Réalité augmentée et virtuelle

La course pour rendre la conscience programmable

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Les ordinateurs ont passé des décennies à devenir meilleurs dans la présentation de l’information. La prochaine frontière pourrait consister à modifier la façon dont cette information est perçue, ressentie et mémorisée.

Une nouvelle étude publiée dans le International Journal of Human-Computer Studies1 explore cette possibilité à travers ce que ses auteurs appellent des états de conscience altérés induits numériquement, ou DIAL. Ce domaine émergent comprend des technologies capables d’influencer la perception ou l’état mental d’une personne par des moyens numériques plutôt que chimiques.

Les possibilités vont au-delà des écrans conventionnels. La réalité virtuelle, les interfaces cerveau-ordinateur, la stimulation neuronale, le biofeedback et les logiciels adaptatifs pourraient éventuellement faire de la conscience une partie intégrante de l’interface elle‑même. Au lieu de simplement sélectionner du contenu, les utilisateurs pourraient ajuster leur réponse émotionnelle, leur perception du temps, leur sentiment d’identité ou leur capacité à absorber l’information.

Cet avenir demeure largement spéculatif. Cependant, les technologies individuelles nécessaires pour s’y diriger sont déjà en cours de développement, créant des marchés potentiels dans les domaines de la santé, du divertissement, de la communication, de l’éducation et de la productivité au travail.

Utiliser la science-fiction pour étudier les technologies émergentes

Les chercheurs ont examiné 25 romans de science-fiction dans lesquels les technologies numériques modifient la conscience. Il ne s’agissait pas d’une expérience évaluant le fonctionnement d’un dispositif particulier. C’était une analyse structurée de la manière dont les sociétés fictives imaginent l’utilisation, la commercialisation, l’acceptation et les abus de ces systèmes.

La science-fiction est précieuse dans ce contexte parce que la recherche en laboratoire évalue généralement une technologie dans un cadre restreint. Une étude clinique pourrait, par exemple, déterminer si la réalité virtuelle réduit l’anxiété, sans révéler ce qui pourrait se produire si des systèmes similaires devenaient du divertissement grand public, des exigences professionnelles ou des instruments de persuasion politique.

La fiction peut placer une technologie immature au sein d’une société plus complète. Elle permet aux chercheurs d’envisager les modèles économiques, les normes sociales, les conséquences imprévues et les déséquilibres de pouvoir avant que le matériel nécessaire n’existe.

L’étude a organisé ces technologies imaginées autour de deux questions. Premièrement, l’expérience provient‑elle de l’utilisateur ou d’une source externe ? Deuxièmement, son objectif est‑il l’exploration ou la communication ? L’exploration se subdivise davantage en usages cognitifs et affectifs, tandis que la communication se divise en interactions unidirectionnelles et bidirectionnelles.

Type d’interaction Contexte Fonction principale
Auto‑régulation Interne Gérer les émotions, réactions ou souvenirs
Développement Interne Améliorer les connaissances, la cognition ou les capacités
Absorption Externe Internaliser une expérience émotionnelle créée de l’extérieur
Éveil Externe Internaliser des connaissances ou des perspectives externes
Intracommunication Interne Envoyer des informations entre les aspects du soi
Intégration Interne Permettre le dialogue entre les aspects du soi
Transmission Externe Envoyer des expériences ou des informations à une autre entité
Échange Externe Permettre un échange bidirectionnel d’expérience ou d’information

Du contenu numérique aux états mentaux numériques

Aujourd’hui, les logiciels modifient généralement ce que les gens voient ou entendent. Les systèmes DIAL iraient plus loin en faisant de l’état mental de l’utilisateur un composant réglable de l’expérience.

Les premières versions de ce concept existent déjà sous des formes limitées. La thérapie d’exposition en réalité virtuelle peut placer les patients dans des environnements contrôlés conçus pour modifier leur relation à la peur. Les applications de biofeedback répondent à la fréquence cardiaque, à la respiration et à d’autres signaux physiologiques. La stimulation neuronale peut influencer l’activité au sein de réseaux cérébraux ciblés. Les interfaces cerveau-ordinateur traduisent les signaux biologiques en commandes pour des dispositifs externes.

Aucune de ces technologies ne fournit actuellement le contrôle précis de la mémoire, de l’émotion ou de l’identité décrit dans la science-fiction. Même les interfaces cerveau-ordinateur les plus avancées restent principalement axées sur la restauration de la communication et de l’accès informatique pour les personnes souffrant de graves déficiences physiques.

La direction du développement est néanmoins importante. Les interfaces deviennent plus immersives, plus réactives aux signaux biologiques et davantage intégrées à l’utilisateur. À mesure que ces capacités convergent, les systèmes numériques pourraient commencer à façonner l’expérience plutôt que de simplement diffuser des médias.

Cela pourrait engendrer plusieurs applications commercialement importantes :

  • Environnements thérapeutiques adaptés aux réponses émotionnelles et physiologiques d’un patient
  • Systèmes d’entraînement qui adaptent la difficulté et les stimuli sensoriels à la charge cognitive
  • Divertissements construits autour d’une humeur et d’une perception programmables
  • Plateformes de communication qui transmettent un contexte émotionnel ou sensoriel plus riche

La percée commerciale ne proviendra peut‑être pas d’une machine unique modifiant la conscience. Elle pourrait émerger progressivement à mesure que les marchés distincts de l’informatique spatiale, des biocapteurs, des interfaces neuronales, de l’intelligence artificielle et des thérapies numériques commencent à se chevaucher.

Pourquoi le temps et l’attention pourraient devenir des produits

L’un des thèmes les plus marquants de l’étude porte sur le capital temporel et cognitif. La science‑fiction décrit souvent la technologie comme modifiant la perception subjective du temps, permettant aux utilisateurs de vivre des heures de réflexion ou d’entraînement en une période bien plus courte.

Les versions extrêmes restent imaginaires, mais la logique économique est familière. Les logiciels de productivité cherchent déjà à réduire le temps nécessaire à l’accomplissement d’une tâche. L’IA générative compresse la recherche et la production de contenu. La simulation diminue les coûts de formation physique. Les systèmes immersifs pourraient étendre cette logique en optimisant l’état de l’utilisateur pendant que le travail s’effectue.

Un environnement d’entraînement pourrait réduire les distractions, réguler le stress et ajuster l’intensité sensorielle au fur et à mesure que la performance de l’apprenant évolue. En médecine, des techniques similaires pourraient aider les patients à tolérer des procédures douloureuses ou à affronter des souvenirs traumatiques dans des conditions contrôlées. Dans le divertissement, les plateformes pourraient personnaliser la stimulation afin de maintenir l’attention ou d’intensifier l’impact émotionnel.

Le risque est que l’optimisation cognitive devienne une nouvelle exigence professionnelle. Un outil conçu pour réduire la charge mentale pourrait finir par être requis pour augmenter la production. Si les employeurs peuvent modifier l’attention, supprimer la fatigue ou accélérer la formation, la frontière entre assistance et coercition devient difficile à maintenir.

C’est à ce stade que l’article dépasse la simple prévision matérielle. Il s’interroge sur qui contrôle l’état modifié, qui en bénéficie, et si l’utilisateur peut réellement y refuser.

Valeur et danger de l’émotion programmable

L’étude examine également les systèmes qui gèrent le deuil, l’anxiété, l’attirance, le plaisir et les souvenirs traumatiques. Certaines technologies fictives atténuent la force émotionnelle des expériences douloureuses tout en conservant la mémoire sous‑jacente. D’autres créent de nouvelles préférences ou attachements émotionnels.

Il existe une différence majeure entre aider quelqu’un à réguler une réponse indésirable et réécrire les motivations de cette personne. Pourtant, une plateforme suffisamment puissante pourrait potentiellement faire les deux.

Cela engendre un problème de sécurité inhabituel. Les interfaces traditionnelles peuvent influencer le comportement via des notifications, des algorithmes de recommandation et du design persuasif. Une interface DIAL pourrait rendre cette influence plus directe en modifiant les conditions émotionnelles dans lesquelles les décisions sont prises.

La publicité en fournit un exemple évident. Une plateforme qui sait quand un utilisateur est anxieux, solitaire, excité ou très suggestible pourrait diffuser du contenu au moment où il est le plus persuasif. Si la même plateforme peut influencer cet état grâce aux médias immersifs, à la bio‑rétroaction ou à la stimulation, la mesure et la manipulation deviennent partie d’une boucle fermée.

La même préoccupation s’applique aux messages politiques, aux jeux d’argent et aux divertissements compulsifs. L’étude imagine des systèmes capables d’implanter des désirs ou de supprimer le doute. La technologie actuelle ne peut pas encore réaliser ces prouesses de façon fiable, mais le ciblage algorithmique montre déjà la valeur que les entreprises accordent à la prédiction et à l’influence du comportement émotionnel.

L’identité pourrait devenir une question de gouvernance technologique

Les applications DIAL les plus profondes concernent l’identité plutôt que la productivité. Les romans analysés décrivent la modification de la mémoire, les personnalités artificielles, les corps simulés, les expériences transférées numériquement et les systèmes qui divisent ou fusionnent des aspects du moi.

Le développement de puces cérébrales actuel est loin de ces capacités. Les progrès cliniques récents se sont plutôt concentrés sur la restauration de fonctions pratiques. En 2025, par exemple, la FDA a accordé au système de restauration de la parole de Neuralink la désignation de dispositif révolutionnaire, reflétant l’orientation médicale du marché actuel plutôt que les scénarios d’amélioration imaginés dans la fiction.

Cependant, les règles de confidentialité conçues pour les données personnelles classiques pourraient s’avérer insuffisantes pour les informations neuronales et émotionnelles. Un mot de passe peut être changé après une violation. Un enregistrement des réactions involontaires d’une personne, de ses schémas de parole privés ou de son activité neuronale peut révéler des caractéristiques qui ne peuvent pas être remplacées.

La réglementation future devra donc probablement aborder l’autonomie mentale, le consentement éclairé, le profilage émotionnel et le droit de rester cognitivement non modifié. Ces enjeux pourraient devenir particulièrement importants lorsque les dispositifs sont utilisés par des employeurs, des assureurs, des écoles, des prestataires de soins ou des gouvernements.

Investir dans la prochaine interface homme‑machine

Les investisseurs ne peuvent pas encore acheter un leader pur dédié à la conscience programmable. De nombreuses entreprises de pointe dans les interfaces cerveau‑ordinateur restent privées, tandis que les applications les plus ambitieuses du domaine sont encore expérimentales.

Meta Platforms (META ) propose une connexion plus pratique aux technologies sous‑jacentes. Via Reality Labs, Meta développe des casques immersifs, des systèmes de réalité augmentée, des lunettes d’IA, des avatars et de nouvelles manières pour les personnes de contrôler les ordinateurs.

Le Meta Neural Band de l’entreprise illustre la façon dont les interfaces se rapprochent du corps. Le bracelet utilise l’électromyographie de surface pour interpréter l’activité musculaire et convertir de subtils mouvements de la main en commandes numériques. Il ne lit pas les pensées ni ne modifie la conscience, mais il réduit l’écart entre l’intention humaine et la réponse de la machine.

Associée à Meta Quest, aux lunettes alimentées par l’IA, à l’informatique spatiale et aux logiciels personnalisés, cette recherche offre à Meta une exposition à plusieurs niveaux susceptibles de soutenir des expériences plus adaptatives et psychologiquement immersives. L’opportunité est contrebalancée par des coûts importants, une adoption par les consommateurs incertaine et de graves préoccupations en matière de confidentialité. Reality Labs demeure un investissement à long terme plutôt qu’une preuve que le marché des systèmes DIAL est arrivé.

META Graphique du prix

La conscience programmable reste encore une direction, pas un produit

Le cadre du papier est surtout utile comme première cartographie des possibles évolutions de l’interaction homme‑ordinateur. Il ne démontre pas que des souvenirs puissent être téléchargés, que le temps subjectif puisse être étiré ou que les émotions puissent être réécrites avec précision. Ses conclusions sont interprétatives et influencées par un corpus de science‑fiction principalement issu d’œuvres anglophones d’auteurs masculins occidentaux.

Cependant, la question sous‑jacente est déjà pertinente. Les systèmes numériques apprennent à percevoir davantage les utilisateurs tout en acquérant un contrôle plus grand sur ce que ces derniers voient, entendent et vivent. Les interfaces neuronales, les biocapteurs, l’intelligence artificielle et les affichages immersifs réduisent l’écart entre la personne et la plateforme.

L’opportunité d’investissement se manifestera d’abord dans des applications pratiques telles que l’accessibilité, la thérapie, la formation et l’informatique spatiale. Le défi majeur sera d’empêcher que des outils améliorant l’expérience humaine ne deviennent des systèmes qui la dictent silencieusement. Si la conscience devient partie intégrante de l’interface, la protection des utilisateurs ne pourra plus se limiter à la confidentialité des données. Elle devra également couvrir le contrôle de la perception, des émotions et de l’identité.

Références :

1 Belousov, A., Macey, J., Bujić, M., Ojell-Järventausta, T., & Hamari, J. (2026). Concevoir l’avenir de la conscience : un cadre de composants et ses implications spéculatives. International Journal of Human-Computer Studies, 103926. https://doi.org/10.1016/j.ijhcs.2026.103926

Daniel est un ardent défenseur du potentiel de la blockchain pour perturber la finance traditionnelle. Il a une passion profonde pour la technologie et explore toujours les dernières innovations et gadgets.