Informatique
Des puces photoniques massivement produisables pourraient débloquer l’échelle quantique

Les ingénieurs de l’Université du Colorado à Boulder viennent de découvrir une étape clé pour l’adoption de l’informatique quantique : l’évolutivité. La précision extrême requise pour créer des dispositifs quantiques n’a pas pu être reproduite à grande échelle, ce qui fait que leurs coûts restent hors de portée pour la majorité des personnes.
Heureusement, cette situation devrait changer dans les années à venir, car ce développement récent utilise les méthodes de fabrication CMOS traditionnelles pour créer des puces quantiques stables, beaucoup plus petites et abordables que tout ce qui est disponible aujourd’hui. Voici ce qu’il faut savoir.
Les ingénieurs de l’Université du Colorado Boulder ont démontré une puce quantique photonique fabriquée en CMOS qui améliore de façon spectaculaire l’évolutivité, l’efficacité et la fabricabilité — débloquant potentiellement des systèmes quantiques abordables d’ici une décennie.
Informatique quantique vs. informatique classique: la différence photonique
Contrairement aux ordinateurs traditionnels, les ordinateurs quantiques n’utilisent pas de bits ni de puces classiques. Au lieu de cela, ils s’appuient sur la superposition quantique et les qubits pour résoudre des calculs. L’une des méthodes les plus populaires pour construire des ordinateurs quantiques repose sur l’utilisation de modulateurs photoniques optiques.
Ces dispositifs permettent aux ordinateurs quantiques d’exploiter des ions piégés ou des atomes neutres comme qubits. Ces puces permettent aux ingénieurs de diriger un laser réglable vers les qubits, qui communiquent les instructions de calcul via des modulations de fréquence.
Le goulot d’étranglement de l’évolutivité: pourquoi la production de masse a échoué
Il existe plusieurs problèmes avec les méthodes de fabrication actuelles des ordinateurs quantiques. Principalement, il n’y en a aucune qui permette la production de masse. Ces puces sont si sensibles et précises qu’elles doivent être construites en laboratoire, pièce par pièce, dans la plupart des cas. Actuellement, la méthode d’assemblage repose sur les ingénieurs qui assemblent la majeure partie du dispositif à la main.
De plus, ces dispositifs intègrent des faisceaux laser à haute puissance pour offrir des capacités de réglage de précision à plusieurs qubits. En conséquence, ils doivent être fiables et résistants à la chaleur, surtout si l’on considère que les futurs ordinateurs quantiques pourraient utiliser des milliers de qubits.
Limites du facteur de forme
Les puces quantiques actuelles sont trop volumineuses pour être utilisées dans la plupart des applications. Elles nécessitent un refroidissement cryogénique, de longs chemins optiques et des conceptions de qubits espacés. Cette configuration aide effectivement à réduire le bruit, mais elle les rend extrêmement grandes comparées aux puces informatiques traditionnelles.
De plus, les générations futures d’ordinateurs quantiques utiliseront davantage de qubits, ce qui signifie que les ordinateurs quantiques les plus avancés aujourd’hui ne représentent qu’une goutte d’eau comparée à ce qui sera disponible publiquement dans une décennie environ. Par conséquent, ces dispositifs devront être réduits à un facteur de forme raisonnable avant d’atteindre une adoption à grande échelle.
La chaleur détruit l’état quantique
Toute l’énergie laser utilisée pour communiquer avec les qubits constitue un autre problème, car elle génère beaucoup de chaleur. La chaleur a toujours posé problème aux ordinateurs, quel que soit leur agencement. Cependant, les ordinateurs quantiques dépendent du maintien d’un état quantique fragile pour effectuer des calculs. C’est pourquoi ils nécessitent un refroidissement cryogénique. Ainsi, la chaleur peut rendre ces dispositifs inopérants.
Révolution: circuits photoniques compatibles CMOS
L’étude « Gigahertz-frequency acousto-optic phase modulation of visible light in a CMOS-fabricated photonic circuit », publiée1 dans la revue Nature Communications, introduit une toute nouvelle approche pour produire des puces quantiques optiques.
Ce nouveau processus est considéré par beaucoup comme la première étape vers la révolution des ordinateurs photoniques. Le dispositif, qui est 100 fois plus fin qu’un cheveu, intègre des technologies modulaires pour créer un nouveau niveau d’efficacité et de stabilité.
Ce modulateur de phase acousto‑optique à fréquence gigahertz, conçu spécialement, combine un transducteur piézoélectrique et une guide d’ondes photonique, minimisant le facteur de forme tout en conservant une structure à l’échelle de la longueur d’onde.
Modulateur de phase optique
Le modulateur de phase optique amélioré peut contrôler la lumière laser à l’aide de fréquences micro-ondes. Les micro‑ondes excitent la lumière, la faisant vibrer des milliards de fois par seconde, ce qui permet un réglage précis, ainsi qu’une stabilité et une efficacité accrues. Plus précisément, le modulateur acousto‑optique intègre une guide d’ondes photonique montée sur un transducteur piézoélectrique.
La fabrication CMOS rend la production de masse possible
Afin de répondre aux exigences strictes de taille, les ingénieurs ont décidé de créer le dispositif sur une plaquette de 200 mm qui a ensuite été découpée en 120 puces différentes. Le processus a utilisé une plateforme aluminium nitrure‑SiNx piézo‑optomécanique, permettant aux ingénieurs d’utiliser la modulation de phase pour créer des bandes latérales à fréquence gigahertz sur une entrée laser de 730 nm.
Ce qui est encore plus impressionnant, c’est qu’ils se sont appuyés sur des techniques de fabrication de puces standard, ce qui signifie qu’ils pourront être produits en masse à l’avenir, ouvrant la porte à un accès plus large à l’informatique quantique.
Lorsqu’ils décrivaient leur approche, les ingénieurs ont souligné que la fabrication CMOS représente le summum de la technologie évolutive et que l’utiliser pour créer des puces quantiques est crucial pour une adoption plus large.
Plus précisément, les ingénieurs ont expliqué comment cette technologie a rendu possibles de nombreux appareils high‑tech que vous utilisez quotidiennement, notamment les smartphones, les ordinateurs portables et d’autres dispositifs. Ils ont indiqué comment elle a propagé cette technologie et comment elle fera de même pour les appareils quantiques du futur.

Source – Nature Communications
Fonctionnement bimode: optique et électromécanique
Notamment, le modulateur de phase optique peut fonctionner en deux modes distincts. Le premier est le mode optique de propagation, qui guide les guides d’ondes photoniques sur les circuits. Cette stratégie soutient la distribution d’intrication, le routage et la cohérence, ce qui est crucial pour la plupart des opérations.
Le second mode est la résonance mécanique en mode « breathing » excitée électriquement, qui repose sur des micro‑ondes appliquées à des nanostructures, créant une action piézoélectrique. Ces micro‑ondes modifient les taux d’oscillation des photons et les champs optiques. Ce mode supporte des puissances optiques élevées, le rendant idéal pour des calculs quantiques avancés.
Benchmarks de performance: stabilité & efficacité
Les ingénieurs ont réalisé plusieurs tests sur un analyseur de spectre radio‑fréquence afin d’évaluer la sortie de la puce. Pour ce faire, l’équipe a monté la puce sur un bras équipé d’une source laser couplée à un interféromètre à fibre.
L’autre extrémité du dispositif était connectée à un décalageur de fréquence acousto‑optique (AOFS). Les ingénieurs ont fait passer la lumière à travers les deux extrémités du dispositif puis l’ont recombinée à l’aide d’un coupleur directionnel 50/50. Cela permet aux photons d’être dirigés vers l’analyseur de spectre, augmentant la précision.
La nouvelle puce a atteint une puissance optique de 730 nm, dépassant l’objectif de 500 mW fixé par les ingénieurs. De plus, l’équipe a pu ajuster la géométrie du dispositif pour renforcer davantage l’interaction optomécanique. Ce test a révélé des profondeurs de modulation atteignant 4,85 rad en n’utilisant qu’une micro‑onde de 80 mW réglée à 2,31 GHz.
Impressionnant, l’unité a enregistré la perte de fréquence la plus basse de toutes les puces à ce jour. Plus précisément, les ingénieurs ont noté que la nouvelle puce était 15 fois plus stable et 100 fois plus efficace en termes de besoins en puissance micro‑onde que les puces quantiques actuelles.
Principaux avantages de la fabrication CMOS
De nombreux bénéfices découleront de la mise sur le marché de puces photoniques produites en masse. D’une part, elles peuvent être fabriquées en très grand nombre, permettant à la technologie de passer d’un accès exclusif à une option de calcul populaire. Cette méthode de fabrication est plus abordable et permettrait aux ingénieurs de créer des ordinateurs quantiques relativement petits intégrant des milliers de qubits.
Faire glisser pour faire défiler →
| Métrique | Puces photoniques héritées | Puces fabriquées en CMOS |
|---|---|---|
| Méthode de fabrication | Sur mesure en laboratoire | Plaquettes CMOS standard |
| Évolutivité | Très faible | Élevée (produisible en masse) |
| Puissance micro‑onde requise | Élevée | ~80× plus faible |
| Charge thermique | Élevée | Significativement réduite |
| Facteur de forme | Grand, discret | Ultra‑compact |
Cette méthode de fabrication permet, pour la première fois, de créer des versions identiques de ces dispositifs high‑tech et complexes. Cette capacité signifie que les ingénieurs pourront concevoir et distribuer leurs futurs ordinateurs quantiques aux masses en utilisant des méthodes déjà existantes.
Petite taille
L’un des plus grands avantages de cette architecture est sa petite taille. À 100 fois plus petite qu’un cheveu humain, ces puces peuvent soutenir des conceptions d’ordinateurs quantiques puissants. Ces unités intégreront des milliers de qubits comme la puce Condor d’IBM (IBM ), qui gère 1 121 qubits mais possède un facteur de forme beaucoup plus grand en raison du substrat plus volumineux.
Haute performance
Impressionnant, ces puces pourraient offrir une puissance de calcul comparable aux machines les plus avancées d’aujourd’hui. Elles peuvent supporter plus de 500 mW de puissance optique, ce qui représente le plafond actuel pour le calcul quantique haut de gamme. De plus, la nouvelle conception de puce supporte davantage de puissance optique et de précision tout en consommant beaucoup moins d’énergie.
Plus efficace
La modulation de phase utilisée dans cette approche nécessite beaucoup moins de puissance micro‑onde comparée aux précédents modèles. Plus précisément, les ingénieurs ont noté que leur dispositif peut exécuter des opérations quantiques avec 80 fois moins d’énergie. En conséquence, il génère beaucoup moins de chaleur, ce qui permet de le coupler à davantage de puces pour créer des dispositifs plus puissants.
Applications concrètes: détection & mise en réseau
Cette technologie possède plusieurs applications. L’usage évident sera de soutenir la conception future d’ordinateurs quantiques. Ces puces haute performance sont suffisamment petites pour être empaquetées étroitement et assez économes en énergie pour ne pas créer de problèmes de surchauffe dans cette configuration.
Détection quantique
Les capteurs quantiques offrent une précision bien supérieure à celle des capteurs traditionnels. Ils accomplissent cela grâce à la superposition, l’intrication et le squeezing. Ces actions permettent au dispositif de mesurer avec précision les variations de champs magnétiques, de gravité, de temps, de température, etc. Ces puces pourraient contribuer à rendre ces capteurs plus abordables.
Mise en réseau quantique
Une autre application clé est la mise en réseau quantique. Cette technologie exploite l’intrication pour transmettre des données à des débits élevés. Plus précisément, elle utilise des paires de Bell quantiques et la téléportation pour transférer des états sans les cloner. L’objectif est de créer un jour une infrastructure pour l’Internet quantique.
Chemin vers la commercialisation: la feuille de route de 7‑10 ans
Il faudra environ 7 à 10 ans avant que cette technologie ne soit accessible au public. De façon cruciale, cette technique de fabrication sera un facteur moteur pour pousser l’adoption des technologies quantiques, mais elle doit d’abord être perfectionnée. Cependant, une fois associée au bon fabricant, la stratégie à faible coût soutiendra une intégration et une adoption accrues.
Équipe de recherche & financement
L’Université du Colorado à Boulder a accueilli l’étude sur les puces photoniques avec la participation du Sandia National Laboratories. Plus précisément, Nils T. Otterstrom, Matt Eichenfield, Jacob M. Freedman, Matthew J. Storey, Daniel Dominguez, Andrew Leenheer et Sebastian Magri ont contribué à ce travail.
L’étude a reçu un soutien financier et matériel du Département de l’Énergie des États‑Unis via le programme Quantum Systems Accelerator, hébergé par le National Quantum Initiative Science Research Center.
Objectifs de recherche futurs
Désormais, l’équipe se concentrera sur la création de circuits photoniques intégrés capables de dépasser les mesures de performance antérieures. Le groupe cherche à améliorer la génération de fréquences de la puce et ses capacités de filtrage, ainsi que son approche de mise en forme d’impulsions, afin d’accroître les performances.
De plus, les ingénieurs rechercheront des partenaires stratégiques pour mettre en œuvre leur méthode de fabrication. Cette étape implique de contacter les principaux sites de fabrication CMOS et de sécuriser une partie de leurs installations pour ce nouveau design de puce.
Actions boursières en informatique quantique à surveiller
Le secteur de l’informatique quantique continue de s’étendre, la concurrence augmentant chaque mois. Les principaux concepteurs d’ordinateurs quantiques, fabricants de puces et programmeurs continuent de pousser cette technologie vers de nouveaux sommets, ouvrant la porte à des innovations en puissance de calcul. Voici une entreprise qui reste à l’avant‑garde de cette révolution.
IonQ (IONQ): un leader des systèmes à ions piégés
IonQ (IONQ ) a été lancé en 2015 pour faire progresser la technologie quantique. La société a été fondée par deux experts en informatique quantique, Christopher Monroe et le Dr Jungsang Kim. Notamment, Monroe a joué un rôle central dans les études quantiques et est considéré comme un pionnier de l’industrie.
IonQ a contribué à l’innovation technologique, notamment en créant la première puce à ions d’ytterbium fonctionnelle exécutant l’algorithme de Deutsch‑Jozsa. Elle a également lancé le premier service quantique commercial basé sur les ions piégés (QCaaS). Ces développements ont aidé l’entreprise à sécuriser 636 M$ de financement.
(IONQ )
Actuellement, la société propose plusieurs produits quantiques de haut niveau, dont leur système Aria de 32 qubits en rack. De plus, l’entreprise a conclu des partenariats stratégiques avec AWS, Azure, Google Cloud et d’autres fournisseurs de cloud majeurs.
Ceux qui recherchent un fournisseur d’informatique quantique réputé, fort d’années d’expérience, devraient envisager d’approfondir leurs recherches sur IonQ. La société possède actuellement une capitalisation boursière de 16,3 Mds $. Notamment, son action a connu une certaine volatilité récemment, avec un sommet de 84,64 $ et un plancher de 17,88 $.
Actualités boursières récentes d’IonQ (IONQ) et performances
Conclusion
L’importance de développer avec succès une méthode de production de masse de puces photoniques ne saurait être sous‑estimée. Cette technologie est au cœur de l’expansion de l’informatique quantique et devra être perfectionnée avant de devenir accessible au public. Cette avancée récente devrait réduire les coûts de création de dispositifs quantiques, ce qui, à son tour, devrait assurer un approvisionnement stable de puces sur le marché à l’avenir.
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Références
1. Freedman, J. M., Storey, M. J., Dominguez, D., Leenheer, A., Magri, S., Otterstrom, N. T., & Eichenfield, M. (2025). Gigahertz-frequency acousto-optic phase modulation of visible light in a CMOS-fabricated photonic circuit. Nature Communications, 16(1), 10959. https://doi.org/10.1038/s41467-025-65937-z












