Agriculture

Faire évoluer l’agriculture urbaine pour offrir de nombreux avantages

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L’Éloignement Croissant des Fermes.

Avec un exode rural induit par l’industrialisation, de nombreuses personnes continuent de s’installer au centre des villes. Ce faisant, elles rompent les liens entre elles et la provenance de leur nourriture. Ce processus s’est renforcé depuis l’apparition des aliments transformés, du fast‑food, des supermarchés et d’un intérêt accru pour l’importation. En conséquence, les villes sont devenues extrêmement vulnérables aux perturbations de leur chaîne d’approvisionnement alimentaire, ce qui confère une importance accrue à ce que l’on appelle « l’agriculture urbaine ».

Cela a également rendu le système alimentaire très insoutenable, dépendant non seulement des engrais mais aussi du transport longue distance et des « chaînes d’approvisionnement juste‑à‑temps », entraînant de sérieux coûts écologiques.

En réponse, une tendance est apparue chez les citadins désireux de cultiver leur propre nourriture. Mais au lieu d’adopter une approche « retour à la terre », ils cherchent à transformer l’espace urbain en terres productives.

Bien que cette idée connaisse un renouveau, elle est loin d’être nouvelle. De nombreuses villes historiques pratiquaient ce que l’on pourrait qualifier d’« agriculture urbaine ». Sans les niveaux modernes de transport, cela était souvent nécessaire pour fournir des produits frais aux plus grandes villes de l’époque.

Cela incluait des fermes à l’intérieur des murs de Constantinople puis d’Istanbul, des jardins flottants sur le lac de Teotihuacan (l’actuelle Mexico), ou le réseau complexe de canaux et de fermes qui s’étendait à travers Angkor Vat au Cambodge.

Même les banlieues de Paris, au début de l’ère industrielle, regorgeaient de vergers murés cultivant des fruits comme les oranges et les citrons, bien plus au nord que ce qui serait possible dans un champ ouvert.

Source: Wikipedia

Types d’Agriculture Urbaine

Le Département de l’Agriculture des États‑Unis (USDA) distingue les quatre principaux types d’agriculture urbaine:

Jardins communautaires: Souvent sur des terrains publics ou appartenant à une ONG, ces jardins sont co‑possédés et gérés par les résidents locaux. En général, chaque participant se voit attribuer une parcelle (parfois contre un loyer symbolique) et doit respecter les règles communes du jardin.

Fermes communautaires: Généralement gérées par une organisation à but non lucratif avec ou sans soutien public, ces fermes mettent l’accent sur le travail collectif et la création de liens sociaux ainsi que d’éducation au sein de la communauté grâce à la production alimentaire commune.

Fermes commerciales: Ces fermes, généralement privées, se distinguent des fermes traditionnelles par leur superficie, allant de petites parcelles à pratiquement zéro pour les cultures verticales ou en intérieur (voir plus bas).

Fermes et jardins institutionnels: Ces fermes urbaines sont généralement liées à des institutions telles que prisons, hôpitaux, églises, écoles, etc. Elles visent moins à produire de la nourriture à grande échelle qu’à offrir les bénéfices en matière de santé, d’éducation et de mode de vie que l’agriculture et le jardinage procurent.

Source: Unity

Nouvelles Contraintes

L’agriculture urbaine se déroule dans un environnement très différent de celui de l’agriculture en plein champ à la campagne. La première différence évidente est la petite taille du terrain cultivé, qui peut varier d’un jardin arrière à un petit terrain vacant.

Cela oblige les agriculteurs urbains à développer des idées créatives pour optimiser l’utilisation de l’espace. À l’extrême, cela peut conduire à l’agriculture verticale ou à l’agriculture totalement sans sol.

Le sol peut également être de très mauvaise qualité. L’accès à l’eau d’irrigation peut poser problème. Ainsi, les agriculteurs urbains peuvent dépendre davantage que les agriculteurs ruraux d’importantes quantités d’engrais pour obtenir des rendements satisfaisants, comme le montre cette vidéo du NCAT:

Un autre problème potentiel est la contamination du sol. Les environnements urbains, surtout les zones autrefois industrielles, peuvent présenter un sol contaminé par des produits chimiques ou des métaux lourds.

Enfin, les lois de zonage peuvent également poser problème. De nombreuses zones résidentielles peuvent interdire purement et simplement la production alimentaire. Cela est encore plus fréquent lorsqu’il s’agit d’animaux de ferme, même de petite taille comme les poules ou les canards, dont les odeurs ou les bruits peuvent rapidement créer des désagréments.

(Vous pouvez en savoir plus sur le cadre réglementaire de l’agriculture urbaine sur cette page du USDA)

Nouvelles Opportunités

Consommation Directe

La première opportunité de l’agriculture urbaine consiste à supprimer entièrement l’étape de commercialisation, avec ses nombreuses inefficacités et intermédiaires. De nombreuses personnes vivant en ville peuvent apprécier le jardinage pour leur propre consommation. Cela peut offrir de nombreux avantages aux agriculteurs urbains et à leur communauté: exercice physique, renforcement du lien social, nutrition plus saine, amélioration de la santé mentale, etc.

Ventes Directes & Nouveaux Modèles d’Affaires

Un autre avantage de l’agriculture urbaine est l’abondance de consommateurs littéralement à quelques centaines de mètres de la ferme. Les ventes directes du producteur au consommateur sont, en général, un modèle d’affaires en croissance, mais elles prennent encore plus de sens en milieu urbain.

De même, les livraisons à la demande, ou les CAS (Community Supported Agriculture) baskets sont faciles à mettre en place, et un simple système de livraison à vélo dans une grande ville peut atteindre des centaines de milliers de personnes dans un rayon de quelques kilomètres.

CSA Basket – Source: WheelBarrow Farm

D’autres modèles peuvent également être populaires et réussis, comme les fermes You‑Pick/U‑Pick/Pick‑Your‑Own (PYO). L’activité de cueillette peut être laissée aux consommateurs finaux. Ainsi, l’argent est économisé et le consommateur profite d’une activité physique en plein air. Alors qu’une journée professionnelle de 8‑12 heures de cueillette peut être un travail pénible, moins d’une heure de cueillette suffit largement à remplir un panier équivalent à une semaine de courses. Ce modèle est particulièrement populaire pour les fermes de fruits et de baies.

La vente d’ingrédients de haute qualité aux restaurants constitue également un bon moyen de générer des marges supplémentaires pour les agriculteurs. Les fermes urbaines peuvent produire des aliments biologiques, hyper‑locaux, à faible empreinte carbone et ultra‑frais, autant d’atouts pour les restaurants désireux de proposer des plats savoureux et uniques.

(Vous pouvez lire davantage sur les différents modèles d’affaires des fermes urbaines dans cette publication de l’Université de Wageningen aux Pays‑Bas et dans cet article)

Abondance de Ressources

Une ville est un environnement riche en déchets. Cela peut être les déchets alimentaires provenant des restaurants et des supermarchés, qui peuvent être recyclés en engrais organiques grâce à un processus de compostage.

Ou les matériaux excédentaires, les bâtiments abandonnés et d’autres « déchets » qui peuvent être transformés en serres, citernes, systèmes d’irrigation, etc.

Les agriculteurs urbains peuvent profiter de cette surabondance matérielle pour réduire les coûts et améliorer davantage leur impact écologique.

Opportunités d’Emploi

Il est regrettable que même dans les zones rurales, de nombreux agriculteurs (ou leurs conjoints) aient besoin d’emplois complémentaires pour subvenir à leurs besoins financiers, surtout lorsqu’une ferme (un type d’activité plutôt capital‑intensif) débute et accumule plus de coûts que de revenus.

Dans les zones rurales, ce problème peut être aggravé par la rareté d’emplois bien rémunérés.

Dans les villes et les banlieues, les activités d’agriculture urbaine peuvent être complétées par un bassin de possibilités d’emploi beaucoup plus large, allant des jobs ponctuels aux professions de bureau.

Produits Nouveaux ou Uniques

Certains produits peuvent être très demandés par les consommateurs urbains mais difficiles à transporter ou à stocker. Ainsi, la production locale fraîche peut être vendue à un prix premium.

Un autre facteur est que les produits de niche peuvent devenir plus rentables avec des millions de personnes juste à côté. Ce qui ne pouvait être vendu qu’en ligne (une tâche complexe) ou via des revendeurs & distributeurs (qui réduisent les marges du producteur) peut maintenant être vendu directement aux connaisseurs, et le marketing de la ferme peut compter entièrement sur le bouche‑à‑oreille pour la plupart des ventes.

Cela inclut, par exemple, les micro‑légumes, les champignons de spécialité, les herbes & plantes médicinales, ou les micro‑algues comme la spiruline.

Source: Unsplash

Pas Besoin de Sol du Tout

Les méthodes d’agriculture urbaine peuvent également être classées en low‑tech versus high‑tech.

Jusqu’à présent, nous avons surtout abordé les options low‑tech, avec de petits lots, des fermes communautaires ou la culture sur les toits.

Plus récemment, les progrès technologiques ont ouvert la possibilité pour les villes de devenir beaucoup plus autonomes en nourriture grâce à l’agriculture verticale. Nous avons exploré cette technologie plus en détail dans notre article « A Deep Dive into Vertical Farming and its Global Impact ». Pour résumer brièvement, quelques‑unes de ses avantages sont:

  • Minimiser l’utilisation de l’espace.
  • Production fiable de cultures, indépendante des saisons.
  • Efficacité de l’eau.
  • Réduction de l’usage de pesticides.
  • Absence d’utilisation d’herbicides.

Cette industrie naissante a récemment eu du mal à être rentable, principalement à cause des coûts énergétiques élevés. Mais des améliorations supplémentaires en automatisation et des conceptions plus avancées pourraient suffire à la rendre viable.

Par exemple, le « système habituel » de ferme verticale hydroponique (cultiver des plantes sans sol, uniquement avec de l’eau) peut être combiné avec l’aquaponie, permettant au système de cultiver des plantes ET du poisson simultanément, avec la même eau. Et les « déchets » du poisson se transforment en engrais précieux.

Faire Évoluer l’Agriculture Urbaine

Sans une percée technologique, l’agriculture urbaine devra probablement combiner différentes solutions pour se développer à grande échelle.

Petite & Décentralisée

Une étape simple et essentiellement sans coût serait d’assouplir les réglementations concernant le jardinage et l’agriculture en zone urbaine. De nombreuses pelouses bien entretenues pourraient (et devraient probablement) être transformées en jardins, produisant des produits frais en abondance. Un bon exemple sont les datchas russes (« cabanes de campagne »), qui, bien qu’elles ne représentent que 3 % des terres arables, constituent 50 % de la valeur des aliments produits dans le pays. Cette activité de jardinage implique 70 % de la population.

Source: Small Farmers Journal

Un tel changement culturel apporterait également de nombreux « effets secondaires » positifs, de la réduction du gaspillage alimentaire à une nutrition plus saine en passant par davantage d’activité physique en plein air.

Fermes Communautaires et Commerciales

Une option assez courante en Europe a été le « jardin des travailleurs » ou les allotissements, où quelques hectares sont divisés en dizaines voire centaines de petites parcelles pour une agriculture à très petite échelle.

Source: Pinterest

Les fermes urbaines commerciales de plus grande taille deviennent également plus courantes, les centres urbains réalisant la valeur de la nourriture locale.

Remplir Chaque Coin

Certains terrains abandonnés peuvent être convertis en fermes urbaines. De petites sections de parcs peuvent être transformées en jardins urbains. Les arbres décoratifs peuvent être remplacés par des arbres fruitiers ou à noix comestibles. Les haies peuvent être composées de noisetiers et de ronces à framboises.

Les ruches urbaines sur les toits peuvent produire du miel, comme le montre une initiative parisienne célèbre.

Les environnements urbains peuvent offrir de nombreuses opportunités à ceux qui sont prêts à penser de façon créative.

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Jonathan est un ancien chercheur en biochimie qui a travaillé dans l'analyse génétique et les essais cliniques. Il est maintenant analyste boursier et rédacteur financier, spécialisé dans l'innovation, les cycles de marché et la géopolitique dans sa publication 'The Eurasian Century'.