit fermement que, à l’avenir, le secteur financier reposera largement sur l’utilisation de l’intelligence artificielle combinée à la technologie blockchain. Swisscom détient 75 % de Custodigit.
Sygnum est la première banque d’actifs numériques réglementée au monde, dont le siège se situe en Suisse et à Singapour et qui opère à l’échelle mondiale. Sygnum a reçu sa licence bancaire suisse en septembre 2019 et la banque permet à ses clients d’investir dans les actifs numériques de manière sécurisée et pratique avec une confiance totale. Les services fournis par Sygnum comprennent la garde institutionnelle construite par Custodigit, avec une passerelle fiat‑actif numérique, le courtage, les services bancaires B2B et les prêts lombards. Le 18 septembre 2019, les premières transactions clients de Sygnum ont été enregistrées publiquement sur les deux blockchains les plus importantes, Bitcoin et Ethereum.
Vous êtes Senior Manager chez Swisscom depuis 2009. Pourquoi Swisscom a‑t‑elle estimé que le moment était venu d’entrer dans le domaine de la garde et de lancer Custodigit ?
Swisscom explore le secteur des actifs numériques depuis plusieurs années. En 2017, nous avons tous constaté la demande croissante dans le domaine des crypto‑monnaies, le boom des ICO et la stagnation du marché au début de 2018. Bien que le secteur ne soit pas réglementé, il a clairement démontré les capacités de la technologie et la façon dont elle pourrait simplifier notre quotidien. Swisscom et nous, nous croyons fermement que l’avenir réside dans le secteur des actifs numériques et que d’ici 2027 les actifs numériques représenteront une part majeure du PIB mondial. De plus, nous observons un intérêt croissant des institutions financières telles que les banques et les gestionnaires d’actifs qui souhaitent entrer dans le secteur des actifs numériques. En Allemagne, la BAFIN, avec ses initiatives réglementaires actuelles, constitue également un facteur déclencheur pour le marché. D’après ce que nous avons entendu, plus de 55 acteurs ont exprimé leur intérêt pour la nouvelle licence Crypto. Si nous analysons l’infrastructure actuelle du marché financier des actifs numériques, nous constatons un manque d’infrastructure de marché de niveau institutionnel et une inefficacité. La vision de Custodigit est de soutenir la mise en place d’une infrastructure de marché de niveau institutionnel pour les crypto‑monnaies ainsi que les actifs tokenisés.
Custodigit offre un accès sécurisé et le stockage des actifs numériques grâce à une solution de garde de niveau investisseur institutionnel. Pourquoi cela est‑il important pour les institutions financières ?
Les investisseurs institutionnels expriment continuellement leur intérêt pour le secteur des actifs numériques et plusieurs banques ont commencé à prendre des mesures qui leur permettraient d’offrir à leurs clients des produits crypto. La partie garde et négociation a toujours été un défi pour les fournisseurs de services financiers. Custodigit propose une plateforme « Bank in Box » de niveau institutionnel aux fournisseurs de services financiers réglementés, afin qu’ils puissent offrir des crypto‑monnaies ainsi que des actifs numériques à leurs clients sans investissements initiaux importants et avec un délai de mise sur le marché court. Pour les institutions financières, il est essentiel de disposer des fonctionnalités nécessaires afin d’exécuter leurs processus métier (par ex. le règlement) de manière automatisée afin d’assurer des processus efficaces, sécurisés et conformes. Afin de réduire leurs risques fournisseurs, les institutions financières ont besoin d’une plateforme prête à l’entreprise, auditée et fournie ainsi qu’opérée par une organisation fiable et stable. C’est exactement ce que Custodigit fournit en partenariat avec Swisscom, qui possède une grande expérience dans l’exploitation d’infrastructures bancaires hautement sensibles en matière de sécurité.
Pouvez‑vous évoquer certains des risques de cybersécurité qui existent actuellement pour les solutions de garde d’actifs numériques ?
Il existe divers risques de cybersécurité associés aux actifs numériques et deux d’entre eux sont particulièrement impératifs à prendre en compte.
- Stockage des clés privées: De nombreux passionnés de crypto stockent leurs clés privées sur leurs ordinateurs portables. Il est facile pour les hackers d’accéder à ces informations et, une fois la clé volée, il est impossible de récupérer les fonds. Si vous perdez votre clé, vous perdez vos investissements de façon permanente.
- Pirates informatiques des plateformes d’échange: Actuellement, la majorité des plateformes d’échange de crypto ne sont pas réglementées et, de ce fait, elles ne bénéficient pas du même niveau de supervision gouvernementale et d’audit que les institutions traditionnelles réglementées. Au cours des dernières années, de nombreuses plateformes ont fait la une des journaux à cause de violations de sécurité. Coincheck a vu plus de 550 millions de dollars US de crypto volés par des hackers. Bithub a perdu environ 30 millions de dollars US d’actifs numériques de ses clients. Custodigit travaille en étroite collaboration avec des experts en sécurité et en audit afin de fournir une plateforme d’actifs numériques de niveau institutionnel et utilise l’infrastructure éprouvée de Swisscom.
Quelles sont les mesures prises par Custodigit pour protéger les clients contre ces risques de cybersécurité ?
Chez Custodigit, nous prenons les questions de sécurité très au sérieux. Custodigit n’a ménagé ni temps ni énergie pour définir un cadre de sécurité de bout en bout, développant une vision holistique des risques et concevant systématiquement des contre‑mesures redondantes. Dans la mesure du possible, Custodigit a adopté les normes de sécurité les plus élevées et a franchi une étape supplémentaire en faisant auditer ses procédures et son infrastructure (certification ISAE). En tant qu’entreprise, nous sommes tenus de respecter le cadre de sécurité strict de Swisscom. Les politiques que nous avons mises en place garantissent qu’aucun individu, équipe ou organisation ne puisse compromettre la sécurité des actifs: ségrégation stricte des fonctions et responsabilités, contrôle minimum à quatre yeux pour toutes les activités critiques, contrôles réguliers des activités et antécédents du personnel, différentes bibliothèques cryptographiques pour faire face aux risques liés aux attaques zero‑day.
Chaque transaction est approuvée par plusieurs individus ou groupes d’individus.
Pouvez‑vous évoquer certaines des fonctionnalités clés actuellement disponibles pour les clients de Custodigit ?
Nous souhaitons souligner que notre marché cible est constitué d’institutions financières réglementées telles que les banques, les plateformes d’échange, etc., et que notre plateforme offre toutes les fonctionnalités commerciales nécessaires pour fournir un service de marché d’actifs numériques. Notre plateforme permet aux clients d’acheter, de vendre, de transférer des actifs numériques (entrée/sortie) de bout en bout. Elle peut être intégrée à tout système bancaire central. De plus, nous supportons le routage intelligent des ordres vers divers fournisseurs de liquidité tels que les courtiers et les plateformes d’échange. Du point de vue de la sécurité, le système de sécurité est audité avec les certificats ISAE 3402 et 3000 ainsi que ISO 27001 et 2000. Actuellement, nous supportons les actifs numériques suivants – BTC, ETH, XRP, BCH, ERC20. Notre plateforme peut être en marque blanche avec une interface utilisateur adaptable et des API, ou disponible en tant que service SaaS.
Quels sont certains des clients ou banques que vous pouvez mentionner et qui utilisent actuellement les solutions de garde de Custodigit ?
Comme vous le savez, nous avons actuellement la banque Sygnum comme client. Elle utilise notre solution complète incluant la garde et le courtage. Nous sommes actuellement en négociations avec d’autres institutions financières réglementées situées en Europe. Malheureusement, nous ne pouvons pas encore divulguer leurs noms. Nous avons également conclu un accord avec l’une des plus grandes compagnies de réassurance pour la fourniture d’une couverture d’assurance des actifs numériques. Notre objectif est de consolider notre présence en Suisse et en Allemagne et de nous développer à l’échelle mondiale.
Existe‑t‑il des restrictions concernant le type d’actifs numériques pour lesquels Custodigit propose des services de garde ?
Actuellement, nous supportons les actifs numériques suivants: BTC, ETH, XRP, BCH, LTC, ERC20. Nous sélectionnons généralement les actifs numériques en fonction de la demande de nos clients. Nous n’avons pas de restrictions spécifiques ; cependant, avant d’offrir un actif numérique sur notre plateforme, nous effectuons une due diligence. Si nous estimons que l’actif numérique pourrait, sous quelque forme que ce soit, nuire à notre réputation sur le marché, nous refusons de le proposer. D’après nos observations du marché, ce sont les actifs numériques pertinents pour les institutions financières. Actuellement, Custodigit étend également sa plateforme vers les actifs tokenisés.
Y a‑t‑il autre chose que vous souhaiteriez partager au sujet de Custodigit ?
Nous sommes une entreprise basée en Suisse et nous adhérons strictement aux pratiques de l’industrie bancaire suisse. Nous croyons fermement à l’importance de la réputation et de la protection des fonds des clients. Étant donné que Swisscom est notre principal actionnaire, nous devons prendre le cadre de sécurité très au sérieux et veiller à ce que les fonds de nos clients soient stockés en toute sécurité. La sécurité et la réglementation sont dans l’ADN de Custodigit.
Merci pour cette excellente interview, les lecteurs qui souhaitent en savoir plus devraient visiter Custodigit.












