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Paralympiques inondées d’innovations technologiques

Les Jeux Paralympiques 2024, organisés à Paris, en France, se sont terminés le week‑end dernier, le 8 septembre, après onze jours de performances sportives spectaculaires.
Célébration de la force humaine, de la persévérance, du courage et du pouvoir du sport, les Jeux Paralympiques existent depuis soixante‑quatre ans maintenant.
C’est après la Seconde Guerre mondiale que les Jeux Paralympiques ont été créés, bien que les sports pour athlètes handicapés existent depuis plus d’un siècle. La guerre ayant laissé de nombreux vétérans et civils gravement blessés, des sports organisés pour les para‑athlètes et les personnes à mobilité réduite ont été mis en place pour les aider après le conflit.
Sir Ludwig Guttmann a organisé les premiers jeux compétitifs pour athlètes handicapés à Stoke Mandeville, un centre de lésions médullaires créé par le gouvernement britannique après la Seconde Guerre mondiale. Connu pour ses pratiques innovantes, Guttmann a utilisé le sport en rééducation, ce qui a ensuite évolué vers une compétition de sports en fauteuil roulant.
La compétition est alors devenue un événement annuel, le premier jeu compétitif ayant eu lieu en 1948, coïncidant avec la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres, marquant le début de ce qui deviendra plus tard le mouvement paralympique.
Cependant, ce n’est qu’une décennie plus tard que les jeux informels sont devenus officiels. Les premiers Jeux Paralympiques ont eu lieu à Rome en 1960, réunissant 400 athlètes de 23 pays. Le terme « Paralympics » a été officiellement utilisé à Tokyo en 1964, et en 1988, les Jeux Paralympiques et Olympiques se sont déroulés côte à côte dans les mêmes sites. Cela a également conduit à la création du Comité International Paralympique (CIP).
Au cours des dernières décennies, les Jeux Paralympiques sont devenus extrêmement populaires, la dernière édition réunissant 4 400 athlètes de plus de 160 pays, qui ont concouru dans 549 épreuves de 22 sports. De plus, les jeux accueillent désormais dix types de déficiences différents, bien au‑delà des seules lésions de la moelle épinière.
Les Jeux Paralympiques visent aujourd’hui à permettre aux para‑athlètes « d’atteindre l’excellence sportive et d’inspirer et enthousiasmer le monde ».
Dans cette célébration des performances athlétiques de personnes historiquement stigmatisées, la technologie a joué un rôle important pour niveler le terrain de jeu des athlètes handicapés. Un afflux d’innovation a aidé à améliorer les performances, à redéfinir les limites du potentiel humain et à remettre en question les normes sociétales.
Technologies avancées aux Jeux Paralympiques
Examinons maintenant quelques‑unes des technologies les plus innovantes et avancées, conçues pour la performance et l’inclusion, utilisées par les Paralympiens afin de repousser les limites de la vitesse, de la puissance et de l’endurance.
Prothèses avancées
Des millions de personnes dans le monde vivent actuellement avec une perte de membre, et pour mener une vie active et indépendante, elles ont besoin de prothèses durables et très fonctionnelles. Au cours de la dernière décennie, la technologie des prothèses a connu des avancées incroyables, et aux Jeux Paralympiques de Paris, nous les voyons dans toute leur splendeur.

Jusqu’à récemment, les athlètes concouraient aux Jeux Paralympiques avec leurs prothèses du quotidien, mais nous observons aujourd’hui un changement significatif. Les entreprises conçoivent désormais des prothèses spécialisées spécifiquement pour améliorer les performances sportives.
Par exemple, Össur, dont le siège est en Islande, a créé des membres de course appelés « Cheetah Xpanse », qui aident les athlètes à atteindre des vitesses plus élevées, à améliorer la puissance de poussée et à offrir une meilleure absorption des impacts lors de l’atterrissage. L’entreprise travaille individuellement avec les athlètes pour tester et améliorer leurs dispositifs avant qu’ils n’atteignent la scène paralympique.
Les prothèses modernes, comme les membres bioniques, utilisent la robotique avancée et l’intelligence artificielle (IA) pour imiter le mouvement naturel du membre, révolutionnant les épreuves d’athlétisme en offrant une flexibilité et une force inégalées. Équipées de capteurs qui se connectent aux muscles et aux nerfs de l’athlète, ces prothèses permettent une réactivité en temps réel.
Il existe également des coureurs à lame, conçues pour les athlètes amputés des membres inférieurs. Les entreprises utilisent des matériaux légers et résistants aux impacts comme la fibre de carbone pour créer des lames de course avancées. Ces lames stockent et libèrent de l’énergie, imitant l’action de ressort du pied humain, offrant aux athlètes une vitesse et une mobilité accrues.
Les innovations en matériaux, les ajustements personnalisés et les interfaces intuitives entre le corps et la machine ont encore révolutionné la façon dont les athlètes paralympiques peuvent courir sur de longues distances, offrant un meilleur contrôle et un confort inégalé.
Fauteuils roulants intelligents
Les fauteuils roulants ont été une caractéristique marquante de ces Jeux, avec le tennis en fauteuil roulant, le rugby en fauteuil roulant, l’escrime en fauteuil roulant et le basket‑ball en fauteuil roulant faisant tous partie de la compétition. Pour chaque sport, les fauteuils sont adaptés aux exigences sportives et aux besoins des compétiteurs. Ces fauteuils sont hautement personnalisés non seulement pour épouser le corps de l’athlète mais aussi pour optimiser leur vitesse et leurs performances.

Par exemple, en course, des chaises à trois roues sont utilisées pour un design plus aérodynamique. En incorporant des formes aérodynamiques et des matériaux légers comme la fibre de carbone, la course en fauteuil roulant a fait un bond en avant cette fois‑ci. Quant aux chaises de rugby, elles sont construites en aluminium pour résister aux impacts violents.
Les entreprises utilisent également la technologie d’impression 3D pour créer des fauteuils roulants et des prothèses sur mesure, offrant un meilleur confort aux athlètes, ce qui conduit à une performance accrue. Cette technologie permet également le prototypage rapide, la flexibilité de conception et une rentabilité supérieure aux procédés de fabrication traditionnels.
Des capteurs et de l’IA sont également employés dans les fauteuils roulants pour améliorer la maniabilité et la sécurité de l’athlète. Ces fauteuils peuvent s’ajuster automatiquement à différentes surfaces, améliorant le contrôle et réduisant la fatigue de l’athlète.
La Chine, grâce à ses fauteuils roulants intelligents, ses prothèses high‑tech et d’autres équipements avancés, a dominé les 17ᵉ Jeux Paralympiques avec 94 médailles d’or en « aidant les athlètes handicapés à améliorer leurs performances et à optimiser leur entraînement quotidien de rééducation », a déclaré Luo Chaofan, thérapeute en rééducation à la Commission nationale de la santé.
Vélos spécialisés
Dans le cyclisme paralympique, nous avons vu du matériel spécialisé adapté aux besoins individuels, allant des vélos tandem pour les coureurs malvoyants aux hand‑cycles pour les personnes avec déficiences des membres inférieurs. L’équipe cycliste américaine, quant à elle, développe des conceptions aérodynamiques plus économiques.
Alors que l’objectif était auparavant d’établir « un terrain de jeu équitable », les pays du monde entier se concentrent désormais sur la recherche de technologies plus sophistiquées pour rendre leurs athlètes meilleurs que quiconque. Comme le dit Ian Lawless, directeur du cyclisme paralympique américain, ils travaillent à « gagner un avantage compétitif ».
Toyota, connue pour ses véhicules à quatre roues, a créé un hand‑cycle unique pour le porteur de la flamme paralympique et champion cycliste américain, Oksana Masters. Le département Toyota Racing Development a conçu le hand‑cycle afin de maximiser la performance et le confort du cycliste. Ce hand‑cycle présente une structure monocoque en carbone avec de nombreuses optimisations aérodynamiques. Le vélo est équipé d’une transmission Eagle XX1 à 12 vitesses, tandis que la direction est assurée par un système pivot sous le pédalier, contrôlé depuis le guidon.
Il y a aussi l’athlète suisse Flurina Rigling, qui a concouru aux épreuves cyclistes avec des chaussures imprimées en 3D.
En expliquant que, contrairement aux chaussures classiques, les chaussures imprimées en 3D sont plus légères et produites rapidement, Rigling a déclaré :
« Cette innovation m’aide énormément. »
Exosquelettes
Dans un incident spécial, l’athlète paralympique français Kevin Piette a utilisé un exosquelette robotique développé par l’entreprise d’ingénierie locale Wandercraft pour porter la flamme olympique. Le costume robotique portable a permis à Piette de surmonter ses limitations de mobilité.
Les athlètes ayant une utilisation limitée ou nulle de leurs membres inférieurs pratiquent des sports grâce à ces exosquelettes. La technologie, alimentée par l’IA, des capteurs et la robotique, est également utilisée en rééducation pour renforcer la force musculaire et la coordination des mouvements.
Récemment, la startup chinoise Dnsys a créé le X1, un exosquelette tout‑terrain motorisé, propulsé par l’IA, qui s’attache à la taille et aux cuisses pour augmenter les capacités naturelles du porteur avec une puissance impressionnante de 900 watts.
Avec un « énorme potentiel d’amélioration des performances locomotrices humaines », l’exosquelette comble le fossé entre simulation et réalité en permettant le contrôle autonome de robots portables.
Des chercheurs de l’Université Clemson avancer la technologie des exosquelettes avec le coureur d’exosquelette Adam Gorlitsky, qui détient les records mondiaux du marathon et du semi‑marathon les plus rapides dans un dispositif de marche robotique. Son objectif est d’inclure le sport (course d’exosquelette) aux Jeux Paralympiques ainsi que dans le sport adaptatif universitaire.
Technologies sensorielles et d’assistance
La technologie d’assistance englobe les produits, systèmes et services qui soutiennent les personnes handicapées. Dans les sports paralympiques, cela comprend tout, des solutions « low tech » aux équipements très avancés utilisés par les athlètes.
Pour les athlètes malvoyants, les nouvelles technologies utilisent des caméras, des capteurs et des retours auditifs afin de les aider à mieux comprendre leur environnement pendant la compétition. De même, des dispositifs à retour tactile sont employés pour les personnes avec des prothèses afin de fournir une sensation de toucher.
La technologie des capteurs portables permet aux Paralympiens d’exploiter la puissance des données. L’accès à des métriques de performance en temps réel permet aux entraîneurs et aux athlètes de prendre des décisions éclairées et d’affiner leurs stratégies compétitives afin d’augmenter leurs chances de victoire.
Par exemple, en natation, des dispositifs comme le système TritonWear fournissent des données détaillées sur la nage et les virages dès que l’athlète sort de la piscine.
Une expérience plus engageante pour les fans & le public
La technologie avancée ne se limite pas aux athlètes, elle a également été étendue au public. Lorsqu’ils consomment du contenu sportif, les spectateurs malvoyants ou malentendants rencontrent des défis uniques.
Ainsi, pour les personnes malvoyantes, l’application officielle des Jeux propose des descriptions audio, tandis que des sous‑titres et des outils de langue des signes sont offerts aux personnes malentendantes. Des visuels à fort contraste améliorent davantage l’expérience paralympique pour le public.
Aux Jeux de Paris 2024, un casque à faible vision a également été introduit pour permettre aux spectateurs de zoomer sur l’action. Il existe même des tablettes sensibles au toucher qui laissent les spectateurs ressentir les sensations des Jeux grâce à un système de vibration. Ces produits et services sont conçus pour améliorer l’expérience de visionnage des fans en situation de handicap.
Ici, la réalité virtuelle (VR) peut également être utilisée comme un outil puissant tant pour les athlètes que pour les fans. Alors que des Paralympiens comme le skieur alpin Adam Hall utilisent cette technologie pour leur entraînement, des organisations comme le CIP l’emploient à des fins éducatives et de divertissement.
Cette technologie peut offrir une expérience unique, engageante et inclusive grâce à un contenu VR spécialement sélectionné, permettant aux fans non seulement d’observer mais aussi de vivre de première main les défis des Paralympiens.
L’IA est également utilisée pour offrir une expérience interactive, comme le montre Intel (INTC ), qui a collaboré avec Samsung au Stade de France pour présenter sa plateforme d’engagement des fans alimentée par l’IA, faisant ressentir aux gens qu’ils font partie intégrante de l’événement.
« Nous avons vu des fans du monde entier découvrir leur athlète intérieur grâce à cette technologie. »
– Nuri Cankaya, vice‑président du marketing IA chez Intel
Disparités mondiales dans l’accès à l’innovation
Comme nous l’avons vu, de nombreuses innovations et développements se produisent à l’échelle mondiale, permettant aux athlètes handicapés d’améliorer considérablement leurs performances et de remporter la victoire.
« Les Jeux Paralympiques nous montrent ce qui est possible et le rôle important que joue la technologie d’assistance pour ces athlètes extraordinaires. »
– Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS
Cependant, il existe une inégalité mondiale dans l’accès à ces technologies, principalement en raison de leurs coûts élevés et de leur disponibilité limitée. D’autres problèmes incluent les difficultés à créer des normes de conception universelles et la distribution inégale de la technologie qui crée un déséquilibre compétitif.
Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’accès limité à la technologie d’assistance touche plus de 2,5 milliard de personnes. Par exemple, seulement 10 % de la demande d’appareils auditifs est satisfaite, tandis que 5‑35 % de ceux qui ont besoin d’un fauteuil roulant y ont accès.
Ainsi, l’OMS a lancé une campagne sous le slogan « Equipped for equity » pour sensibiliser et aborder la problématique cruciale des disparités mondiales d’accès à des technologies d’assistance qui changent la vie.
Des nations du monde entier prennent désormais des initiatives et mettent en œuvre des politiques pour inclure la technologie d’assistance dans les soins de santé primaires et offrir à leurs citoyens l’accès à ces dispositifs. Par exemple, le Zimbabwe a introduit une exonération fiscale pour ces produits. Des initiatives similaires ont été prises au Japon et en France.
Entreprises qui font progresser la technologie
Plusieurs entreprises innovent dans le domaine des prothèses, des technologies d’assistance et portables afin d’aider à la rééducation et à la mobilité. Jetons donc un œil à quelques‑unes d’elles :
#1. Samsung
Samsung intervient dans le secteur de la technologie d’assistance via les technologies portables, la VR et l’IA. Par exemple, les montres intelligentes de Samsung sont équipées de capteurs biométriques et de fonctions de suivi de santé qui peuvent être utilisées par les athlètes et les non‑athlètes pour suivre leurs paramètres vitaux, leurs métriques de performance et leurs progrès en rééducation. L’entreprise a également collaboré avec le CIP pour créer des expériences VR immersives, offrant aux spectateurs une plateforme engageante et aidant les athlètes à s’entraîner.
Aux Jeux Paralympiques, Samsung Electronics a fourni à tous les athlètes participants ses smartphones Galaxy Z Flip6 édition olympique afin d’enrichir leur expérience. Le smartphone intègre des fonctionnalités alimentées par Galaxy AI telles que la traduction en temps réel et Bixby Vision, qui comprend un Descripteur de scène, un Identificateur d’objet, un Lecteur de texte et un Détecteur de couleur.
L’entreprise, dont la capitalisation boursière s’élève à 330 milliards de dollars, voit ses actions se négocier actuellement à 1 238 $, en baisse de 17,36 % depuis le début de l’année. Au deuxième trimestre 2024, la société a enregistré un chiffre d’affaires de 53,45 milliards de dollars, porté par une forte demande d’IA et des conditions favorables du marché de la mémoire.
#2. Ekso Bionics Holdings
Avec une capitalisation boursière de 25 millions de dollars, les actions EKSO se négocient actuellement à 1,16 $, en baisse de 53,6 %, avec un BPA (TTM) de -0,79 et un PER (TTM) de -1,47. Au deuxième trimestre 2024, l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires de 5 millions de dollars, vendu 37 dispositifs EksoHealth et réalisé une marge brute de 53 %.
Plus récemment, la société californienne qui conçoit des exosquelettes portables commerciaux et des dispositifs d’assistance robotique pour les marchés médical et industriel a annoncé une offre publique souscrite de 6 millions de dollars. Le produit net de cette offre sera utilisé pour la croissance et l’expansion du segment EksoHealth afin d’augmenter son chiffre d’affaires.
Ekso Bionics conçoit et développe des produits d’exosquelettes tant pour les personnes valides que pour celles présentant des déficiences physiques. Ses produits comprennent un exosquelette robotique portable appelé EksoNR et l’Ekso EVO à ressort, qui soutient le mouvement naturel. De plus, il existe Ekso Indego Therapy pour les membres inférieurs, offrant une modularité ajustable, des contrôles sans fil et un retour d’information pour garantir une communication constante. Par ailleurs, Ekso Indego Personal est un exosquelette doté d’un design modulaire à connexion rapide, permettant de le mettre et de l’enlever sans assistance.
Conclusion
Tous les quatre ans, les Jeux Paralympiques mettent en lumière l’importance de la détermination, de l’inspiration et du courage, alimentés par les avancées technologiques telles que les prothèses, les exosquelettes et les capteurs qui éliminent les limites physiques et instaurent un sentiment de liberté et d’accomplissement.
Comme le déclare Andrew Parsons, président du CIP, « Les Jeux Paralympiques placent les personnes handicapées au premier plan, et ces technologies leur permettent de redéfinir ce qui est possible dans le sport et d’inspirer des millions de personnes à travers le monde. »
L’intégration de la technologie aux Paralympiques s’est avérée transformative, donnant aux personnes handicapées les moyens d’accomplir ce qui était autrefois inimaginable. Mais cela ne se limite pas au sport. Avec ce type de technologie, l’idée est de changer ce qui est considéré comme normal et de modifier les normes sociétales.
À l’avenir, à mesure que la technologie progresse, l’extraordinaire deviendra la nouvelle norme, ouvrant ainsi des portes à des opportunités qui étaient autrefois hors de portée des personnes avec déficience, transformant finalement des vies.













